Nouvel épisode du débat sur l’évolutionnisme
Etats-Unis: Dieu ou le gorille, il faut choisir !
Kansas City, 16 septembre 1999 (APIC) Toute référence à la théorie de Darwin sur l’évolution doit disparaître des programmes d’examen dans les écoles publiques de l’Etat: ainsi en a décidé le mois dernier, par 6 voix contre 4, le Conseil pour l’éducation du Kansas (Etats-Unis). Les professeurs pourront toujours enseigner soit que Darwin avait raison, soit que la vie et l’univers ont été créés en six jours, comme le raconte le texte de la Genèse, soit ne rien enseigner du tout. Au lendemain du vote, le «Los Angeles Times» évoquait «la nouvelle croisade créationniste».
Le choix du Kansas n’est que le dernier et le plus violent des combats menés par les protestants fondamentalistes dans cinq autres Etats, avec un certain succès. Les sondages montrent que 44% des Américains sont «créationnistes». Un pourcentage égal accepte l’évolution, mais «guidée par Dieu», et 10% envisagent une évolution totalement naturelle, «sans l’intervention de forces extérieures».
Le créationnisme au XXe siècle
Pour le «Los Angeles Times», l’affaire du Kansas n’est que le dernier épisode d’une longue bataille entre foi et science, et le «créationnisme» une version du XXe siècle de cet affrontement. De nos jours, les fondamentalistes chrétiens ont abandonné l’idée de faire étudier le livre de la Genèse comme un texte scientifique, la Constitution américaine le leur interdisant. Désormais, au lieu d’introduire la Bible dans les classes de biologie, ils ont simplement mis Darwin à la porte.
Le créationnisme n’est pas une nouveauté. En 1919 déjà, des fondamentalistes évangéliques faisaient campagne pour que la théorie darwinienne soit supprimée des programmes des écoles publiques. En mars 1925, le Tennessee vota une loi interdisant son enseignement, d’où le retentissant «procès du singe» à Dayton. On y jugea John Scopes, jeune professeur de sciences naturelles, méthodiste et moniteur d’école du dimanche, qui était passé outre. Aux cris de «Dieu ou le gorille, il faut choisir !», le procès mobilisa les esprits, suscitant des polémiques religieuses extraordinaires. John Scopes fut condamné à une amende de 100 dollars, mais surtout l’enseignement de l’évolution fut interdit, quarante-cinq ans durant, dans l’Etat du Tennessee. Une chasse aux sorcières comme les USA en ont le secret se déchaîna contre les professeurs, pasteurs et élus locaux soupçonnés de sympathie pour «le singe».
Avec l’appui du candidat Al Gore
Un dernier développement vient de se produire sous une forme politique: les «créationnistes» ont reçu l’appui du candidat démocrate Al Gore. Le sociologue Gordon Golding explique cette mobilisation contre Darwin par le fait que «la Bible est un véritable fétiche de la religion civile américaine. Elle fait partie de l’Amérique mythique qui existe au-delà de toute réalité sociologique ou historique et résiste superbement aux changements de ce monde».
Le sociologue relève ainsi que s’attaquer à l’autorité biblique et à sa véracité, particulièrement en période de crise identitaire, c’est «remettre en question les fondements mêmes de l’identité américaine». Et de conclure que l’évolution fait part de ces ennemis que l’on pourchasse parce qu’ils sont «antibibliques»… et donc «antiaméricains». (apic/cip/spp/pr)




