Sri Lanka/Philippines: Un contexte tendu pour la visite du pape en janvier prochain
Entre divisions ethniques et grogne sociale
Colombo/Manille, 10 septembre 2014 (Apic) La visite du pape François au Sri Lanka et aux Philippines, en janvier prochain, s’inscrit dans un contexte tendu, rapporte le 9 septembre 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Au Sri Lanka, un pays déchiré par les haines ethniques et religieuses, les extrémistes bouddhistes voient d’un mauvais œil la visite papale. Aux Philippines, les tensions se focalisent surtout sur l’extrême précarité d’une partie de la population et la corruption des élites.
Après son séjour en Corée du Sud en août dernier, le programme du prochain déplacement papal en Asie se précise. Le pape partira de Rome le 13 janvier prochain pour le Sri Lanka, où il passera deux jours, avant de poursuivre son voyage aux Philippines, où il passera quatre jours.
Dès que le projet de voyage a été connu, les mouvements radicaux et ultranationalistes sri-lankais, animés par des moines bouddhistes cinghalais ont fait connaître leur hostilité à la perspective de la visite papale. Galagoda Atte Gnanasara, leader de «Bodu Bala San» (BBS, Force bouddhiste), a notamment demandé que le pape François présente des excuses aux bouddhistes «pour les atrocités commises par les gouvernements coloniaux chrétiens en Asie du Sud».
Entre 1505 et 1948, le Sri Lanka a été sous domination portugaise, hollandaise puis britannique. Sur l’île de l’Océan indien, les catholiques représentent environ 7% de la population. 70% des habitant sont bouddhistes, la plupart membres de l’ethnie cinghalaise.
Un Eglise elle-même divisée
L’annonce de la visite du pape au sanctuaire de Madhu a également été perçue comme une agression par ces moines extrémistes. Le site de Madhu, dans le nord du pays, a été au cœur de la guerre civile qui a déchiré ce pays entre 1983 et 2009. le lieu abrite une statue de la Vierge apportée dans la région par un groupe de catholiques persécutés par les Hollandais au XVI ème siècle et vénérée par les chrétiens, les bouddhistes et les hindous du Sri Lanka, qu’ils soient cinghalais ou tamouls.
A l’occasion de la visite ad limina des évêques sri-lankais, en mai dernier à Rome, le pape François avait insisté pour que les catholiques de l’île, qui ont la particularité d’être présents à la fois au sein de la majorité cinghalaise et de la minorité tamoule, contribuent au travail de réconciliation et de reconstruction.
Le pape François avait également appelé à l’unité entre les évêques sri-lankais, eux-mêmes traversés par les divisions qui déchirent la population de leur pays. En se rendant à Madhu, le pape se trouvera sur le territoire du diocèse de Mannar, dont l’évêque, Mgr Rayappu Joseph, est régulièrement l’objet de menaces de la part des autorités pour son engagement auprès des populations tamoules et ses nombreux appels à l’ONU. Ceux-ci ont été notamment à l’origine de l’enquête onusienne pointant du doigt le gouvernement de Colombo dans les crimes de guerre perpétrés à l’encontre des civils tamouls. Ces appels ont été sévèrement critiqués par le cardinal Malcom Ranjith, archevêque de Colombo et responsable de l’Eglise catholique dans l’île.
Autre pays, autre situation
Le contexte du second voyage du pape aux Philippines se fera dans un contexte très différent, dans un pays religieusement beaucoup plus homogène, où 85% de la population se déclare catholique. Le pape François semble vouloir y privilégier le contact avec les pauvres et les victimes des catastrophes naturelles. Le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, a déclaré que le pape venait spécialement pour rencontrer ceux qui ont souffert des typhons et des tremblements de terre qui ont frappé le pays l’an dernier.
Mgr Pedro Arigo, vicaire apostolique de Puerto Princesa, à l’ouest des Philippines, a assuré que l’Eglise du pays devait veiller à ce que cette visite papale garde un caractère «modeste» pour ne pas apparaître comme une gifle à la face des plus pauvres. Il demande également à ses compatriotes de ne pas accueillir le pape comme une célébrité, mais plutôt de saisir sa venue aux Philippines comme une occasion d’«intérioriser le message qu’il apporte». Mgr John Du, archevêque de Palo, a indiqué que le pape souhaitait, si possible, rester à l’écart des VIP et des puissants.
Le pays est en effet en proie à une puissante grogne sociale, également animée par l’Eglise catholique, contre la corruption endémique chez les élites du pays. Une réalité qui contribue à augmenter l’écart entre riches et pauvres.(apic/eda/rz)



