Des déclarations qui font grand bruit: désaveu dans l’air
Espagne: Polémique autour d’une déclaration du secrétaire des évêques sur le préservatif
Rome/Madrid, 19 janvier 1005 (Apic) Ni le Vatican ni les évêques espagnols partagent le point de vue du secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole, Juan Antonio Martinez Camino, à propos de l’utilisation du préservatif comme moyen de prévention dans la lutte contre le sida.
Les déclarations faites mardi par le secrétaire des évêques, qui constituaient un total revirement des évêques d’Espagne sur le sujet sont actuellement remises en cause en Espagne et au Vatican. Elles font grand bruit et sont appelées à être désavouées.
Selon le «Periodistadigital.com» – «El periodico de Periodicos», le «journal des journaux», il appartient maintenant au secrétaire général de la Conférence des évêques d’Espagne (CEE) de rectifier ses déclarations largement reprises et commentées.
«La préservatif a sa place dans le contexte de la prévention intégrale et globale du sida», a en effet déclaré le porte-parole et secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole, Juan Antonio Martinez Camino, au terme d’une rencontre, mardi, avec la ministre espagnole de la Santé, Elena Salgado.
Le secrétaire des évêques a néanmoins rappelé l’attachement traditionnel de l’Eglise à l’abstinence et à la fidélité comme les deux premiers moyens de prévention, à l’issue d’une réunion. Il a manifesté la volonté de son institution de «collaborer» et de «s’entendre» avec le gouvernement socialiste espagnol autour de cette question. Et de préciser: «Il convient de collaborer pour essayer de résoudre un problème aussi grave que celui-ci», a-t-il déclaré.
La déclaration du secrétaire de la CEE n’a pas manqué de susciter le commentaire le du quotidien espagnol «El Pais»: «C’est la première fois qu’un représentant de l’Eglise espagnole se manifeste aussi clairement en faveur de l’usage du préservatif», écrivait-il mercredi. Le quotidien de Madrid n’est pas le seul à faire les gros titres à partir de cette déclaration. Sous le titre «L’Eglise espagnole se dit pour la première fois en faveur du préservatif», ou encore «L’Eglise catholique espagnole a effectué un virage significatif sur le thème du sida en se prononçant pour la première fois en faveur de l’utilisation du préservatif comme moyen de prévention», agences de presse et autres quotidiens d’Espagne ou d’ailleurs reprennent ces déclarations. Contre lesquelles s’insurgent aujourd’hui les évêques espagnols et le Vatican.
Aucun commentaire du Vatican
En Espagne, du côté de la CEE, on attend un rectificatif de l’auteur de cette déclaration, fracassante s’il en est dans le paysage de l’Eglise catholique espagnole, plutôt connue pour son conservatisme. «Il devra rectifier et trouver un moyen de se sortir de ce mauvais pas. Il s’agit d’un grave croche-pied fait à sa carrière, mais aussi à l’Eglise universelle», commente le Père José Manuel Vidal dans «El periodico de Periodicos».
Réaction aussi à Rome. Dans une déclaration rapportée mercredi par l’Agence France presse, l’évêque espagnol José Luis Redrado Marchite, secrétaire du Conseil pontifical pour la santé, dit douter que l’Eglise de son pays se soit prononcée pour l’utilisation du préservatif comme moyen de prévention contre le sida. L’évêque se prononce du reste contre le préservatif, «moyen que la morale catholique réprouve». Les sources officielles du Vatican ont fait savoir qu’aucun commentaire sur ce sujet n’était prévu.
Mgr José Luis Redrado Marchite précise par ailleurs avoir appris par un évêque que la Conférence épiscopale espagnole a abordé les thèmes de la morale sexuelle et notamment le thème du sida en vue d’un document qu’elle doit mettre au point. «Certes, le préservatif peut être une solution plus facile que l’abstinence. C’est vrai aussi que pour certains l’abstinence peut s’avérer un traumatisme. Mais il faut qu’un catholique soit cohérent avec sa foi», a commenté Mgr Redrado Marchite.
A noter que le même secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole avait en novembre mis en doute l’efficacité du préservatif, lors du lancement d’une campagne gouvernementale pour en assurer la promotion. Les pouvoirs publics «ne disent pas toute la vérité» sur la sécurité du préservatif, avait-il notamment déclaré, suscitant de vives critiques du gouvernement, de scientifiques et d’associations de lutte contre le sida. (apic/pr)



