Etats-Unis: Face aux jeunes américains, le pape parle du nazisme «sinistre» et «monstrueux»

Il a subi ce régime dans sa propre jeunesse

Antoine-Marie Izoard, I.Media, envoyé spécial

New York, 20 avril 2008 (Apic) Benoît XVI a qualifié samedi le régime nazi qu’il a connu dans sa propre jeunesse de «sinistre» et de «monstrueux» en rencontrant quelque 25’000 jeunes américains au séminaire Saint-Joseph de New York. Le 19 avril 2008 en fin d’après-midi, les jeunes lui ont réservé un accueil particulièrement festif.

A cette occasion le pape a également mis en garde avec force contre le pouvoir destructif de «la manipulation de la vérité» et a dénoncé l’exploitation irresponsable de l’environnement. Apparu assez fatigué le matin même lors d’une messe célébrée à New York, le pape qui vient à peine de fêter ses 81 ans a semblé être «regonflé» par les jeunes rassemblés sur les terrains de sport du séminaire, qui l’ont très longuement acclamé dès son arrivée.

Au début de la cérémonie, devant l’insistance des jeunes et sur le conseil de son secrétaire particulier, Benoît XVI s’est rendu sur le devant de la scène où était installé son trône afin de se rapprocher de la foule. Il a serré de nombreuses mains et salué la foule sous un tonnerre d’applaudissements et des cris. Au cours de la rencontre, c’est en choeur que les jeunes lui ont souhaité un joyeux anniversaire, dans sa langue natale, en chantant: «Alles Gute zum Geburtstag!».

Des années de jeunesse détruites par un régime monstrueux

Dans son adresse aux jeunes, le pape a rappelé que ses années de jeunesse avaient été «détruites par un sinistre régime qui pensait avoir toutes les réponses et dont l’influence a grandi, s’infiltrant dans les écoles et les organismes civils, ainsi que dans la politique et même dans la religion, avant que l’on puisse s’apercevoir clairement qu’il était monstrueux. Dieu y avait été proscrit».

Après cela, il a salué le fait que les jeunes d’aujourd’hui, en grande partie, pouvaient jouir des libertés qui ont surgi grâce à l’expansion de la démocratie et du respect des droits de l’homme. Cependant, a poursuivi le pape, le pouvoir destructif demeure et «soutenir le contraire serait se mentir à soi-même», a indiqué Benoît XVI avant de mentionner les personnes touchées par l’abus de drogue et de stupéfiants, par l’absence de domicile ou la pauvreté, celles touchées par le racisme, la violence ou l’humiliation, en particulier les jeunes filles et les femmes.

Evoquant les «ténèbres» de notre époque, le pape a également dénoncé avec force la manipulation de la vérité et, une nouvelle fois, le relativisme. Le souverain pontife a par ailleurs parlé des nouvelles injustices, dont certaines proviennent de «l’exploitation du coeur et de la manipulation de l’esprit». Et puis, a-t-il regretté, la terre elle-même tombe sous le poids de l’avidité consommatrice et de l’exploitation irresponsable. Le pape est aussi longuement intervenu pour présenter les «quatre aspects essentiels du trésor de notre foi: la prière personnelle et le silence, la prière liturgique, la pratique de la charité et les vocations».

Non au carriérisme et à la vanité

Après avoir rappelé la figure de six saints aux vies extraordinaires à New York, Benoît XVI a également interrogé les jeunes sur la mission actuelle de l’Eglise: «Qui témoigne de la bonne nouvelle de Jésus dans les rues de New York, dans les faubourgs agités, dans la périphérie, en marge des grandes villes, dans les quartiers où les jeunes se réunissent à la recherche de quelqu’un à qui se confier ?»

En outre, devant quelque 300 séminaristes originaires des diocèses de la côte Est, Benoît XVI a demandé de rejeter «toute tentation d’ostentation, de carriérisme ou de vanité». Au terme de son discours, le pape a lancé un «au revoir», affirmant être dans l’attente de retrouver les jeunes au mois de juillet prochain, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), à Sydney, en Australie.

