La privatisation des prisons n’est pas la solution

Etats-Unis: Les évêques des Etats du Sud réclament des prisons plus humaines

Martin/Kentucky, 22 décembre 2004 (Apic) Les évêques catholiques de onze Etats du Sud des Etats-Unis réclament des prisons plus humaines. Dans leur cinquième lettre pastorale sur la justice criminelle, ils réclament des conditions carcérales plus sûres et plus humaines, notamment en ce qui concerne les drogués et les malades mentaux.

Il faut noter que l’expansion des prisons aux Etats-Unis fait partie d’une tendance qui a culminé ces dernières années avec la mise en place de dizaines de milliers de lits supplémentaires pour accueillir les personnes incarcérées. Les Etats du Sud ont vu la population carcérale s’accroître de plus d’un demi million ces deux dernières décennies et les exécutions capitales y représentent près de 80% du total dans tous les Etats-Unis.

Les prélats américains ont également émis depuis longtemps des doutes sur les vertus de privatiser les prisons pour faire du profit, une tendance qui se développe notamment dans leurs régions. Les conséquences sont perceptibles notamment dans les salaires versés au personnel pénitentiaire de base et dans le traitement des prisonniers.

«Jésus lui-même était un prisonnier»

Les évêques demandent que les prisonniers affectés à des programmes de travail reçoivent un juste salaire pour leur tâche. 32 évêques diocésains en Virginie, Kentucky, Tennessee, Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Arkansas et Texas ont signé la nouvelle lettre pastorale. Ils la publient en tant que membres du Comité épiscopal consultatif du Comité catholique du Sud, basé dans le Kentucky.

«Nous devons reconnaître la dignité humaine de tous les prisonniers et se rappeler que Jésus lui-même était un prisonnier», peut-on lire dans la lettre publiée en vue de Noël. La lettre pastorale cite une prise de position nationale sur le crime et la justice criminelle adoptée par les évêques américains en novembre 2000 déjà. Ils estimaient alors que «la tendance actuelle vers toujours davantage de gens en prisons, avec peu de possibilités pour l’éducation et le traitement des drogués, ne reflète pas les valeurs chrétiennes et ne rendront pas nos communautés plus sûres.»

Les évêques signataires mettent au premier rang le nombre de personnes emprisonnées aux Etats-Unis: «Nous devons cesser de mettre autant de personnes en prison. Notre taux d’emprisonnement est le plus élevé du monde – six à douze fois plus haut que les taux d’autres pays occidentaux. Les Etats-Unis dépensent maintenant plus de 50 milliards de dollars annuellement dans le système carcéral», notent les prélats.

Prévenir le crime plutôt que construire de nouvelles prisons

A leurs yeux, les ressources utilisées pour construire toujours davantage de prisons seraient mieux dépensées dans la «prévention du crime, la réhabilitation des prisonniers, l’éducation, le traitement des drogués, les programmes de probation, la liberté surveillée et la réintégration», écrivent-ils. Ils insistent sur les alternatives à l’incarcération, spécialement pour les prisonniers non-violents.

Les évêques rappellent également qu’une participation religieuse authentique contribue à la réhabilitation et au renouveau des personnes incarcérées. Ils demandent pour cette raison que toutes les prisons et tous les centres de détention puissent avoir accès à un ministère régulier et durable. Réclamant la fin du «racisme et de la discrimination» au sein de la justice criminelle, ils citent les taux élevés d’emprisonnement qui touchent bien davantage les Noirs et les Hispaniques que les Blancs.

Les évêques soulignent également que les prisonniers ont droit à la sécurité et qu’ils doivent être protégés des abus ou de la violence commis par des gangs dans la prison, par d’autres prisonniers, ou de la part des gardiens. Ils demandent également un accroissement conséquent du traitement pour les malades mentaux, dont le nombre dans le système correctionnel américain est estimé à un prisonnier sur cinq. (apic/cns/be)

22 décembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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