Signes d’espoirs dans un paysage de grave famine

Entretien avec l’évêque auxiliaire de Séoul, au terme d’une visite en Corée du Nord

Séoul, 13 juillet 1998 (APIC) Mgr Andrew Tchoi Chang-mu, évêque auxiliaire de Séoul et président du Comité national pour la réconciliation de la Corée, livre ses impression sur la Corée du Nord à la suite d’une visite pastorale faite à Pyongyang du 14 au 23 mai en compagnie de deux prêtres et de quatre laïcs. Il est le premier Evêque de la Corée du Sud qui a pu rencontrer les catholiques de la Corée du Nord depuis 1953, date à laquelle la Corée a été divisée en deux.

Un des buts de ce voyage était d’accompagner la distribution des aides recueillies par les catholiques de Corée du Sud en faveur habitants de la Corée du Nord, qui subissent la famine depuis des mois. Mgr Tchoi Chang-mu s’exprime sur le sens de cette visite, par d’autres…

Mgr Chang-mu: Plusieurs prêtres coréens, qui ont la nationalité américaine, ont visité la Corée du Nord, rencontré les catholiques nord-coréens, et célébré une messe dans l’église de Changchung à Pyongyang. La visite de feu l’évêque Mgr Daniel Tji Hak-soon en Corée du Nord en 1985, fut organisée par la Croix-Rouge; les visites successives du Père Moon Kyu-hyon en 1989, comme délégué de l’Association des prêtres étaient informelles, étant donné qu’elles étaient liées à un événement couvert par le gouvernement nord-coréen (1989 Pyongyang World Youth Festival).

Ma visite a été différente. Je représentais le cardinal Kim, administrateur apostolique de Pyongyang. Mon but était de rencontrer les fidèles et de prier avec eux pour la réconciliation et l’unité du pays. Dans ce sens, mon voyage peut être défini comme une visite pastorale officielle. Le deuxième but de mon voyage était lié aux 3’000 tonnes de grain et aux 1’000 tonnes d’engrais que le Comité national pour la réconciliation a fait parvenir dans le Nord de mars à mai. En plus des engagements liés à ces deux objectifs, nous avons visité la localité historique où naquit Ryu Chong-ryul (Pierre), l’un des 103 Martyrs coréens, le seul de la Corée du Nord.

Q.: Qui avez-vous rencontré ?

Mgr Chang-mu: Les fidèles, mais aussi des fonctionnaires du Département de l’Agriculture de Corée du Nord, pour discuter sur la manière d’aider au développement agricole de la région. Pendant notre séjour, nous avons été accompagnés par Samuel Chang Jae-ch’ol, Président de l’Association des catholiques nord-coréens, et par Yulio Ch’a, dirigeant de la communauté catholique de Changchung. Cela a été une bonne occasion pour confirmer ainsi notre sincère solidarité avec les nord-coréens en difficulté.

Q.: On parle encore et toujours d’une terrible famine. Les aides sont-elles suffisantes ?

Mgr Chang-mu: En un mot, la Corée du Nord a totalement épuisé ses ressources. Pour donner un exemple, à l’hôtel (pour les hôtes de l’Etat) où nous logions, l’électricité et l’eau courante venaient à manquer de temps à autre. Les nouveaux nés pèsent deux kilos et demi. La situation est beaucoup plus critique que nous le pensions. Pour la distribution des aides du Comité pour la réconciliation, il n’y a pas de problèmes.

Q.: Quel est votre point de vue sur la liberté de conscience en Corée du Nord ?

Mgr Chang-mu: Il est difficile d’exprimer un jugement de notre point de vue, et je pense que nous devrions nous abstenir de le faire. Dans tous les aspects, leur situation est beaucoup différente de la nôtre. Nous vivons sous des systèmes politiques et idéologiques différents. Ils n’ont pas de prêtres ou de religieux. Ils sont sous contrôle, cela c’est la réalité pour eux.

Q.: Y a-t-il un espoir pour la réunification de la péninsule coréenne? Que peut faire l’Eglise?

Mgr Chang-mu: Je n’aime pas employer le terme de «réunification» à cause de ses implications politiques; nous préférons «réconciliation». La réconciliation est notre devoir et notre droit. Nous sommes un seul peuple. Même si de nombreux éléments différents ont été créés pendant 50 ans de séparation, nous avons une tradition commune, les mêmes valeurs spirituelles, la même culture et la même langue. Nous ne pouvons méconnaître ces choses. Ce que l’Eglise doit faire est de tenter d’accroître notre esprit de réconciliation et d’unité, notre charité et notre solidarité par des gestes concrets. Nous devons persévérer.

Q.: Quels sont les aspects principaux pour la mission en Corée du Nord ?

Mgr Chang-mu: La Commission pour la réconciliation considère que la première évangélisation de la Corée du Nord est très importante. Dans le Nord, il y a déjà deux Diocèses: Pyongyang et Hamhung. Mission veut dire évangélisation. Nous devons témoigner de l’amour de Dieu, de la paix, du pardon envers tous, par nos oeuvres. En ce moment, tout cela peut se traduire en aides humanitaires. La personne humaine est centrale. Le Comité pour la réconciliation a l’intention de continuer son travail pour la réconciliation coréenne sur cette ligne.

Q.: Quels sont les fruits du travail de la Commission pour la réconciliation ?

Mgr Chang-mu: La parole même de «réconciliation» est le fruit de notre travail. Le gouvernement du Nord et le gouvernement du Sud comprennent notre expression. Nous espérons qu’il y aura de nombreuses possibilités de contact entre les deux parties. Nous saluons avec joie l’actuelle «Sunshine policy» du gouvernement. Il y a de nombreux signes d’espérance. La visite au Nord de Chung Ju-young avec 1’000 vaches est un de ces signes (ndlr: le 16 juin, Chung Ju-young, fondateur du «Hyundai Businss Group», a emmené 1’000 vaches comme don à la Corée du Nord, comme contribution personnelle à la crise alimentaire).

Q.: Y a-t-il des perspectives pour les relations entre le Vatican et la Corée du Nord ?

Mgr Chang-mu: Ce ne sera pas facile. Je pense que le Vatican doit se rapprocher de la Corée du Nord du point de vue humanitaire. Il n’y a pas de liberté de religion au sens où nous la comprenons. Il faudra du temps. En Chine et à Cuba, il y a des prêtres ; en Corée du Nord, non.

Q.: Le cardinal Kim a montré un grand intérêt pour la Corée du Nord. Pensez-vous que le nouvel archevêque continuera dans la même ligne ?

Mgr Chang-mu: Le nouvel archevêque continuera dans la même ligne. Il continuera ce que le cardinal Kim a commencé et qui s’est développé. La Corée du Nord aura besoin de soutien à l’avenir. Et ces soutiens devront se diversifier. Les aides alimentaires vont très bien, mais il est nécessaire d’aider les Nord-coréens à se suffire à eux-mêmes à longue échéance, par des techniques de culture, des équipements, des semences et des engrais… La Commission nationale pour la réconciliation coréenne poursuivra dans cette ligne. Le plan d’aide du gouvernement est essentiel. Les autres aides sont limitées. De toute manière, l’Eglise fera tout ce qu’elle peut pour apporter son soutien dans le domaine humanitaire, en partageant ce qu’elle a, comme c’est son devoir. (apic/fides/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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