Etats-Unis Après l’investiture de V. Gene Robinson, évêque «gay» de l’Eglise épiscopale
Le débat sur le mariage homosexuel divise la société
New York 12 mars 2004 (Apic) L’investiture officielle, dimanche 7 mars, de V. Gene Robinson, le premier évêque de l’Eglise épiscopale aux Etats-Unis affichant ouvertement son homosexualité, a ouvert une nouvelle étape dans le débat sur l’homosexualité au sein de l’Eglise et de la société. Cette question sera sans doute présente dans le débat dans le cadre de l’élection présidentielle de 2004. Elle divise d’ores et déjà les communautés religieuses aux Etats-Unis.
La Cour suprême de Californie a du reste ordonné jeudi à la municipalité de San Francisco de cesser immédiatement de célébrer des mariages homosexuels mais sans se prononcer sur le fond dans ce débat qui divise les Etats-Unis.
Une chose est certaine, la question des évêques homosexuels a profondément divisé la Communion anglicane mondiale dont dépend l’Eglise épiscopale aux Etats-Unis, et elle se pose alors que le débat s’intensifie actuellement sur le mariage homosexuel dans la société civile. Le débat s’est aussi amplifié par la volonté d’élus locaux de villes qui se montrent tolérantes envers la communauté homosexuelle comme San Francisco et acceptent des mariages homosexuels. Une tolérance qui n’est pas du goût du président George W. Bush.
Le sénateur John Kerry, qui sera vraisemblablement l’adversaire démocrate de Bush lors de l’élection présidentielle de novembre 2004, a déclaré que tout en s’opposant au mariage homosexuel, il s’opposait également à l’amendement soutenu par George Bush, en précisant qu’il est inutile et peut engendrer des divisions.
Alors que les partisans du président déplorent une situation «d’anarchie» provoquée par les récentes initiatives d’élus locaux en Californie et dans les Etats du Massachusetts, du Nouveau-Mexique, de New York et d’Oregon, ceux qui sont en faveur du mariage homosexuel affirment agir conformément à la tradition des réformes et des mouvements des droits civiques aux Etats-Unis, dont beaucoup ont des bases religieuses.
Les responsables des grandes Eglises protestantes et anglicanes des Etats-Unis – Eglises qui ont participé ces dernières dix années au débat sur l’homosexualité – n’ont en général pas encore pesé sur la question du mariage homosexuel mais cela pourrait changer.
«Les questions de sexualité sont loin d’être réglées, et un amendement constitutionnel qui est perçu comme un moyen de régler le problème pourrait rendre plus difficile le débat au sein de la société à ce sujet», a fait remarquer Frank T. Griswold, évêque président de l’Eglise épiscopale.
Débat et campagne
Toutefois, a ajouté l’évêque, qui n’est pas étranger au débat au sein de son Eglise sur l’homosexualité, tout en «tenant compte des différentes vues au sein de l’Eglise épiscopale, j’exprime fermement l’espoir que notre débat national durant cette période électorale nous permettra d’avoir des discussions sérieuses et empreintes de respect».
Depuis l’annonce du président Bush, la réponse des chrétiens conservateurs est prise très au sérieux à Washington. Alors que certains conseillers politiques ont averti le président qu’il allait éloigner certains électeurs modérés ou incertains, d’autres affirment qu’assurer le vote religieux conservateur est important pour lui permettre d’obtenir la victoire en novembre.
Pour plusieurs groupes de l’Eglise épiscopale, entre autres un comité de promotion des droits des femmes dans l’Eglise, la décision de George Bush est une marque de «discrimination à l’encontre des homosexuels, des lesbiennes et de leurs familles, qui ne fera rien pour préserver l’institution du mariage et tout pour nier l’égalité des droits conformément à la loi à une partie de la population».
De l’autre coté, le Conseil anglican américain (AAC) a déclaré soutenir la proposition d’un amendement au moment de son adhésion, il y a deux ans et demi, au groupe Alliance for Marriage. «L’amendement est un pas important qui permettra de préserver l’institution du mariage dans notre société», a déclaré l’évêque Peter Beckwith, membre du Conseil consultatif de l’Alliance dans un communiqué. Le Conseil encourage d’ailleurs les responsables de l’Eglise épiscopale à se joindre à lui pour soutenir l’amendement.
Décision de la Cour suprême de Californie
La Cour suprême de Californie a ordonné jeudi à la municipalité de San Francisco de cesser immédiatement de célébrer des mariages homosexuels mais sans se prononcer sur le fond dans ce débat qui divise les Etats-Unis. La Cour a demandé à la municipalité d’appliquer la loi californienne qui stipule que le mariage est une union «entre un homme et une femme». Depuis la mi-février, la ville de San Francisco, berceau de la contre-culture américaine, a marié 3.700 couples d’homosexuels venus de tout les Etats- Unis, au grand dam de la droite conservatrice et des organisations chrétiennes traditionnelles. (apic/eni/ag/pr)



