Réprobation unanime des confessions chrétiennes
Etats-Unis et Grande-Bretagne: Clonage d’êtres humains condamné par les Eglises
Londres\New York, le 11 janvier 98 (APIC) Les Eglises méthodistes des Etats-Unis et du Royaume-Uni, tout comme d’autres Eglises chrétiennes, des médecins et des responsables politiques ont vivement condamné le projet de Richard Seed, le chercheur américain de Chicago qui a annoncé la semaine dernière son intention de cloner prochainement des êtres humains. Une Eglise du Royaume-Uni a déjà demandé officiellement au gouvernement des Etats-Unis d’édicter une loi en vue d’empêcher le scientifique de poursuivre sa démarche.
Les déclarations de Richard Seed, qui affirme «être un chrétien et un méthodiste, et un bon méthodiste», ont provoqué une vague d’indignation partout dans le monde. Il a annoncé avoir l’intention de renouveler l’expérience de clonage réalisée avec succès en Ecosse dans le cas de la brebis Dolly, créée à partir d’une cellule d’animal adulte.
Le chercheur américain a indiqué qu’il envisageait d’ouvrir dans l’Etat de l’Illinois une clinique de reproduction où l’on pourrait, dit-il, créer par clonage 500 enfants par an. Richard Seed, qui depuis les années 70 fait des recherches sur les techniques de reproduction, a précisé avoir demandé à quatre couples de Chicago de s’associer à son projet. Les premiers couples devront payer chacun un million de dollars, somme qui devrait diminuer par la suite.
Connu pour ses idées excentriques
Selon le quotidien «International Herald Tribune», Richard Seed est connu dans son entourage pour ses idées excentriques et certains ne sont pas sûrs qu’il mette son projet à exécution. Lors d’une interview télévisée du 8 janvier, Richard Seed a déclaré que l’homme, en prolongeant son existence par le clonage, «ne fera plus qu’un avec Dieu». Il a par ailleurs précisé que sa femme et lui-même voulaient aussi tenter l’expérience.
L’Eglise méthodiste unie des Etats-Unis a aussitôt publié une déclaration dans laquelle elle réagit vivement contre ce projet. Thom White Wolf Fasset, secrétaire général du Département «Eglise et société», à Washington, a demandé au Congrès d’interdire le clonage humain. Thom Fassett a précisé que dans son Eglise, un groupe de travail sur la génétique, composé de théologiens, de biologistes et d’autres experts, avait demandé que le clonage humain, qu’il soit financé par le gouvernement ou par des fonds privés, soit interdit.
Oui à la conception assistée, pas au clonage
A Londres, l’Eglise méthodiste du Royaume-Uni a également réclamé la mise en place d’une loi interdisant le clonage humain. David Deeks, coordinateur du Département «Eglise et société», a rappelé que la loi doit interdire strictement le clonage humain, et cette loi doit être appliquée dans tous les Etats.» Pour le porte-parole de l’Eglise anglicane d’Angleterre, Steve Jenkins, «les préoccupations sont théologiques et scientifiques. L’Eglise estime que les interventions scientifiques de nature thérapeutique sont acceptables, par exemple la conception assistée. Mais créer un enfant par clonage serait différent – car cela supprimerait la relation d’individus qui fait partie de la conception. C’est jouer le rôle de Dieu. Le clonage pratiqué à un niveau élevé réduirait l’association de gènes humains, et augmenterait le risque de maladies.»
Le Bureau de presse de l’Eglise catholique de Londres a rappelé qu’il y a deux objections fondamentales au clonage: «La première raison est la dignité de la procréation humaine. Tout être humain devrait avoir le droit de naître de l’union sexuelle naturelle d’un homme et d’une femme. La deuxième raison concerne la dignité qui doit être reconnue à toute personne sans discrimination. Si un programme de clonage vise à la production d’êtres humains créés à partir de manipulations génétiques et subordonne ces êtres à l’utilisation, aux objectifs ou à la satisfaction des autres, le processus est intrinsèquement faux.»
Pour Donald Bruce, de l’Eglise d’Ecosse (presbytérienne), la préoccupation de l’Eglise concerne «la violation de la dignité et du caractère unique de chaque individu que représente l’acte délibéré du clonage». «Il existe aussi de sérieux doutes concernant les risques encourus. Réaliser de telles expériences sur les êtres humains serait hautement irresponsable. Personne ne connaît les problèmes psychologiques et relationnels que pourrait avoir un enfant génétiquement identique à l’un ou l’autre de ses parents ou à l’un de ses proches.» Peter Brain, responsable du Département «Eglise et société» de l’Eglise réformée unie du Royaume-Uni, a précisé avoir écrit le 8 janvier à l’ambassadeur des Etats-Unis pour que l’on empêche Richard Seed d’aller de l’avant et de mettre au point son projet, réalisable ou non, de cloner un embryon humain.
Du côté orthodoxe, il faut rappeler que l’archevêque Sypridon, à la tête de l’archidiocèse grec-orthodoxe d’Amérique, a déclaré après la création de la brebis Dolly l’an dernier: «La situation concernant le clonage d’êtres humains engendre une série de questions morales… Nous craignons que le clonage d’êtres humains ne soit la dernière étape de la dépersonnalisation des êtres humains. L’équivalent de ’la production’ d’êtres humains, le clonage, risque de faire de la reproduction non un fruit de l’amour et de la famille, mais un produit de laboratoire. Rappelons-nous les scénarios terrifiants de la reproduction de masse d’êtres humains dans le livre d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes …» Pour l’Eglise orthodoxe, avait ajouté l’archevêque, «l’une des grandes préoccupations face à la possibilité du clonage humain … est que cela viole le mystère et le caractère sacré du mariage et de la famille». (apic/eni/be)