Rencontre avec une cinquantaine de jeunes handicapés

«Le temps passe», a déclaré Benoît XVI, le 19 avril 2008, trois jours après avoir fêté ses 81 ans, en rencontrant avant la rencontre avec les jeunes une cinquantaine de handicapés dans la chapelle du séminaire Saint-Joseph de New York. «Dieu vous a bénis avec le don de la vie et vous a donné aussi d’autres talents et qualités», a déclaré le pape aux jeunes handicapés.

«A travers ces dons, vous pouvez servir Dieu et la société de multiples manières», a affirmé Benoît XVI pour qui, «si la contribution de certains peut apparaître grande et celle d’autres plus modeste, la valeur du témoignage de nos efforts constitue toujours pour tous un signe d’espérance». Au cours de cette brève rencontre, le pape a salué un à un les jeunes handicapés, serrant la main des uns et caressant le visage des autres. Il a aussi salué quelques-uns de leurs parents, lors d’une cérémonie un peu désordonnée.

Discours aux prêtres et aux religieux: la beauté de l’Eglise se voit de l’intérieur

Lors d’une messe célébrée le 19 avril 2008 dans la cathédrale néogothique de Saint-Patrick, au milieu des gratte-ciels de Manhattan, Benoît XVI a invité le monde à regarder l’Eglise «de l’intérieur» pour la voir «comme elle est vraiment» et entrer dans son mystère. Le pape a reconnu que la splendeur de l’Eglise pouvait aussi être obscurcie par les péchés et les faiblesses de ses membres. Il a alors évoqué les cas d’abus sexuels par des membres du clergé sur des mineurs, appelant à la «purification» et à la «guérison».

Au cours de son homélie, en présence de plusieurs milliers de prêtres et religieux de la côte Est des Etats-Unis, Benoît XVI a utilisé la métaphore en s’arrêtant sur quelques aspects architecturaux de la cathédrale Saint-Patrick pour les rattacher à la mission de l’Eglise. Il a ainsi évoqué les vitraux «qui, de l’extérieur, semblent obscurs, chargés et même lugubres», affirmant ensuite que c’est seulement de l’intérieur, de l’expérience de foi et de vie ecclésiale, que l’on voit l’Eglise comme elle est vraiment. Le pape a alors souhaité que l’Eglise attire tous les gens à l’intérieur de ce «mystère de lumière».

«Ce n’est pas une tâche facile, a estimé Benoît XVI, dans un monde qui est enclin à regarder l’Eglise de dehors, comme ces vitraux, un monde qui ressent profondément un besoin de spiritualité, mais trouve difficile d’entrer dans le mystère de l’Eglise». A l’intérieur même de l’Eglise, a-t-il aussi reconnu, la lumière de la foi peut s’affaiblir avec la routine, et la splendeur de l’Eglise peut être obscurcie par les péchés et les faiblesses de ses membres.

Devant les prêtres et les religieux, Benoît XVI est alors une nouvelle fois revenu sur les cas de pédophilie à l’intérieur de l’Eglise qui y ont causé tant de souffrances. Le pape leur a fait part de sa «proximité spirituelle»«, priant avec eux pour la «purification» et la «guérison» de l’Eglise et de ses membres.

Le pape évoque une des grandes désillusions suite à Vatican II

Dans son homélie en anglais, Benoît XVI a aussi souligné qu’une des grandes désillusions qui ont suivi le Concile Vatican II, avec son exhortation à un plus grand engagement dans la mission de l’Eglise pour le monde fut «l’expérience de la division entre différents groupes, diverses générations et divers membres de la même famille religieuse».

Au terme de la messe, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, a pris la parole pour adresser ses voeux à Benoît XVI, au nom de l’Eglise universelle, à l’occasion du 3e anniversaire de son pontificat.

Le relativisme menace aussi les Eglises chrétiennes

La veille, dans la soirée du 18 avril, le pape avait mis en garde contre «une approche relativiste de la doctrine chrétienne» à l’occasion d’une rencontre oecuménique à l’église Saint-Joseph de New York. Devant quelque 250 représentants de 10 confessions chrétiennes, le pape a aussi dénoncé «les signes désagréables» de la mondialisation et de «l’idéologie séculariste». Au cours de cette rencontre, le pape s’est aussi brièvement entretenu avec Bernice King, la fille du révérend Martin Luther King (1929- 1968).

