Malgré la vive opposition de la hiérarchie catholique

Equateur: Le président Correa gagne son pari avec sa Constitution socialisante

Quito, 29 septembre 2008 (Apic) Le président équatorien Rafael Correa a gagné son pari en faisant adopter dimanche sa «Constitution socialiste». Une Constitution plébiscitée par près de 64% citoyens, selon un décompte pas encore officialisé.

Les adversaires politiques de Correa, la droite conservatrice, notamment, obtiennent quelque 28%. Une défaite, que partage, aux dires des observateurs, la hiérarchie de l’Eglise catholique, fermement opposée à ce virage socialisant dans ce pays pourtant à 90% catholique.

Correa a revendiqué «le triomphe écrasant» de son projet de Constitution soumis dimanche au vote et destiné à consolider dans en Equateur «le socialisme du XXIème siècle» proche de ses alliés Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales en Bolivie. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque dans ces deux pays aussi, la hiérarchie catholique oppose un bras de fer au pouvoir démocratique en place.

Selon ces mêmes observateurs, le nouveau texte est socialement un des plus avancés du continent latino américain. Il amplifie en effet la couverture sociale de la santé et de l’éducation. Une avancée sérieuse, puisque la Constitution consolide le principe de la gratuité des services de santé et d’éducation, dans ce pays de 13,9 millions d’habitants, où 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le texte défend en outre «une politique économique souveraine qui ne tolère les abus d’aucune multinationale».

Autre point, et non des moindres, dans ce continent où l’exploitation des enfants travailleurs est une tare largement répandue: la nouvelle Constitution défend aux mineurs de moins de 15 ans de travailler et rend obligatoire l’école jusqu’à compléter les études secondaires. Le texte reconnaît en outre le droit des travailleurs immigrés et de leurs familles. Il accorde enfin une égalité de traitement aux familles de «divers types», du même sexe ou non. Une précision qui a provoquée une levée de boucliers de la part des prélats de l’Eglise catholique, qui se sont vigoureusement opposés au projet constitutionnel. Selon la Conférence épiscopale ce nouveau texte ouvre la porte à la légalisation de l’avortement et aux mariages homosexuels. Même si le mot «avortement» n’est mentionné dans aucun des articles. « Certains aspects du texte sont inacceptables pour une conscience chrétienne », estimait il y a peu le président équatorien de la Conférence épiscopale (CEE), Mgr Antonio Arregui.

Bras de fer

Le président Correa et l’ancien président de l’Assemblée constituante, Alberto Acosta, avaient du reste violement réagi. Selon eux, la hiérarchie de l’Eglise catholique «prend une position politique appelant à soutenir ouvertement le vote négatif sur la constitution, s’alignant de toute évidence avec les factions de droite». Dans une interview diffusée par la radio «La Luna» à Quito, Correa avait déclaré assimiler l’opposition de la hiérarchie catholique à une trahison et qu’il considérait cet acte comme « un coup de poignard dans le dos ». Lui-même catholique pratiquant, Correa avait enfin rappelé que lorsqu’il rencontrait d’autres présidents d’Amérique du Sud, il avait l’habitude de se vanter d’être le seul président de gauche à entretenir de bonnes relations avec la hiérarchie catholique. Quant à l’évêque émérite de Machala, Mgr Néstor Herrera, il avait relevé sur le portail internet d’informations Ecuadorinmediato.com que la hiérarchie catholique ferait «la guerre à Correa pendant la campagne référendaire». «Si le président Rafael Correa cherche une bataille contre nous, malheureusement pour lui, nous nous préparons à faire la guerre».

Une fois le texte de la nouvelle Constitution approuvé, le pays entrera dans un régime de transition. L’Assemblée constituante aura alors la tâche de réorganiser l’Etat. (apic/ag/pr)

29 septembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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