Après la famille et l’école, l’Eglise est l’institution la mieux cotée

Espagne: La foi des espagnols passée au scanner sociologique

Madrid, 14 avril 1999 (APIC) Près de 84% des Espagnols croient en Dieu, 7% sont athées et près de 9% agnostiques, selon une enquête sur les aspects sociologiques et ecclésiaux de la société espagnole, publiée sur son site internet par l’archidiocèse de Madrid. Selon un rapport du Bureau de sociologie de l’archevêché, les institutions les mieux cotées en Espagne sont, dans l’ordre, la famille et l’école. L’Eglise vient en troisième position.

Bien que le rapport soit une synthèse de toutes les enquêtes partielles réalisées au niveau de 39 zones du diocèse de Madrid, il ne représente cependant pas une étude exhaustive de la situation religieuse et ecclésiale espagnole, et encore moins les réponses pastorales pour y faire face, mettent en garde les auteurs de l’enquête. Ils notent pourtant que la situation religieuse du diocèse de Madrid se situe dans le contexte des valeurs et des comportements de la société espagnole globale.

L’athéisme militant n’est plus de mise

Selon le rapport, de 1970 à 1989, «un cinquième des Espagnols sont passés de l’espace religieux à l’indifférence ou à l’athéisme». Mais cet athéisme, à l’évidence, a perdu l’aspect militant qu’il avait dans le temps. Malgré tout, 25% des Espagnols se disent catholiques pratiquants; catholiques sur le papier 32%; indifférents ou areligieux 19%. 58% reconnaissent qu’il y a quelque chose de sacré dans l’homme, tandis que 31% ont expérimenté le sentiment du sacré.

Ainsi, depuis une vingtaine d’années, le nombre de ceux qui se considèrent comme pratiquants ainsi que les catholiques déclarés non pratiquants est resté stable. Les «areligieux» sont aujourd’hui près de 19%. Le plus bas indice de religiosité se situe dans les zones industrielles et urbaines, mais à Madrid, la religiosité est plus grande que dans d’autres villes et zones aux caractéristiques similaires. L’incroyance à Madrid est également inférieure à ce que l’on rencontre dans d’autres villes européennes et espagnoles de même taille.

Fossé entre générations: plus du tiers des plus jeunes se disent agnostiques ou athées

En termes de catégories socio-économiques, ceux qui ont perdu le plus la foi religieuse font partie des professions techniques des classes moyenne-supérieure et moyenne. Parmi eux également, les jeunes universitaires et les ouvriers disposant d’un certain niveau qualification. Seul un pourcentage oscillant entre 3 et 7% se déclare agnostique ou athée dans la génération de ceux qui sont nés avant 1944. Ceux qui sont nés entre 1944 et 1963 sont majoritairement des catholiques peu pratiquants, et le nombre d’athées et d’agnostiques augmente parmi eux.

Le sentiment du péché a quasiment disparu chez les jeunes

La génération suivante, celle du «changement» de la société espagnole, née entre 1964 et 1973, se situe dans un contexte marqué par la sécularisation de la société. Les indifférents et ceux qui se sont ééloignés de la religion sont désormais majoritaires. Ceux qui sont nés après 1973 ont toutes les caractéristiques des jeunes de la société de consommation: 38% de ces jeunes Espagnols se déclarent agnostiques ou athées. Parmi eux, le sentiment du péché est quasiment absent, ce qui ne veut pas dire qu’ils manquent de normes éthiques, mais elles sont sécularisées et faibles.

Les valeurs de paix, de justice et de défense des droits de l’homme prises au sérieux

Des valeurs comme la paix, la justice, la défense des droits de l’homme, sont parmi les aspects où les jeunes font montre de davantage de conviction que les adultes. Par contre, ils manifestent une permissivité morale marquée dans d’autres aspects de la conduite, notamment concernant le divorce (83%, contre un moyenne nationale de 70%), les relations sexuelles avant le mariage (62%, contre 28%), les relations extraconjugales ou l’adultère (45%, contre 28%), l’avortement (64%, contre 49%).

Une religiosité «à la carte» dans le contexte dune «culture light»

L’enseignement reçu dans les écoles catholiques a une influence significative pour une pratique religieuse plus suivie, mais seulement si le jeune a poursuivi ses études au-delà de l’école primaire. Comme le notent également les sociologues étudiant la religion dans d’autres pays postindustriels, la caractéristique prédominante est la croyance à la carte, chacun se composant son propre menu dans le cadre d’une «culture light».

Le 41,3% des Madrilènes croient qu’il y a une vie après la mort, tandis que le 43,4% doute ou ne sait que penser. Seuls 8% croient qu’il n’y a plus rien après la mort. Pour le 78% des croyants, Dieu est quelque chose de très important dans la vie. Par ailleurs, près d’un tiers des Madrilènes avancent les erreurs commises par l’Eglise dans un passé proche, mais aussi plus lointain, pour expliquer les causes de la déchristianisation.

Parmi les reproches adressés à l’Eglise: son inadaptation, son immobilisme et l’impréparation de son clergé face à la réalité actuelle. Pourtant aujourd’hui, paradoxalement, la confiance dans l’Eglise comme institution a progressé notablement en Espagne. Face aux autres institutions de la société, elle se situe directement après la famille et les institutions éducatives. (apic/be)

14 avril 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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