Etats-Unis: Les catholiques américains partagés sur les candidats à la présidence

Les «très religieux» sont favorables à George W. Bush

Jacques Berset, agence Apic

Washington, 16 juin 2004 (Apic) Les sympathies des catholiques américains se répartissent quasiment de manière égale entre les deux candidats à la Maison Blanche. Les chrétiens qui se décrivent comme «très religieux» – à quelque confession qu’ils appartiennent – sont par contre nettement pour Bush, selon un sondage de «Time magazine». L’hebdomadaire américain consacre son édition du 21 juin au facteur religieux dans la campagne électorale, avec un dossier intitulé «Foi, Dieu et le Bureau ovale».

Alors que le sondage de «Time magazine» montre que les deux candidats à la présidentielle de novembre sont au coude à coude (49% pour Bush contre 48% pour Kerry), tous deux cherchent à gagner les faveurs des croyants, mais Bush est de loin le plus insistant. Les Eglises – même le Vatican, où il a rendu visite à Jean Paul II le 4 juin dernier – sont fortement sollicitées par l’actuel pensionnaire de la Maison Blanche, qui aimerait bien avoir Dieu et les évêques catholiques américains de son côté.

Sondage révélateur

Les personnes se décrivant comme «très religieuses» préfèrent Bush à Kerry (59% contre 35%), tandis que ceux qui se considèrent comme «non religieux» portent leur choix sur Kerry (69% contre 22% pour Bush). En moyenne, les catholiques sont à 45% pour Kerry et à 43% pour Bush. Leur vote sera décisif dans des Etats importants comme la Pennsylvanie, le Michigan, l’Ohio, l’Iowa, le Minnesota et le Wisconsin, faisant de 25% à 30% des votes dans cette partie du pays, selon Ralph Reed, stratège de la campagne de Bush cité par «Time Magazine». Les protestants sont davantage en faveur de Bush (55% contre 36%).

George W. Bush a déjà reçu du renfort du groupe de pression «Catholiques contre Kerry», qui cherche à abattre politiquement le sénateur du Massachusetts à partir d’arguments religieux, et d’autres groupes catholiques conservateurs. Kerry pourrait devenir en novembre prochain le deuxième président catholique des Etats-Unis après John F. Kennedy. Un atout non négligeable auprès des 63 millions de catholiques américains, dont la partie la plus progressiste et ouverte est davantage intéressée à la question de la justice sociale, de l’abolition de la peine de mort, de la solidarité avec les pauvres ou de la guerre illégitime et illégale en Irak que ne le sont les milieux conservateurs pro Bush qui insistent unilatéralement sur le problème de l’avortement ou du mariage des gays.

Pour 70% des catholiques, l’Eglise ne doit pas chercher à influencer les électeurs

Cependant, 70% des catholiques interrogés par «Time» se prononcent pour une séparation entre religion et politique, estimant que l’Eglise catholique ne doit pas chercher à influencer les électeurs. 69% affirment que l’Eglise ne doit pas tenter d’influencer les politiciens catholiques en ce qui concernent les positions qu’ils prennent en matière politique.

Des prélats, comme Mgr Raymond Burke, archevêque de Saint Louis, Mgr Fabian W. Bruskewitz, évêque de Lincoln, ou encore Mgr Michael Sheridan, évêque de Colorado Springs, ont dit publiquement qu’il fallait refuser la communion aux politiciens qui prônent la liberté de choix en matière d’IVG. Professeur de théologie à l’Université Notre-Dame, le Père

Richard McBrien, cité par «Time magazine», soupçonne que ces évêques adoptent de telles prises de position publiques pour «marquer des points à Rome» et servir ainsi leurs ambitions personnelles.

«Mgr Burke à Saint Louis vise à devenir cardinal. Mgr Sheridan à Colorado Springs aimerait être un archevêque. Quel meilleur moyen de se faire remarquer que de refuser la communion à des politiciens et des électeurs qui sont en faveur de l’avortement?»

