Etats-Unis: De quel soutien religieux G. Bush dispose-t-il pour «défendre sa guerre»?

La mouvance évangélique adhère aux propos bellicistes

Washington, 5 mars 2003 (Apic) Le président Bush, qui s’illustre par des discours à fort contenu religieux, ne dispose pourtant pas de l’appui de la majorité des Eglises dans son pays. Nanti qu’il se sent «d’une mission divine» pour combattre l’axe du mal, exploitant à fond le filon de la religion dans sa ligne politique, son discours belliciste convainc en particulier la mouvance évangélique dont il est issu. Et surtout les membres de la «Southern Baptist Convention» (SBC), forte de 16 millions de fidèles.

La majorité des Eglises, dont l’Eglise catholique, ont manifesté leur hostilité à la guerre que s’apprête à livrer le président Bush à l’Irak. Comment, dès lors, le locataire de la Maison Blanche peut-il se permettre de passer outre cette opposition, à l’heure où il reçoit l’émissaire du pape Jean Paul II, le cardinal Pio Laghi? Dans une interview accordée au quotidien catholique français «La Croix», Sébastien Fath, historien, chercheur au CNRS, s’interroge également. «Il est vrai, dit-il, que la plupart des Eglises se sont prononcées contre un conflit avec l’Irak». Pour preuve, rappelle-t-il, la position récente du Conseil national des Eglises.

Reste, fait-il remarquer, que la mouvance évangélique du protestantisme est pour, avec ou sans l’accord de l’ONU, et elle représente environ 30% de la population des Etats-Unis. «George Bush peut ainsi s’appuyer sur cette minorité pour donner un ’vernis’ religieux à son attitude».

L’appui d’une partie des baptistes à George Bush ne date pas d’hier. En septembre 2002 déjà, le locataire de la Maison Blanche pouvait en effet compter dans ses préparatifs de guerre avec la très fondamentaliste Convention Baptiste du Sud, favorable à l’usage de la force contre un régime qu’elle compare à celui de Hitler. Un soutien illimité, à une nuance près: Richard Land, président de la Commission pour l’éthique et la liberté religieuse de la Convention baptiste, estimait alors que le renversement de l’administration «hitlérienne» de Saddam Hussein signifierait certes «un coup stratégique et important porté au terrorisme», mais qu’il ne fallait pas arrêter en si bon chemin cette croisade. Le religieux ajoutait en effet: «La même chose vaut pour des gouvernements comme ceux d’Arabie Saoudite, d’Iran et de Syrie».

Le 16 décembre dernier, à l’occasion de la fin du ramadan, James Merrit, chef de la Convention des baptistes du Sud, avait pour sa part demandé à ses fidèles «de prier pour la conversion des musulmans au christianisme».

Pas de «bloc évangélique»

Hormis la très fondamentaliste SBC du Sud, Sébastien Fath estime qu’un certain nombre de leaders chrétiens sont derrière George Bush, comme Pat Robertson. L’historien pense cependant qu’il n’y a pas de «bloc évangélique». Il cite à ce propos un récent sondage paru sur le site de la National Association of Evangelicals, qui donne 55% de pratiquants favorables à l’usage de la force, contre 45%, opposés.

Les tensions internes au sein de la mouvance évangélique sont fortes aux Etats-Unis, commente encore Sébastien Fath. Mais il ne faut pas oublier qu’au sein même de cette mouvance, il existe aussi des Eglises non violentes comme les mennonites et les quakers, qui ont pignon sur rue. Et même à l’intérieur des baptistes: Martin Luther King et l’ancien président Jimmy Carter étaient baptistes. Et pacifistes. Selon le chercheur, qui travaille sur le protestantisme aux Etats-Unis, il ne faut par conséquent pas oublier que les Eglises évangéliques sont loin d’être unanimement derrière le président des Etats-Unis. (apic/cx/pr)

5 mars 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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