Espagne: Le torchon brûle entre la hiérarchie catholique et le gouvernement

Les évêques veulent «promouvoir dans la rue la vision chrétienne»

Madrid, 24 septembre 2004 (Apic) Le torchon brûle à nouveau entre la hiérarchie catholique espagnole et le le gouvernement de ce pays. Les évêques entendent «promouvoir dans la rue la vision chrétienne» contre certaines initiatives légales du gouvernement socialiste, à une semaine de l’adoption d’un projet de loi sur le mariage homosexuel.

Le porte-parole de la Conférence épiscopale, Juan Antonio Martinez Camino, cité vendredi par plusieurs journaux espagnols, affirme que l’Eglise «n’a jamais tenté d’inciter les catholiques à manifester, et a encore moins convoqué des manifestations (…) mais doit exercer son influence». «Les droits civils que peuvent défendre les citoyens peuvent aussi être défendus par les catholiques», a-t-il dit jeudi à l’issue d’une réunion de la Conférence épiscopale.

«L’Eglise va promouvoir dans la rue la vision chrétienne sur des questions qui intéressent l’opinion publique», a-t-il dit, en citant notamment le mariage entre homosexuels, la place de la religion dans l’enseignement ou l’avortement. Le gouvernement socialiste a gelé une loi de ses prédécesseurs conservateurs qui faisait de la religion une matière obligatoire à l’école et comptant pour le passage en classe supérieure.

Sur l’avortement, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, arrivé aux affaires en annonçant un assouplissement des conditions d’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse, a depuis lors exclu tout aménagement pour la présente législature.

Le mariage des homosexuels, défendu personnellement par Zapatero, doit faire l’objet d’un projet de loi qui sera approuvé le 1er octobre en conseil des ministres et deviendrait réalité dès 2005.

La hiérarchie catholique, qui avait appelé aux législatives de mars 2004 à voter contre les partis «laïcs», a protesté à plusieurs reprises contre les initiatives du nouveau gouvernement mais l’a en revanche félicité pour son implication dans la lutte contre la faim dans le monde, aux côtés du Brésil, de la France et du Chili.

La première vice-présidente du Congrès espagnol, Carmen Chacon, a réclamé de l’Eglise catholique qu’elle n’interfère pas dans le travail des institutions démocratiques du pays.

Profond contentieux

Une passe d’armes avait opposé il y a quelques semaines déjà l’archevêque de Tolède, Mgr Antonio Cañizares, et ce même au gouvernement. L’archevêque avait estimé: «On voudrait voir l’Eglise se taire sur tout». Le prélat avait attaqué de front le «pouvoir et les moyens de communications en Espagne qui cherchent à mettre l’Eglise en pièce», et dénoncé «les tentatives faites pour la rendre muette». Cela, avait-il ajouté, «sous prétexte qu’ils ont reçu une légitimité plus ou moins appuyée par une majorité».

La réponse de la première vice-présidente du Congrès espagnol, Carmen Chacon a l’archevêque ne s’était pas faite attendre: «Les institutions démocratiques de ce pays ne se mêlent pas de la discrimination de la femme au sein de l’Eglise». Selon elle, certaines interventions et discours de l’Eglise ont provoqué «la colère et la honte dans la majeure partie de la société». Elle a demandé à l’Eglise, à Mgr Antonio Cañizares en particulier, de respecter le travail des institutions et de l’Etat.

Grogne

En Juillet dernier, les évêques espagnols avaient manifesté leur opposition au projet de loi gouvernemental sur le mariage des homosexuels. Dans un document intitulé «En faveur du mariage», publié à l’issue d’une session tenue à Madrid, ils manifestaient leur hostilité à ce projet, réaffirmant que «deux personnes du même sexe n’ont aucun droit à se marier».

Recevant en juin le nouveau Premier ministre espagnol Zapatero le pape lui avait fait part de son inquiétude et réitéré ses mises en garde contre son programme politique. Quelques jours auparavant, le 18 juin, Jean Paul II s’était entretenu avec le nouvel ambassadeur près le Saint-Siège, Jorge Dezcallar de Mazarredo, venu présenter ses lettres de créances. Il avait ainsi condamné l’ouverture à l’avortement et au mariage homosexuel en Espagne, et exprime son inquiétude face aux réformes du nouveau gouvernement espagnol.

Les critiques adressées au nouveau gouvernement espagnol avaient provoqué un certain agacement du ministre des Affaires étrangères. Le Vatican, avait dit, Miguel Angel Moratinos, «doit savoir qu’il y a un nouveau gouvernement» en Espagne. «Nous y allons – red.: à Rome – avec la volonté d’écouter mais le Vatican doit savoir qu’il y a un nouveau gouvernement et que ce nouveau gouvernement a des positions, bien sûr de respect envers l’Eglise catholique, mais aussi très fermes sur des questions que la majorité des citoyens espagnols veulent voir changer». (apic/ag/imedia/aci/pr)

24 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!