Ne pas instrumentaliser les moyens liturgiques à des fins politiques

Face à cette poignée d’évêques, la grande majorité de leurs confrères préfèrent ne pas se profiler dans cette question très délicate et complexe, et surtout éviter l’accusation d’instrumentaliser la question de l’eucharistie – sacrement d’unité et non de division – pour des motifs politiques ou autres.

«Le zèle à protéger l’eucharistie de la profanation par des pécheurs, sans le vouloir, peut même conduire à une plus grande profanation en transformant la célébration eucharistique en un prolongement de la politique par des moyens liturgiques», écrit dans l’édition du 21 juin de l’hebdomadaire catholique national «America Magazine» le Père John P. Beal, professeur associé de l’Ecole de droit canon de l’Université catholique d’Amérique à Washington.

A la base, selon le sondage de «Time magazine», 73% des catholiques sont opposés à ce que l’on refuse la communion à John Kerry en raison de sa position libérale en matière d’avortement. Ils sont encore plus nombreux – 83% – à dire que les critiques d’un archevêque américain contre Kerry ne le rendent pas moins éligible à leurs yeux et que la position épiscopale ne fait aucune différence (14% estiment par contre qu’il est moins éligible).

Fortes divergences entre sympathisants de Bush et de Kerry

A la question de savoir s’il était très important qu’un candidat à la présidence se réclame de la religion, 28% des 1’280 Américains interrogés répondent par l’affirmative, mais les divergences sont grandes entre sympathisants de Bush (42%) et de son challenger démocrate John Kerry (17%). A l’affirmation selon laquelle les Etats-Unis sont une nation religieuse et que l’action politique des leaders de la nation doit être inspirée de valeurs religieuses, là aussi les Américains sont divisés: alors que 56% en moyenne répondent par l’affirmative, les partisans de Kerry sont moins chauds (40%) que ceux de Bush (79%).

«Time magazine» souligne que la religion aux Etats-Unis a un effet polarisant. 21% des Américains disent s’inquiéter de l’intensité des vues religieuses du président Bush (2% pour les sympathisants de Bush contre 34% pour les partisans de Kerry). 5% des partisans de Bush estiment que sa foi religieuse le rend trop étroit d’esprit, contre 65% dans le camp du candidat démocrate. 85% des sympathisants républicains estiment que sa foi en fait un leader fort contre 15% de démocrates. JB

Encadré

Les évêques américains publient un guide pour juger la plateforme des partis

Les évêques américains, réunis en assemblée plénière à huis clos durant cette semaine près de Denver, ont publié un guide pour juger la plateforme des partis. Intitulé «Faithful Citizenship: Catholic Call to Political Responsibility», ce guide pour les citoyens croyants qui se veut un appel catholique à la responsabilité politique, a été approuvé à l’unanimité par les 47 membres de la Commission administrative de la Conférence épiscopale américaine.

Ce document de 8’500 mots résume l’enseignement de l’Eglise catholique concernant les problèmes politiques ayant une dimension morale et éthique importante, souligne Mgr William P. Fay, secrétaire général de la Conférence des évêques américains.

Le guide, fondé sur la défense de la vie et de la dignité de tout être humain et la promotion du bien commun, a été adressé tant aux responsables du parti démocrate qu’à ceux du parti républicain. Un tel guide a été publié avant chaque élection présidentielle ces 28 dernières années.

Des centaines de milliers d’exemplaires ont été distribués dans les paroisses et les organisations catholiques dans tout le pays. Parmi les thèmes abordés: l’avortement et l’assistance au suicide, le mariage de conjoints du même sexe, le logement à un prix abordable, l’aide au développement, les droits des travailleurs, le Moyen Orient.

«Comme évêques, nous ne souhaitons pas donner des consignes aux personnes sur la manière dont ils doivent voter en soutenant ou en nous opposant à des candidats», peut-on lire dans le document. Il cite de nombreux passages de la «Note doctrinale (du Vatican, ndr) concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique». Cette Note a été adressée l’an dernier aux évêques catholiques, et de manière spéciale aux hommes politiques catholiques ainsi qu’à tous les fidèles laïcs appelés à participer à la vie publique et politique dans les sociétés démocratiques. (apic/cns/tm/am/be)

16 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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