Mécontentements des victimes

Etats-Unis: Les évêques votent une charte pour les cas d’abus sexuels

Dallas, 16 juin 2002 (APIC) La Conférence épiscopale des Etats-Unis a accepté le 15 juin à Dallas une charte qui prévoit l’exclusion immédiate et la dénonciation aux autorités civiles des prêtres et diacres qui seront accusés de pédophilie. Cette résolution prévoit également que tout prêtre reconnu coupable, même d’un unique acte pédophile commis dans le passé, sera interdit de ministère. Malgré ces décisions, les victimes sont mécontentes, notamment du silence sur la responsabilité des évêques.

Par 239 voix contre 13, les évêques des Etats-Unis ont accepté une charte qui applique le principe de la «tolérance zéro» pour tout prêtre ou diacre qui commet un abus sexuel sur un mineur. Cette résolution stipule qu’»avec effet immédiat, même pour un seul acte d’agression sexuelle commis sur mineur, que ce soit dans le passé, au présent ou dans l’avenir, un membre du clergé responsable ne pourra continuer d’exercer son ministère et ne sera pas muté à de nouvelles fonctions».

Cette résolution est mise en vigueur pour une période de deux ans à titre de politique intérimaire afin de ne pas avoir à attendre l’approbation du Vatican, qui inévitablement prendra un certain temps. David Willey, correspondant à Rome pour la BBC, mentionne le fait que la décision de la Conférence épiscopale n’est pas automatiquement admissible par le Vatican. «L’Eglise catholique n’est pas un système démocratique, comme le remarquent plusieurs théologiens, et une résolution votée à la majorité n’a pas force de loi.»

Mgr Harry Flynn, archevêque de Saint Paul et Minneapolis et président de la commission chargée de la rédaction de la «Charte pour la protection des enfants et des jeunes» a déclaré au terme de la rencontre de Dallas «qu’en tant que pasteurs attentifs à ceux que nous servons, nous ne pouvions pas faire moins».

Etats-Unis: Les évêques votent une charte pour les cas d’abus sexuels

En premier lieu, les victimes dénoncent le fait que la résolution ne soit pas, comme initialement prévu, à l’intention de tous les ecclésiastiques, mais seulement des diacres et des prêtres, sans que les évêques soient explicitement cités. Il n’y a nulle mention sur la responsabilité des évêques qui ont couvert des prêtres pédophiles. Les évêques se sont mis au bénéfice d’une auto-exemption des sanctions prévues par la charte, aux motifs qui ne relèvent que de l’autorité papale,

Les victimes, qui réclament des sanctions disciplinaires à l’encontre des évêques complices, s’insurgent contre «cette incroyable exception faite pour les évêques. C’est tout simplement moralement scandaleux», s’est écrié Peter Esely, responsable du Réseau de survivants d’abus sexuels par des prêtres (SNAP).

Deuxièmement, tous les prêtres reconnus coupables d’abus ne seront pas réduit à l’état laïc. Exception est faite pour les prêtres pédophiles trop âgés, infirmes ou malades et ceux dont les faits reprochés remontent à trop longtemps. Ceux-ci ne pourront plus célébrer la messe (sauf en privé), ne pourront plus porter l’habit ecclésiastique et devront «mener une vie de prière et de pénitence dans un environnement contrôlé», un monastère par exemple.

Cette «tolérance presque zéro» est insuffisante pour les catholiques réformistes et les victimes. «La seule différence entre un jeune prêtre pédophile et un vieux prêtre pédophile, c’est l’âge. Ils ne s’arrêtent jamais de chercher des proies», estime un responsable de SNAP, Mark Serrano.

Pour le père Thomas Reese, rédacteur en chef du magazine jésuite «America», il est clair que «les évêques vont devoir aller plus loin s’ils veulent restaurer leur crédibilité». «Ils vont devoir convaincre les victimes qu’ils ne se contentent pas de demander pardon mais qu’ils vont mettre en oeuvre cette politique».

Au bout du compte, estime l’avocate Katherine Freberg, qui défend des victimes contre l’église catholique, «il y a des progrès mais il y a aussi beaucoup de vides juridiques dans cette charte auxquels il faudra s’attaquer». «Ce sont les victimes elles-mêmes qui vont devoir forcer la porte en imposant des procès canoniques pour obtenir le renvoi des prêtres pédophiles», conclut-elle. (apic/ag/sh)

16 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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