Arrangement: il ne sera pas poursuivi en justice

Etats-Unis: L’évêque de Phoenix reconnaît avoir dissimulé des cas d’abus sexuels

Phoenix, 3 juin 2003 (Apic) L’évêque catholique de Phoenix, aux Etats-Unis, Mgr Thomas J. O’Brien, a reconnu avoir dissimulé des cas d’abus sexuels commis par des prêtres de son diocèse. Grâce à un arrangement judiciaire sans précédent, le prélat a obtenu l’immunité, en échange d’une délégation de son autorité à un modérateur de curie.

L’évêque de Phoenix estime n’avoir commis aucun crime, il a néanmoins présenté des excuses pour les torts faits aux victimes. Sa demande de démission a été refusée par le Vatican. L’affaire porte sur au moins une cinquantaine de cas.

Selon les termes de l’arrangement signé le 3 mai et rendu publique le 2 juin, Mgr O’Brien reconnaît avoir en toute connaissance de cause laissé des prêtres accusés «d’inconduite sexuelle» travailler avec des mineurs. Il reconnaît également avoir autorisé le transfert de prêtres accusés d’abus sexuels sans informer leurs supérieurs ou les paroissiens concernés.

Rick Romley, procureur du comté de Maricopa explique que Mgr O’Brien ne subira aucune poursuite criminelle. En contre partie, le prélat a dû accepter de déléguer son autorité à un modérateur de curie en ce qui concerne la cinquantaine d’affaires de pédophilie dans lesquelles le diocèse est impliqué.

Un cas de jurisprudence

Selon le Père Thomas Rees, rédacteur en chef du magazine des jésuites «America», le fait même qu’un évêque délègue son pouvoir à un modérateur de curie n’est pas exceptionnel. Par contre, ce qui constitue une première, c’est que cette passation d’autorité s’est faite sous la pression de la justice civile. Ce qui, aux yeux du Père Rees, est «une violation de l’indépendance de l’Eglise». Il craint que ce cas ne provoque «un effet de domino».

John S. Baker, expert en droit constitutionnel à l’Université d’Etat de Louisiane, estime par contre que la séparation entre l’Eglise et l’Etat n’a pas été violée, puisque Mgr O’Brien demeure à la tête du diocèse de Phoenix. «L’autorité civile n’a ainsi pas dicté à l’Eglise qui peut être évêque», a conclu l’expert.

Pour sa part Mgr Brien a déclaré que sa démission «n’est pas une option» et qu’il «sert comme évêque selon la volonté du pape et non du procureur du comté». Mark Kennedy, qui a déposé plainte contre un prêtre pour abus sexuels, déplore «que cet évêque n’aille pas en prison, mais, estime-t-il, c’est déjà un début». «Je ne sais pas comment Mgr O’Brien peut se supporter», a encore déclaré Mark Kennedy. (apic/cnn/sh)

3 juin 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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