Espagne: L’Eglise concernée par le scandale Gescartera

Le cardinal de Madrid dénonce une «désinformation»

Madrid, 7 septembre 2001 (APIC) L’Eglise catholique espagnole n’est pas épargnée par le scandale financier qui a éclaté cet été en Espagne: l’escroquerie de la société de placements en bourse Gescartera. Le président de la président de la Conférence épiscopale réagit aujourd’hui en parlant de «désinformation».

Gescartera, dont le responsable est en prison, s’est servi de l’argent placé pour le faire évader en Suisse, à Jersey et dans d’autres paradis fiscaux. L’escroquerie s’élève à plus de 108 millions d’euros, et personne ne sait où cet argent se trouve. Or, une trentaine d’institutions religieuses – diocèses, congrégations religieuses, curés, ONG – dont l’organisation catholique «Manos Unidas» -, avaient confié environ 11 millions d’euros à Gescartera.

Si l’Eglise, que certaines disent riche, est critiquée, c’est parce qu’elle reçoit de l’argent public: chaque année, le contribuable peut affecter 0,5% de ses impôts à l’Eglise, mais si la somme fixée par un accord de1988 (10,8 millions d’euros par mois pour 2001) n’est pas atteinte, c’est à l’Etat de combler la différence. Ce qui a, semble-t-il, toujours été le cas depuis 1988.

«Impossible»

Le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale, a tenu à réagir. «L’information donnée sur la présence parmi les actionnaires (de Gescartera) de congrégations religieuses relève de la désinformation», a-t-il protesté sur le réseau radiophonique COPE. «Il est impossible, a-t-il ajouté, que pas un centime de l’argent que l’Eglise reçoit de l’Etat aille à Gescartera à travers une institution religieuse ou un centre d’enseignement lié à l’Eglise».

Le cardinal s’est plaint en outre de «déficits de formation religieuse» en Espagne, qui font qu’»on n’a plus une idée claire de ce qu’est l’Eglise, de sa structure de responsabilités, de son organisation territoriale ou de l’organisation de ses activités communautaires ou associatives». Il justifie l’actuel système d’aide que l’Etat fournit à l’Eglise, qui est «en syntonie avec les subsides aux ONG» .

Ce système «a une origine historique qui est précisément la ’desamortización’» (le processus qui, au début du XIXe siècle, a dépossédé l’Eglise de ses ressources). L’archevêque soupçonne qu’»on utilise cette affaire pour aller plus loin et remettre en cause l’Eglise catholique».

De son coté, l’Institut Espagnol des Missions étrangères (IEME) a reconnu, dans un communiqué, avoir investi 200 millions de pesetas dans Gescartera. Cette somme, précise-t-il, «n’a pas été tirée des fonds publics que l’Etat apporte à l’Eglise ni de subsides de l’Etat (nous n’en avons jamais eu), ni des dons offerts pour des tâches missionnaires et solidaires mais du patrimoine de l’institution (fonds historique formé par des fondations et des testaments de particuliers)».

L’IEME trouve «injuste» que «nous, qui sommes des victimes et avons été trompés et escroqués, soyons en train d’apparaître devant l’opinion publique comme des coupables». Il s’insurge contre la publication, par la presse espagnole, de la liste des investisseurs, car en agissant ainsi, on a violé «le droit à l’intimité et au secret bancaire». (apic/cip/cp/pr)

7 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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