Lors de cette rencontre dans la paroisse allemande de New York, Benoît XVI a regretté «une approche relativiste de la doctrine chrétienne similaire à celle que l’on trouve dans les idéologies sécularisées et qui, en soutenant que seule la science est ’objective’, relèguent complètement la religion dans le domaine subjectif du sentiment de l’individu».

Le pape a ensuite souligné devant les leaders chrétiens que, bien que «les découvertes scientifiques et ses réalisations à travers le génie humain offrent à l’humanité, sans aucun doute, de nouvelles possibilités d’améliorations, cela ne signifie pas, cependant, que ce qui ’peut être connu’ doive se limiter à ce qui est vérifiable empiriquement, ni que la religion est confinée au règne changeant de ’l’expérience personnelle’».

En outre, Benoît XVI a relevé que la mondialisation permet certes d’améliorer le sens de la solidarité globale mais entraîne aussi des changements rapides qui surviennent dans le monde qui présentent «quelques signes désagréables de fragmentation et de repli dans l’individualisme». Le pape a aussi fait part de préoccupation devant la diffusion de l’idéologie séculariste «qui mine et repousse même la vérité transcendante». Selon lui, la possibilité même d’une révélation divine, et donc de la foi chrétienne, est souvent remise en cause et débattue par des modes de pensée très répandus dans les milieux universitaires, dans les médias et dans l’opinion publique. C’est pour cela, a-t-il affirmé, que les chrétiens doivent «rendre compte de l’espérance qui est en eux». JB/AMI

Encadré

Pour la deuxième fois de son pontificat, Benoît XVI visite une synagogue

Pour la deuxième fois de son pontificat, Benoît XVI est entré dans une synagogue, à New York, dans l’après-midi du 18 avril 2008, affirmant sa proximité à l’approche de la Pâque juive. La brève cérémonie ajoutée au programme du pape quelques jours avant son déplacement aux Etats-Unis, a pris place dans la petite «Park East Synagogue» de New York. Elle a semblé renouer les fils du dialogue après la polémique née deux mois plus tôt à propos d’une prière catholique pour la conversion des juifs existant dans la liturgie traditionnelle.

«Shalom», a lancé le pape en hébreu en prenant la parole dans la synagogue. Benoît XVI a affirmé y être venu pour faire part de sa «proximité» et de sa «prière» à la communauté juive quelques heures avant la fête de la ’Pessah’, la fête de Pâque. Le rabbin chef de cette synagogue orthodoxe et moderne à la fois, Arthur Schneier, un autrichien survivant de l’holocauste, a aussi pris la parole pour saluer le pape. Il a vu dans la visite de Benoît XVI une réaffirmation de sa main tendue, de sa bonne volonté et de son engagement à améliorer les relations entre juifs et catholiques.

Le rabbin a aussi estimé que beaucoup de progrès avaient été fait dans ces relations depuis le Concile Vatican II (1962-1965).»A une époque où la religion est utilisée de façon erronée par certains, nous devons intensifier ensemble notre engagement de guérir notre monde fracturé», a affirmé le rabbin Schneier.

«Notre présence ensemble est le message que le dialogue interreligieux est viable et vital pour la résolution des conflits», a-t-il encore affirmé. Au cours de la cérémonie, le rabbin Schneier a dévoilé au pape une tenture cachant une torah, prenant le temps de lui expliquer certains détails. Au moment de l’échange des cadeaux, les deux hommes ont plaisanté et échangé de franches poignées de mains. La veille, à Washington, Benoît XVI avait déjà rencontré des responsables de la communauté juive locale, leur remettant un message.

Ce message du pape et ses démarches à l’égard de la communauté juive aux Etats-Unis interviennent un peu plus de deux mois après son choix, controversé, de ne modifier que légèrement la prière pour la conversion des juifs contenue dans le missel tridentin. Benoît XVI avait ainsi décidé d’y retirer les appels contestés à «soustraire ce peuple de ses ténèbres» et de «l’aveuglement», tout en y laissant la formule invitant à prier «afin que Dieu et notre Seigneur illumine» le coeur des juifs et afin qu’ils «connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes».

C’est la deuxième fois que Benoît XVI visitait une synagogue, après celle de Cologne en août 2005. Son prédécesseur, Jean Paul II, s’était quant à lui rendu à la synagogue de Rome en avril 1986 pour une visite inédite. (apic/imedia/ami/be)

20 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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