Etats-Unis: Document romain sur la liturgie contesté
«Une forme de colonialisme occidental»
Kansas City, 31 mai 2001 (APIC) Un document romain sur la liturgie instituant des normes officielles pour les traductions des textes liturgique, publié le 7 mai à Rome, fait actuellement l’objet de sérieuses critiques aux Etats-Unis.
«Liturgiam authenticam» – titre du document en question -: une prise de pouvoir ou l’accomplissement de la vision de Vatican II ? La question est en effet posée à la une du «National Catholic Reporter» (NCR) après la publication le 7 mai d’un document romain qui, écrit l’hebdomadaire catholique américain, «frappe au coeur de l’ecclésiologie de Vatican II en centralisant le pouvoir dans la curie et en insistant pour que les cultures locales adoptent un style de culte essentiellement romain».
La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a publié le 7 mai un document de 50 pages en latin, signé par son préfet, le cardinal Jorge Arturo Medina Estevez, instituant des normes officielles pour les traductions des textes liturgiques. Traduits par les Conférences épiscopales de chaque pays, ces textes devront être vérifiés par la Congrégation vaticane avant leur publication.
Le document faisait suite à certaines mauvaises traductions, notamment en langue anglaise. «Une forme de colonialisme occidental se faisant passer pour de l’unité ecclésiale», a expliqué au NCR le Père Mark Francis, un liturgiste qui a travaillé sur les traductions liturgiques destinées au monde anglophone.
Alors que Vatican II a envisagé l’utilisation des langues locales comme premier pas vers des liturgies qui reflètent les cultures locales, «Liturgiam Authenticam» impose «un modèle romain uniforme». Il s’insurge quand la Congrégation romaine affirme que son document est le fruit de 35 ans d’expérience liturgique après Vatican II. «Il ne reflète pas ces 35 ans, il veut les balayer», corrige-t-il.
Le texte rejette en effet, écrit le NCR, un document du Vatican daté en 1969, qui accordait aux traducteurs une large latitude pour utiliser des mots et des phrases appropriés aux différentes langues vernaculaires. Ce document préconisait une approche connue sous le nom d’équivalence dynamique, laquelle «est rapidement devenue dominante dans le monde catholique anglophone».
IncuIlturer ou mourrir
Ces dernières années, Rome a rejeté ou révisé plusieurs traductions qui reflétaient cette approche. Selon un officiel du Vatican qui a préféré garder l’anonymat, «le but du nouveau document est de s’assurer que le Vatican est partenaire du processus de traduction», écrit le NCR.
Pour le Père Keith Pecklers, jésuite, qui enseigne à l’Institut liturgique pontifical de Rome, «ne pas inculturer, c’est mourir». Le dernier texte romain, dit-il, sera «fortement critiqué» par les professionnels «pour son manque de collégialité et ses incohérences par rapport aux principes de Vatican II». Selon le NCR, ce thème a vraisemblablement été abordé au consistoire qui vient de se tenir au Vatican. (apic/cip/mg/pr)



