Espagne: L’Eglise d’Espagne demande pardon pour la guerre civile

«Mea culpa» pour les victimes de la culture de la mort

Madrid, 6 décembre 1999 (APIC) L’Eglise catholique en Espagne fait son «mea culpa» pour les «victimes de la culture de la mort». Dans un document rendu public ce week-end, les évêques d’Espagne demandent «pardon» pour la guerre civile. Sans «préciser la culpabilité de certaines personnes en particulier», les prélats demandent en effet «le pardon de Dieu pour tous ceux qui ont été impliqués dans des actions réprouvées par l’Evangile, pour tous ceux qui étaient dans l’un ou l’autre des fronts tracés par la guerre».

Ce frappant «mea culpa» de l’Eglise espagnole a fait l’objet d’un document qui a pour titre: «La fidélité de Dieu dure pour toujours. Regard de foi sur le XXe siècle» et qui a été approuvé lors de l’Assemblée plénière de l’épiscopat espagnol, récemment tenue. Le texte a été rendu public ce week-end. Il est divisé en trois parties: la confession des péchés et la demande de pardon; l’autosuffisance des temps modernes; la sécularisation, la violence, la misère létale de peuples entiers, la culture de la mort et la crise de la famille.

«Le sang de tant de nos concitoyens versé à cause des haines et des vengeances, toujours injustifiables, et dans le cas de beaucoup de nos frères et soeurs, comme une offrande de la foi dans le martyre, ne cesse d’appeler à la réconciliation et à la paix. Que cette demande de pardon nous obtienne du Dieu de la paix, la lumière et la force nécessaires pour toujours savoir rejeter la violence et la mort comme moyens pour résoudre les différences politiques et sociales», lit-on dans ce document, publié quelques jours après l’annonce de la rupture de la trêve décrétée par l’ETA .

Réconciliation

Lors de la conférence de presse de présentation du texte, le porte-parole de la Conférence épiscopale espagnole, Mgr Juan José Asenjo, a expliqué que les évêques espagnols n’ont pas cherché à fouiller dans le passé et à ouvrir de nouvelles blessures. L’Eglise demande pardon pour cet épisode particulièrement noir de son histoire (la guerre civile), que les évêques considèrent comme «la guerre la plus destructive de leur histoire», mais elle n’a pas l’intention de chercher à savoir qui doit demander davantage pardon. «Nous devons tous demander pardon, les évêques, l’Eglise et toute la société. L’Eglise a aussi été victime de la guerre et nous ne demandons pas qu’on nous demande pardon», a-t-il déclaré.

Un «mea culpa» pour tout type de violence

Le document mentionne clairement la question controversée de la guerre civile espagnole mais il fait également allusion aux deux guerres mondiales et à la violence terroriste. Il mentionne également l’avortement et l’euthanasie comme des crimes et analyse l’autosuffisance des temps modernes, le premier péché des hommes du XXe siècle dans laquelle sont également tombés les fils de l’Eglise. Les évêques précisent que l’un des grands péchés de ce siècle est «d’avoir souvent méprisé le Ciel que Dieu nous offre en le considérant comme une fausse consolation ou un rêve infantile».

Une culture de mort

Les évêques demandent pardon pour tous les actes de violence perpétrés contre des innocents. «L’homme adulte s’est senti autorisé à disposer de sa propre vie et de celle des autres, pensant trouver de cette manière une solution à certains problèmes. L’homicide est ainsi devenu, dans certaines circonstances, un fait toléré et même légalisé par l’Etat comme un soi-disant droit des personnes individuelles devant être reconnu», précise le texte.

«C’est le cas du crime de l’avortement et de l’euthanasie. L’Eglise ne veut pas cesser de demander pardon au Seigneur de la vie pour tant de vies innocentes brusquement privées de leur droit à voir le jour, et pour tant de personnes âgées malades ou handicapées dont la vie est sous-évaluée, menacée et même supprimée au nom de calculs de pure efficacité matérielle».

Révolution sexuelle

Les évêques demandent également pardon pour la «révolution sexuelle» qui tend à dissocier le sexe de l’amour et l’exercice personnel de la sexualité de la procréation. Il s’agit là selon les évêques d’un comportement qui blesse profondément «l’écologie humaine fondamentale, c’est-à-dire l’environnement familial soutenu par l’engagement du mariage, dans lequel on entretient la vie et les valeurs de la personne».

Les évêques espagnols estiment qu’à la fin de ce deuxième millénaire «l’Eglise est redevenue une Eglise de martyrs. Le témoignage de milliers de martyrs et de saints a été plus fort que les tromperies et la violence des faux prophètes de l’irréligion et de l’athéisme».

Les évêques expliquent clairement l’objectif du document. «Une fois notre mémoire purifiée devant le Dieu miséricordieux qui a tant fait et fait tant pour nous, nous marchons courageusement et encourageons tous les autres à marcher avec confiance vers l’avenir. Nous avons confiance en l’homme car nous avons confiance en Dieu. Nous serons vigilants par rapport aux idoles qui nous offrirons le ciel sur la terre mais qui finiront par nous livrer au découragement et à la mort. La confiance en Dieu nous permet d’apprendre du passé, et même de nos erreurs et de nos péchés, et nous habitue à nous tourner vers un avenir dont nous pouvons vraiment attendre le meilleur», ont-ils déclaré. (apic/zn/tg/pr)

6 décembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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