La Conférence des évêques prend le gouvernement à contre-pied

Espagne: Politique espagnole au Pays basque

Madrid, 7 juin 2002 (APIC) L’Eglise espagnole a pris le contre-pied du gouvernement espagnol en dénonçant les critiques «injustes» lancées récemment par le gouvernement contre les évêques basques qui avaient mis en doute le bien-fondé d’une interdiction du parti politique indépendantiste Batasuna.

L’Eglise espagnole «se sent le devoir de dénoncer la manière d’exercer la critique, à tous points de vue injuste et disproportionnée, née de la publication» de la lettre pastorale des trois évêques, selon un long texte de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) publiée vendredi par l’ensemble de la presse espagnole.

La lettre pastorale, signée par trois des quatre évêques du Pays basque et de Navarre (nord de l’Espagne), exprimait notamment la crainte que l’interdiction de Batasuna, considéré par les autorités espagnoles comme le bras politique de l’organisation armée ETA, n’aggrave «la division et la confrontation» au Pays basque. Elle réclamait également «la fin de toutes les violences», en référence aux attentats de l’ETA, qui ont fait plus de 800 morts depuis 34 ans.

«La liberté d’information et d’opinion n’autorise aucune composante sociale à défigurer le sens du document, en omettant des passages essentiels ou en lui faisant dire ce qu’il ne dit pas en réalité», poursuit le texte de la Conférence épiscopale.

«Il paraît évident que cette critique disqualifiante cause un grave dommage à l’Eglise et à sa crédibilité», ajoute la Conférence en jugeant que «le terrorisme implique toujours une très grave perversion de la conscience morale, dont le règlement ne se voit pas facilité par le discrédit porté à des institutions comme l’Eglise».

Le chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar avait qualifié la lettre des évêques de «perversion intellectuelle et morale», et le nonce apostolique avait été convoqué à deux reprises par le ministre des Affaires étrangères Josep Piqué. Mais ni le Vatican, ni la Conférence épiscopale n’ont prononcé une condamnation espérée par l’exécutif.

Depuis la publication de la lettre pastorale, les députés espagnols ont adopté un projet de loi de réforme de la loi sur les partis politiques, dont l’objectif est de déclarer hors-la-loi Batasuna. Ce projet doit encore passer devant le sénat le 25 juin avant d’entrer en vigueur en juillet probablement

Propos d’Aznar disproportionnés

Jeudi déjà, le nonce apostolique en Espagne, Mgr Manuel Monteiro avait admis que la récente lettre des évêques basques sur la situation politique dans cette région, comportait des «éléments inopportuns». Le nonce ne l’a toutefois pas condamnée contrairement à l’attente du gouvernement espagnol.

Le nonce a transmis «son opinion» sur cette lettre à Josep Piqué sous une forme nuancée. Il a souligné qu’elle comporte «clairement des éléments inopportuns» tout en relevant qu’elle contient «une ferme condamnation du terrorisme», selon un communiqué du ministère publié à l’issue de la rencontre.

La lettre des prêtres

Samedi dernier, 358 prêtres basques s’étaient élevé contre ce projet de loi, qu’ils estiment «antidémocratique» » et qui vise «à nier l’exercice du droit fondamental à l’autodétermination du Pays basque, revendiqué par la majorité. Les prêtres réaffirmaient en outre leur soutien aux trois évêques basques.

Si le torchon brûle entre le clergé basque et le gouvernement Aznar, le Vatican s’est abstenu jusqu’ici de réagir. Samedi déjà, le service de presse du Saint-Siège faisait savoir qu’il n’interviendrait pas «pour le moment». (apic/ag/bb/pr)

7 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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