Deux généraux salvadoriens et Washington dans le collimateur
Etats-Unis Les familles des quatre missionnaires assassinées en 1980 intentent un procès
New York, le 21 mai 1999 (APIC) Les familles de trois religieuses et d’une missionnaire laïque, toutes des Etats-Unis, assassinées en 1980 au Salvador ont intenté un procès contre deux généraux salvadoriens retraités qui vivent aujourd’hui aux Etats-Unis. Pour ces familles, ces deux hommes sont responsables de ces meurtres. Et Washington a bien aidé. De lourds soupçons pèsent en effet sur la politique de la Maison Blanche, qui n’a pas hésité à octroyer aux deux généraux les visas nécessaires pour vivre aux Etats-Unis.
La plainte a été enregistrée le 11 mai dans l’Etat de Floride, où résident actuellement les deux militaires, Carlos Eugenio Vides Casanova et Jose Guillermo Garcia. Vides Casanova dirigeait la garde nationale salvadorienne et José Garcia était le ministre de la Défense lorsque ces assassinats ont été perpétrés.
La plainte a pu être déposée selon une loi des Etats-Unis qui autorise les victimes de torture, ou les membres survivants de leurs familles, à traduire en justice les fonctionnaires qui avaient le pouvoir d’empêcher de telles actions.
En décembre 1980, deux soeurs de Maryknoll – Ita Ford et Maura Clarke – ainsi qu’une religieuse ursuline, Dorothy Kazel, et une missionnaire laïque, Jean Donovan, avaient été violées et assassinées par des membres de la garde nationale.
Ces meurtres avaient galvanisé l’opinion publique contre la politique menée par les Etats-Unis au Salvador, où Washington soutenait la lutte du gouvernement contre une insurrection de gauche. Environ 76’000 personnes ont été assassinées durant la guerre civile qui a ravagé le pays durant douze ans et qui a pris fin avec l’accord de paix signé en 1992 entre le gouvernement salvadorien et les rebelles. Parmi les victimes figuraient des membres du clergé et des opposants au régime.
«Les gens qui font ces choses devraient savoir qu’un jour, peut-être aujourd’hui ou demain, quelqu’un va les rattraper», a déclaré William Ford, frère d’une des soeurs de Maryknoll assassinées.
L’impunité de deux militaires autorisés à s’installer aux Etats-Unis
Therese Howard, porte-parole des soeurs de Maryknoll, Ordre catholique dont le siège est à New York, s’est félicitée de l’action des familles, considérant comme «un affront» le fait que Vides Casanova et Jose Garcia aient été autorisés à s’établir aux Etats-Unis. «C’est une bonne initiative», a-t-elle déclaré. C’est un moyen de demander que des révélations soient faites. J’admire la détermination des familles à aller de l’avant non seulement pour la paix de leur esprit et pour que le dossier soit clos, mais pour que le gouvernement américain assume sa responsabilité».
Une déclaration publiée par la «Lawyers Committee for Human Rights» (Commission des juristes pour les droits de la personne), dont le siège est à New York, et qui a suivi le cas, affirme que Vides Casanova et Jose Garcia «ont clairement ignoré leur responsabilité. Durant leurs mandats respectifs, les excès se sont multipliés en toute impunité.»
Pour Scott Greathead, membre de la Commission, «le but de cette action est d’établir la responsabilité ultime concernant l’assassinat des quatre femmes», ce que n’ont pas réussi ou voulu à faire les gouvernements du Salvador et des Etats-Unis durant 18 ans.
Cinq membres de la garde nationale avaient été inculpés en 1984, mais trois d’entre eux ont été libérés de façon anticipée en juillet dernier, bénéficiant d’une nouvelle loi visant à faire face au surpeuplement des prisons.
Avec l’appui de deux députés
L’an dernier, quatre des gardes avaient confié aux avocats des familles qu’ils avaient agi sur ordre, bien qu’aucun d’entre eux n’ait cité les noms de Vides Casanova et Jose Garcia. Pour les familles des victimes, les généraux ont couvert l’implication d’autres officiers dans cette affaire, et sont responsables de la «violence institutionnelle ayant entraîné la mort des religieuses».
Les familles, les collègues des victimes et des associations de défense des droits, entre autres la Commission des juristes, affirment depuis longtemps que les autorités américaines et salvadoriennes ont couvert le crime et que ces meurtres n’auraient pu être perpétrés sans l’approbation des militaires salvadoriens.
Vides Casanova et Jose Garcia nient les accusations portées contre eux. Jose Garica, ne comprend pas pourquoi les familles intentent cette action «Je ne comprends pas l’intention puisque le cas a déjà été examiné au Salvador, et les responsabilités ont été établies».
Deux députés de l’Etat du Massachusetts, Joe Moakley et Jim McGovern, tous deux démocrates, se sont associés à l’appel lancé par les familles et la Commission des juristes au gouvernement américain pour que celui-ci autorise l’accès à tous les documents concernant ce cas, et explique pourquoi il a autorisé les deux généraux à s’installer aux Etats-Unis. (apic/eni/pr)



