Les évêques nient toute implication dans un scandale financier
Espagne: Le denier du culte n’a pas été détourné
Madrid, 9 septembre 2001 (APIC) «La Conférence épiscopale espagnole n’a jamais investi la moindre peseta dans Gescartera», a commenté le secrétaire de l’épiscopat, deux mois après la découverte d’un trou de 18 milliards de pesetas (plus de 100 millions d’euros) dans une société spécialisée en gestion de fonds d’investissement.
Mgr Juan José Asenjo a ainsi tenu à faire le point par rapport au scandale financier de la société Gescartera, dont il s’avère aujourd’hui que 13 % des investissements provenaient d’organisations religieuses.
Ces investissements représentaient effectivement un montant global de 1.885 millions de pesetas, a calculé le quotidien «El Mundo». De là à suspecter l’Eglise catholique de détournement de l’impôt ecclésiastique, il n’y a qu’un pas que des personnalités politiques de l’opposition se sont empressées de franchir en prévision d’une prochaine renégociation du financement des cultes par l’Etat.
Le système actuel de financement des cultes en Espagne a été mis en place en 1988. Il repose sur une part minime de l’impôt (0,5 %), que chaque contribuable a la liberté d’affecter à une ou plusieurs organisations de son choix. Celles-ci, dûment agréées, peuvent être des Eglises ou d’autres organisations religieuses, ou encore des organisations sociales ou humanitaires. A cette part de l’impôt dont la destination varie selon les contribuables, l’Etat ajoute un complément pour constituer la dotation annuelle qui reviendra aux cultes et autres organisations apparentées.
Dans le cas de l’Eglise catholique, l’Etat remet sa dotation annuelle à la Conférence épiscopale, à charge pour celle-ci d’en répartir le montant selon les diocèses pour leur permettre de subvenir à leurs dépenses ordinaires, à commencer par l’organisation des activités du culte et l’entretien des bâtiments.
La Conférence épiscopale assure n’avoir rien investi dans Gescartera, mais en va-t-il de même dans chaque diocèse? se sont demandé certains journalistes. Mgr Asenjo reconnaît qu’à Burgos, des fonds d’origine diocésaine avaient été effectivement investis dans Gescartera. Toutefois, précise-t-il, ” ces fonds ne provenaient pas du diocèse comme tel, mais plutôt d’associations fondées par les fidèles».
Ignorance
Parmi les associations catholiques susceptibles d’avoir investi dans Gescartera, il y a eu, à l’étonnement parfois de leurs membres, plusieurs congrégations de religieux et de religieuses. Comment ont-elles pu investir dans une société aussi peu regardante sur les malversations financières? «Les religieux qui ont fait des investissements ont agi dans l’ignorance et en toute bonne foi, explique le Père José Luis Villegas, au nom de la Conférence des religieux. Ils se sont fiés au bouche à oreille et, au bout du compte, ils découvrent qu’on leur a volé de l’argent !»
La découverte du scandale financier Antonio Rafael Camacho le 14 juin dernier a donné lieu, en deux mois, à un feuilleton à épisodes en Espagne. Surtout que le trou découvert dans la société présidée par Antonio Rafael Camacho, qui en est aussi le principal actionnaire, était encore deux fois plus important en 1999: 36 milliards de pesetas, soit plus de 200 millions d’euros !
Révision du système
Comment la Commission nationale du Marché des Valeurs, qui dépend du ministère des Affaires économiques et qui est chargée d’exercer un contrôle sur pareille société, n’a-t-elle pas réagi plus tôt ? se demandent encore plusieurs observateurs aujourd’hui. «On ne nous a pas signalé ce déficit comme fait pertinent, puisqu’il était encore dans les limites légales», répond la Commission. L’archevêque d’Astorga, Mgr Camilo Lorenzo, a jugé cette réponse légère: «Il m’apparaît plutôt que la Commission n’a pas accompli son devoir de contrôle !»
Suite à la révélation de ce scandale financier, les partis socialiste et communiste, aujourd’hui dans l’opposition, réclament la révision du système de financement de l’Eglise catholique en Espagne. Une réunion entre représentants du gouvernement et représentants de l’épiscopat est prévue dans moins d’un mois pour réviser les accords en cours sur la base du système inauguré en 1988. Mais pour le secrétaire de la Conférence épiscopale espagnole, le feuilleton à scandale de cet été ne doit pas être un prétexte à tout remettre en question.
Au pays des rois catholiques, ils sont aujourd’hui 36,6 % d’Espagnols à stipuler dans leur déclaration d’impôts qu’un demi pour cent de leurs contributions doit être affecté au financement du culte catholique. (apic/cip/jc/pr)



