Le droit à une mort digne ne justifie pas l’euthanasie

Espagne: Les évêques mettent en garde contre une légalisation de l’euthanasie

Madrid, 27 février 1998 (APIC) L’euthanasie n’est pas un progrès, mais un retour en arrière, jugent les évêques espagnols dans une déclaration publiée jeudi. Le jour où elle ne sera plus pénalisée, elle obtiendra une légitimation sociale implicite, qui risque d’avoir pour conséquence une pression morale institutionnalisée sur les personnes âgées et les moins valides.

La méfiance et la peur marqueront les rapports sociaux. L’euthanasie reste dans tous les cas une forme d’homicide, soulignent les évêques. L’affection et la compassion authentiques sont celles, non qui suppriment la vie, mais l’accompagnent jusqu’à son terme. Tel est l’essentiel de déclaration de huit pages des évêques espagnols intitulée «L’euthanasie est immorale et antisociale». Cette la mise en garde a été approuvée la semaine dernière à Madrid par le Comité permanent de la Conférence épiscopale espagnole.

Dans la première partie, les évêques dénoncent «une campagne trompeuse» en vue d’une reconnaissance sociale et légale de l’euthanasie, qui exploite depuis plusieurs années le cas d’un malade tétraplégique et s’est trouvée relancée par récent décès de ce malade. Nous avons à faire, écrivent les évêques, à «une bataille juridique et publicitaire qui vise à obtenir la reconnaissance de ce qu’on appelle le droit à une mort digne». Or, cette requête est «en soi erronée et dangereuse pour la vie en commun dans la société».

Après avoir affirmé leur respect pour la conscience de chacun, les évêques soulignent que les cas de tétraplégie sont rares et mettent en garde contre la tentation de «rendre normal et commun ce qui est exceptionnel et rare». Ils rappellent que l’acceptation sociale de l’euthanasie ne serait en rien une nouveauté, puisque cette pratique existait déjà dans plusieurs sociétés primitives, ainsi que dans les monde grec et romain. Par la suite, «l’estime pour toute vie humaine fut un véritable progrès introduit par le christianisme».

Une conception bourgeoise mesquine de la propriété privée

La seconde partie (»L’euthanasie est un mal grave»), définit l’euthanasie comme «l’intervention dont l’objet est de provoquer la mort d’un être humain, soit qu’il l’ait lui-même demandé, soit que l’on considère que sa vie manque de la qualité humaine minimale pour mériter d’être qualifiée de digne». Ainsi considérée, l’euthanasie est «toujours une forme d’homicide», soulignent les évêques, car la mort ne peut être provoquée, même si elle ne doit pas être «absurdement retardée».

L’épiscopat espagnol attribue une mentalité favorable à l’euthanasie à un «individualisme athée et hédoniste» et à une attitude qui revient à «mener jusqu’au bout de sa logique, de façon presque ridicule, une conception bourgeoise mesquine de la propriété privée», en oubliant qu’»on ne dispose pas de sa vie comme d’une ferme ou d’un compte en banque». Le précepte biblique «Tu ne tueras pas» (Exode 20,13) «concerne aussi sa propre vie», rappelle la déclaration.

De l’euthanasie à l’homicide

«Le mal de l’euthanasie met en danger la vie commune», rappelle la troisième partie du document. Les évêques soulignent les «graves conséquences et nouvelles situations d’immoralité» qu’impliquerait une légitimation sociale de l’euthanasie, dont «une situation intolérable de pression morale institutionnalisée sur les personnes âgées et les moins valides, ainsi que sur tous ceux qui, pour une raison ou une autre, pourraient eux-mêmes se considérer comme une charge pour les membres de leur famille ou pour la société».

Dépénaliser l’euthanasie serait «introduire dans les rapports humains un facteur de plus en faveur de la domination injuste des forts et de mépris des plus faibles». Or, écrivent les évêques, «s’occuper des plus faibles, avec dévouement, est précisément ce qui donne aux plus fort leur dignité, c’est un label de véritable progrès moral et social».

Les évêques ajoutent que «l’acceptation sociale et légale de l’euthanasie volontaire entraîne l’euthanasie involontaire, voire imposée, c’est-à-dire l’homicide». Et de citer le cas des 19’600 personnes décédées en 1996 aux Pays-Bas «d’une mort provoquée par action ou par omission», dont «5’700 seulement savaient ce qui allait advenir».

Objection de conscience

La quatrième partie est intitulée «La foi en Jésus-Christ, force pour vivre et mourir dans la dignité». Les évêques y expliquent que le sens de la souffrance est éclairé par la force de la foi et que cette souffrance impose des limites à la «culture de la mort».

La dernière partie (»Pour une mort bonne et digne») évoque l’exemple donné par Mère Teresa: «L’affection et la compassion authentiques sont celles, non qui suppriment la vie, mais l’accompagnent jusqu’à son terme». Les évêques ajoutent que «l’objection de conscience sera obligatoire» pour ceux qui seraient amener à «coopérer au mal de l’euthanasie». (apic/cip/mp)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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