Etats-Unis: Bush signe la loi destinée à prolonge la vie de Terri Schiavo

Mgr Elio Sgreccia condamne une possible «euthanasie directe»

Washington, 21 mars 2005 (Apic) George Bush a signé une loi destinée à prolonger la vie de Terri Schiavo, cette habitante de Floride en état de mort cérébrale depuis 15 ans. Le texte controversé a été adopté dans l’urgence par le Congrès durant la nuit.

Bush a écourté ses vacances dans son ranch du Texas et regagné Washington spécialement pour signer ce texte, ce qui lui donne force de loi. La Chambre des Représentants a adopté le texte de loi par 203 voix pour et 58 contre, peu après minuit, quelques heures après un vote à l’unanimité des sénateurs.

Le cathéter inséré dans l’estomac de Terri Schiavo, 41 ans, a été retiré vendredi sur ordre d’un tribunal de l’Etat de Floride. Cela doit entraîner sa mort d’ici une à deux semaines. Le mari de Terri Schiavo déclare que sa femme avait demandé à ne pas être maintenue artificiellement en vie, ce que contestent d’autres membres de la famille.

Sous la pression de chrétiens conservateurs, les membres du Congrès ont trouvé samedi un accord sur des dispositions législatives pour s’opposer à cette forme d’euthanasie, 24 heures après le débranchement du cathéter.

Les réactions sont nombreuses dans le monde. Partisans et adversaires sur ce problème douloureux s’affrontent. De nombreux politiciens vont jusqu’à en faire une récupération politique. Le Vatican, par la voix du président de l’Académie pour la vie, Mgr Elio Sgreccia, a pour sa part estimé qu’enlever la sonde gastrique à l’Américaine Terri Schiavo serait de l’euthanasie directe.

Victime d’un accident cardio-vasculaire en 1990, l’Américaine Terri Schiavo, âgée de 40 ans, se trouve depuis quinze ans dans une forme de coma. En octobre dernier, son mari Michael a obtenu de la justice l’autorisation de faire «débrancher» sa femme placée sous sa tutelle, afin de la laisser s’éteindre. Les parents de Terri, refusant cette décision, ont proposé des aides financières à leur gendre afin de maintenir leur fille en vie, mais sans succès. La Cour suprême des Etats-Unis a aussi rejeté leur demande de différer l’arrêt des machines.

Illicite

«Nous retenons illicite la décision d’enlever la sonde gastrique d’alimentation de Terri Schiavo», avait déclaré vendredi sur les Ondes de Radio Vatican le président de l’Académie pontificale pour la vie. «Terri Schiavo peut être considérée comme une personne humaine vivante», certes «privée de sa pleine conscience», mais «dont les droits juridiques doivent être reconnus, respectés et défendus». «Empêcher à quelqu’un l’accès à la nourriture et à l’eau, représente une façon de tuer cette personne», a dénoncé Mgr Sgreccia.

Pour lui, enlever «la sonde gastrique d’alimentation» à une personne dans les conditions de Terri Schiavo, «peut être considéré comme de l’euthanasie directe». En effet, dans le cas de l’Américaine, «la sonde gastrique d’alimentation de peut être retenue comme un moyen extraordinaire, ni comme un moyen thérapeutique», a argumenté le président de l’Académie pour la vie. Au contraire, «elle fait partie intégrante de la modalité avec laquelle Terri Schiavo peut être alimentée et hydratée».

Si l’Eglise catholique condamne l’acharnement thérapeutique et tout moyen disproportionné pour maintenir une personne en vie, elle prône en revanche l’utilisation de soins médicaux proportionnels au mal du patient. Dans le cas de l’état végétatif, où le malade vivant, mais inconscient, finit inéluctablement par mourir, l’Eglise exige l’apport des soins médicaux correspondants à l’avancée de la maladie ainsi que la nutrition et l’hydratation permanente du patient.

La mort cérébrale

«Ce n’est pas l’habitude de cette Académie d’intervenir pour soutenir des cas spécifiques de souffrance humaine ou de menaces à la vie», a renchéri Mgr Sgreccia. «Cependant, le cas de Terri Schiavo, à cause de son caractère exemplaire et de l’importance que les médias lui ont justement attribué, va au-delà de la situation individuelle». Il a aussi souligné que «le silence, dans ce cas, pourrait être interprété comme une approbation, avec des conséquences qui iraient bien au-delà du cas spécifique».

«Nous ne voulons pas entrer dans des considérations secondaires concernant le cas de Terri Schiavo, comme les problèmes familiaux ou économiques», a poursuivi l’évêque. «Mais, prenant en considération exclusivement les aspects médicaux et anthropologiques du cas, nous nous sentons en devoir d’affirmer qu’une telle décision va contre les droits de la personne et constitue un abus d’autorité juridique». «Si une telle décision – celle d’enlever la sonde d’alimentation – était confirmée et conduisait à la mort de Terri Schiavo, cela créerait un précédent juridique et présenterait en réalité l’euthanasie comme un droit devant la Cour suprême des Etats-Unis, avec les graves conséquences que l’on peut facilement imaginer pour les vies de nombreuses autres personnes plus ou moins autonomes, dans ce pays et ailleurs», a-t-il conclu.

Une difficulté qui se pose actuellement aux médecins est celle de définir de façon certaine la mort cérébrale du patient à laquelle l’état végétatif peut parfois étrangement ressembler. Les spécialistes du Vatican, dont les membres de l’Académie pour les sciences mais aussi de celle pour la vie, étudient les critères à soumettre aux médecins afin qu’ils puissent vérifier précisément l’état cérébral du patient en cas de doute. (apic/ag/imedia/ar/pr)

21 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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