Les autorités civiles seront informées des allégations d’abus

Etats-Unis: Les congrégations religieuses adoptent des mesures contre les abus sexuels

Philadelphie, 12 août 2002 (APIC) A l’issue de quatre jours de réunion à Philadelphie, 160 supérieurs de congrégations religieuses des Etats-Unis ont adopté un catalogue de mesures contre les abus sexuels. Ils ont notamment approuvé l’établissement d’organes de surveillance indépendants pour contrôler la manière dont les ordres religieux traitent les abuseurs issus de leurs rangs.

Les responsables des congrégations religieuses américaines ont ratifié à l’unanimité une déclaration sur les abus sexuels qui annonce une «tolérance zéro», dans la même ligne que la politique adoptée il y a deux mois par la Conférence épiscopale américaine envers les prêtres séculiers. Les congrégations religieuses déclarent vouloir transmettre automatiquement aux autorités civiles les allégations d’abus. Ils informeront également les évêques locaux si un prêtre accusé d’abus se présente pour un emploi auprès d’un diocèse.

Si les prêtres abuseurs seront éloignés des enfants, ils ne devraient toutefois pas être systématiquement exclus de leur ordre, ce que regrettent certains défenseurs des victimes ou des personnes comme Mark Serrano, membre du bureau national du «Réseau des survivants de ceux qui ont été abusés par des prêtres». Plusieurs dizaines de prêtres, sur les quelque 300 prêtres suspendus de la pastorale diocésaine à cause d’abus sexuels, font partie de congrégations religieuses. Des religieux ont estimé qu’il vaut mieux que le prêtre abuseur soit sous la surveillance de sa communauté que «lâché» dans la nature. D’autre part, ils restent en principe membre de la «famille» et l’on connaît d’heureux cas de guérison après un traitement.

Faire montre de compassion

Les supérieurs majeurs, se basant sur les résultats de recherches menées par des experts, veulent toutefois faire montre de compassion. Ils estiment en effet que certains coupables d’abus sexuels peuvent être guéris et servir l’Eglise dans des tâches administratives qui les tiennent éloignés des enfants. Les fautifs devront suivre un traitement et seront soumis à une étroite surveillance.

Les membres de la Conférence des supérieurs majeurs vont suivre ces recommandations sur une base volontaire, étant donné l’indépendance des congrégations et le fait que leur curie généralice se trouve ordinairement à Rome. Les principes de cette nouvelle politique concernent quelque 21’000 prêtres et frères appartenant à des ordres religieux à travers tout le pays. Les 15’000 prêtres religieux représentent près du tiers de l’ensemble des 46’000 prêtres aux Etats-Unis et n’avaient pas encore de réglementations propres dans ce domaine.

Dorénavant, un religieux qui abuse sexuellement un enfant mineur sera automatiquement relevé de son ministère public. Les prêtres religieux ayant commis des abus ne pourront plus porter de col romain, mais ils pourront garder leur habit religieux. Leurs confrères sont invités à faire preuve de compassion envers ces religieux «qui restent membres de leur famille».

La Conférence s’est engagée à établir un organe de contrôle national similaire à celui mis sur pied par les évêques américains et qui est dirigé par le gouverneur de l’Oklahoma Frank Keating. L’organe de contrôle surveillera la façon dont les congrégations religieuses développent et mettent en oeuvre leurs programmes de lutte contre les abus sexuels et rendra public ses rapports. Mais la participation des congrégations se fait sur une base volontaire. Les ordres religieux qui ne coopéreront pas avec l’organe de surveillance national sont censés créer des mécanismes similaires pour leur propre compte, a déclaré le Révérend Ron Witherup, l’un des participants à la conférence de Philadelphie.

Le pape réduit à l’état laïc un prêtre abuseur de Saint-Louis

Pour la première fois aux Etats-Unis depuis la rencontre des évêques américains à Dallas en juin consacrée aux abus sexuels commis par des prêtres, le pape Jean Paul II a réduit à l’état laïc un prêtre abuseur de l’archidiocèse de Saint-Louis. L’archidiocèse avait déjà suspendu l’abbé Joseph Ross, âgé de 58 ans. Il a ensuite demandé au Vatican de le réduire à l’état laïc. Après une première agression contre un enfant de 11 ans en 1988, il avait été déplacé dans une autre paroisse mais avait récidivé en 1991. Jim Orso, porte-parole de l’archidiocèse, a relevé que d’après les nouvelles normes en vigueur décidées en juin, l’abbé Ross n’aurait pas pu retrouver un ministère ailleurs.

D’autre part, un célèbre professeur de droit canon enseignant au Canada a démissionné le 6 août dernier pour abus sexuels. Ancien provincial pour les Etats-Unis des Servites à Chicago, le Père John M. Huels a déclaré qu’il demanderait sa réduction à l’état laïc. Il est actuellement en congé maladie pour une grave dépression.

L’archevêque d’Ottawa, Mgr Marcel Gervais, qui a la fonction de chancelier de l’Université, a en effet annoncé que le Père Huels a démissionné du poste de vice-doyen de la Faculté de droit canonique et de professeur de droit canon à l’Université Saint-Paul à Ottawa. Le religieux américain a été conseiller de la Commission liturgique de la Conférence épiscopale américaine et plus récemment conseiller canonique en matière de liturgie et d’oecuménisme pour la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Démission du Père Huels, un religieux spécialiste de droit canon renommé

Le religieux servite est un spécialiste de la liturgie dans la perspective du droit canon, dont les travaux sont reconnus au niveau international. Ses ouvrages font partie des lectures obligées des étudiants dans plusieurs Universités catholiques.

Le Père Huels a admis devant Mgr Gervais un «comportement inapproprié envers des mineurs» il y a des décennies. Il a déclaré avoir demandé pardon pour ses actes. Les accusations ont été portées par le psychologue Michael J. Bland, un ancien prêtre servite, aujourd’hui membre de l’organe national de surveillance sur les abus sexuels mis sur pied par les évêques américains. Il coordonne au plan clinique et pastoral du programme d’assistance aux victimes d’abus sexuels pour l’archidiocèse de Chicago.

Invité à l’assemblée plénière des évêques américains réunis en juin à Dallas pour étudier les conséquences du scandale au sein de l’Eglise américaine, Michael J. Bland a donné un témoignage émouvant sur l’abus dont il fut victime quand il avait 10 ans, mais il n’a pas voulu identifier son agresseur. A l’époque des faits, l’ancien prêtre n’avait pu rester religieux en raison de la manière dont les supérieurs avaient traité sa plainte contre le prêtre abuseur.

«Le clergé m’avait perdu mais avait gardé l’abuseur», a-t-il déclaré aux évêques réunis à Dallas. Et de relever que le prêtre concerné, après les révélations du scandale, n’a certes plus eu la permission de dire la messe publiquement ou d’être seul avec des enfants mineurs. Mais la victime a révélé toutefois que son abuseur a pu continuer à fonctionner comme prêtre dans certaines circonstances, à enseigner dans un séminaire et qu’il était actuellement professeur dans la Faculté d’une université pontificale. (apic/cns/dn/be)

12 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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