La religion, une arme politique de la campagne présidentielle
Etats-Unis: Les évêques américains tiennent pour légitime le refus de la communion
Washington, 21 juin 2004 (Apic) Les évêques américains réunis à la fin de la semaine dernière trouvent légitime le refus de communion pour des politiciens qui soutiennent le droit à l’interruption volontaire de grossesse, l’IVG. La décision de refus incombe cependant à chaque évêque d’un diocèse et devrait être en accord avec «le droit ecclésiastique et les principes pastoraux». Dans le contexte des élections présidentielles et du débat qui fait des vagues aux Etats-Unis, selon l’éditorialiste du «Boston magazine», les prélats catholiques sont en train d’influencer l’issue des élections américaines en soutenant Bush.
Les évêques catholiques américains tiennent pour légitime le refus de la communion, à titre de sanction. C’est ce qui ressort d’une déclaration de clôture à une journée de réflexion tenue à la fin de la semaine dernière à Washington par les évêques.
Le débat public envenime la campagne présidentielle américaine suite aux déclarations d’évêques américains sur le refus de communion pour le candidat démocrate à la présidence John Kerry qui, bien que catholique, défend le droit à l’avortement. Certains évêques ont déclaré à ce propos que des politiciens catholiques qui faisaient un tel choix se verraient refuser le sacrement.
Un groupe de travail sous la direction du cardinal Théodore McCarrick, qui s’est penché sur ces questions, déjà depuis novembre 2003, a rédigé des «Instructions pastorales sur les liens entre activités politiques des croyants et doctrine de l’Eglise». Ces instructions ne seraient pas publiées avant les élections de novembre afin d’éviter, dit-on, une trop grande ingérence dans les votes des citoyens.
Cependant, la déclaration à l’issue de la journée de travail précise que «le respect de l’Eucharistie exige que ce sacrement soit reçu par le fidèle avec une loyauté d’esprit». Elle met en garde les hommes politiques catholiques contre une interprétation erronée de la morale catholique et la pratique des sacrements à des fins politiques.
Il est même nécessaire, poursuivent les évêques, d’amener les responsables politiques catholiques à «corriger des lois qui sont aux yeux de l’éthique catholique répréhensibles». Cela concerne tout particulièrement «la protection de la vie avant la naissance et le combat contre l’avortement». Celui qui n’essaie pas de corriger ces lois «se rend moralement coupable et pêche contre le bien commun», affirment les évêques. Selon cette déclaration, en outre, les institutions catholiques ne devraient pas honorer des travaux de personnes qui vont à l’encontre des lois morales de l’Eglise.
Le droit canon appelé à la rescousse
Selon un juriste du Vatican, et selon le droit canon (canon 912) un prêtre doit octroyer la communion à chaque baptisé catholique, sauf s’il est formellement excommunié, s’il s’est remarié ou s’il est de notoriété publique qu’il demeure en état de grave péché.
Si cela ne concerne pas le candidat démocrate Kerry, pour ce juriste en droit canon, l’évêque du lieu peut quand même frapper d’une sanction d’Eglise un politicien catholique qui publiquement refuse d’observer une importante doctrine papale (canons 752 et 1371). Il pourrait mériter une sanction à cet effet, mais il faut que la proportionnalité soit respectée entre le motif et la peine.
Par ailleurs, selon le «Washington Times», les conseillers du candidat démocrate John Kerry lui enjoignent d’»éviter de parler de sujets touchant à la religion, après s’être mis à dos plusieurs évêques catholiques». Le quotidien rapporte qu’un prêtre jésuite, Robert Drinan, qui a fréquenté le Congrès dans les années 1970, a proposé que la campagne du candidat Kerry pour les élections «en termine avec la rhétorique religieuse et se calme sur les questions de communion, après que quatre évêques catholiques américains aient dénié à John Kerry le droit de communier dans leurs diocèses. Dans le climat actuel, il faut ’la boucler’ avec ces thèmes», a lancé le père Drinan, qui enseigne au Centre juridique de l’Université Georgetown. Pour lui, le débat sur la communion est sans issue dans la campagne Kerry et devient un outil dans celle du parti républicain.
Selon l’éditorialiste du «Boston magazine», David Nyhan, l’Eglise utilise la communion comme une arme contre le candidat démocrate John Kerry. Dénier le droit de communion aux politiciens catholiques qui refusent d’adhérer aux règles de la hiérarchie catholique sur l’avortement, le contrôle des naissances, le mariage entre partenaires de même sexe ou d’autres avancées scientifiques comme la recherche cellulaire, est devenu une tactique de certains responsables religieux, explique l’éditorialiste de Boston.
Ce dernier va plus loin: «Les prélats catholiques sont en train d’influencer l’issue des élections américaines de novembre en condamnant les politiciens catholiques qui assument des politiques sociales auxquelles l’Eglise s’oppose. Cela va si loin que l’évêque de Colorado Springs, Mgr Michael Sheridan, a ordonné aux prêtres de son diocèse de retirer la communion de chaque catholique votant pour un politicien soutenant le droit à l’IVG, le mariage entre partenaires de même sexe ou la recherche cellulaire».
Motus sur la peine de mort et sur l’Irak
Cependant, note l’éditorialiste, «Mgr Sheridan évite de mentionner d’autres politiques que l’Eglise endosse, comme l’opposition à la peine de mort, l’intervention américaine en Irak. Ces politiques mettraient en porte-à- faux le Vatican et l’administration Bush, et les évêques comme Sheridan essaient d’élire Bush et non de favoriser sa défaite». Il ajoute: «Bush a de son côté les fondamentalistes, les «born again», les baptistes du sud et maintenant il est en train de gagner à sa cause de plus en plus d’évêques catholiques».
Les évêques sont divisés et Kerry a, par contre, été informé qu’il est toujours le bienvenu s’il veut communier à Los Angeles, où il a pu rencontrer le cardinal Roger Mahony. Et à Washington D.C. le cardinal Theodore McCarrick a déclaré que les évêques ne devraient pas utiliser la communion comme une «sanction» ou comme une arme politique.
Des évêques servant leur ambition
Selon un professeur de théologie le Père Richard McBrien, cité par Time Magazine, les évêques qui ont déclaré publiquement qu’il fallait refuser la communion aux politiciens défendant le droit à l’interruption de grossesse servent ainsi leurs ambitions personnelles. La grande majorité des évêques catholiques américains préfère toutefois éviter d’instrumentaliser la question de l’Eucharistie, que ce soit pour des motifs politiques ou autres.
Le cardinal Arinze a suscité la polémique l’un des premiers en déclarant le 23 avril lors d’une conférence de presse au Vatican que la position anti- avortement de l’Eglise catholique était bien connue et qu’il appartenait aux évêques américains d’interpréter cette politique. A un journaliste qui lui demandait si la communion devrait être refusée à un politicien en désaccord avec la ligne du Vatican, le cardinal a répondu: «Oui». Quant au cardinal Ratzinger, il soutient les évêques américains qui refusent la communion aux politiciens défendant de positions contraires à l’Eglise. Dans une lettre officielle, mais confidentielle à la Conférence épiscopale américaine, il suggère que les personnes vivant gravement dans le péché ou rejetant la doctrine de l’Eglise s’abstiennent de communion. Cette position du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi est interprétée par les observateurs comme un coup de pouce au candidat G. Bush.(apic/kipa/b/job/washingtontime/boston magazine/vb)




