Virage à droite?
Espagne: Nouvelle équipe à la tête de l’épiscopat
Madrid, 8 mars 1999 (APIC) Les 83 évêques qui ont participé du 1er au 5 mars à l’Assemblée plénière de la Conférence épiscopale espagnole ont élu un nouveau président, le cardinal Antonio María Rouco, archevêque de Madrid (44 voix, au second tour) et un nouveau vice-président, le cardinal Ricard Maria Carles, archevêque de Barcelone (44 voix, au premier tour).
Autres changements: parmi les quatorze présidents de commissions épiscopales, dix sont nouveaux et un autre change de commission. Ces changements ont nécessité un remaniement du comité permanent et du comité exécutif de la Conférence. En Espagne, les commentateurs parlent de «virage à droite» de l’épiscopat.
Mgr Antonio María Rouco Varela succède à Mgr Elías Yanes Alvarez, qui a présidé la Conférence épiscopale durant six ans. Mgr Rouco est né en 1936 en Galice. Il a été ordonné prêtre en 1959. Après avoir obtenu la licence en théologie à l’Université pontificale de Salamanque, il est allé étudier le droit canonique à Munich, où il a acquis le grade de docteur avec une thèse intitulée «Etat et Eglise dans l’Espagne du XVIe siècle». Evêque auxiliaire de Saint-Jacques de Compostelle en 1976, il en devient l’archevêque titulaire en 1984. Il est archevêque de Madrid depuis 1994 et cardinal depuis février 1998. Il est membre des Congrégations romaines pour les Evêques, le Clergé et l’Education catholique.
Après avoir été élu à la présidence de la Conférence épiscopale espagnole, Mgr Rouco a signalé deux problèmes qui attendent toujours une solution dans le domaine des rapports Eglise-Etat : le cours de religion et le financement de l’Eglise. Il s’est montré inquiet face au phénomène de la sécularisation, et a insisté sur le besoin de travailler à la nouvelle évangélisation que Jean Paul II encourage.
Mgr Ricard Maria Carles, le nouveau vice-président – après avoir été candidat à la présidence il y a six ans -, est né à Valence en 1926. Licencié en droit canonique, il a été évêque auxiliaire de Tortosa, avant d’être nommé en 1990 archevêque de Barcelone. Il a été créé cardinal en 1994. A Rome, il est membre du Conseil des cardinaux pour les Affaires Economiques de l’Eglise, de la Congrégation pour l’Education catholique et du Conseil pontifical Justice et Paix.
Polémique sur fond de campagne contre le sida
Les propos que le cardinal Carles tient dans une lettre pastorale lue dans les églises ce dimanche 7 mars, où il reprend les critiques formulées par Mgr Rouco à propos des campagnes menées par l’administration publique espagnole en faveur de l’usage du préservatif pour éviter le sida, ont suscité une vive polémique en Espagne. Certains y voient la confirmation d’un «virage à droite» des évêques espagnols qui se serait produit à l’occasion des dernières élections.
L’assemblée plénière a approuvé la réforme des statuts de la Conférence épiscopale pour les adapter à la lettre apostolique «Apostolos suos», ainsi qu’une instruction pastorale intitulée «L’Eucharistie, nourriture du peuple pèlerin». Les évêques ont également approuvé les statuts de l’Université pontificale de Salamanque. Des initiatives ont été discutées à propos de la commémoration du cinquième centenaire de saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, et les évêques ont exprimé le souhait que ce saint soit proclamé docteur de l’Eglise.
Un axe Madrid-Barcelone et une nouvelle génération d’évêques
L’archevêque de Madrid à la présidence de la Conférence épiscopale et celui de Barcelone à la vice-présidence, c’est une grande première en Espagne. Ce «tandem ecclésial» Madrid-Barcelone réunit deux cardinaux, et donc deux personnes auxquelles Rome fait particulièrement confiance. Selon le journaliste Antonio Pelayo, informateur religieux et correspondant au Vatican de plusieurs médias, Rome a accueilli avec satisfaction le résultat des élections: «Tous les épiscopats ne se montrent pas aussi dociles à ses suggestions et à ses désirs», a-t-il commenté. Selon Pelayo, les évêques espagnols sont «un collectif composé de personnalités découpées selon des patrons à peines différents les uns des autres».
On constate un certain «rajeunissement». – Mgr Rouco a 62 ans, alors que son prédécesseur, Mgr Elías Yanes, en a 70 -, surtout au niveau des présidences de commissions épiscopales. Une exception: le cardinal Carles a 72 ans, et certains suggèrent que sa vice-présidence est un «prix de consolation» après l’affaire (blanchissement d’argent sale) dans laquelle la justice italienne a tenté de l’impliquer, en vain.
L’attachement au Vatican dont font preuve les cardinaux Rouco et Carles a été «compensé», dit-on à Madrid, par l’élection au Comité permanent de la conférence épiscopale d’évêques jugés «progressistes» – certains précisent: dans la ligne de feu le cardinal Tarancon, l’ancien archevêque de Madrid -, comme Gabino Díaz Merchán, archevêque d’Oviedo, et Juan María Uriarte, évêque de Zamora.
Côté politique, les réactions ont été plutôt discrètes. On relève à la fois la solidité de la préparation intellectuelle de Mgr Rouco et son appartenance au secteur conservateur de l’Eglise. Certains déplorent que l’Eglise espagnole ait raté l’opportunité de faire le «virage au centre» qu’a tenté tout dernièrement le Parti Populaire. (apic/cip/pr)



