Etats-Unis: Les «mandats» d’enseignement inquiètent les théologiens nord-américains

Liberté académique menacée par la main mise diocésaine

Washington, 22 février 2001 (APIC) Les théologiens demandent une procédure d’appel en cas de refus par les évêques du «mandat d’enseignement» dans les établissements supérieurs catholiques nord-américains. Ils craignent aussi de voir la liberté académique restreinte par une main mise diocésaine.

Après une dizaine d’années d’âpres débats, les évêques nord-américains se sont soumis à une injonction de Rome, leur demandant de régler la situation canonique des instituts de formation catholique pour les mettre en conformité avec le document romain «Ex Corde Ecclesiae». Dorénavant, les hautes écoles doivent inscrire dans leurs lignes directrices leur identité et employer une majorité de catholiques. Les professeurs de théologie sont soumis à l’obtention d’un mandat de l’évêque local, en conformité avec la décision prise en novembre 1999 par la Conférence épiscopale des Etats-Unis. Du côté des 235 universités et collèges catholiques fréquentés par 670’000 étudiants, on craint une mainmise des évêques diocésains et la restriction de la liberté académique.

La recherche de mandats dans les collèges et universités catholiques des Etats-Unis concerne plus de mille théologiens et cent évêques dans 39 Etats américains ainsi que dans le District de Colombia et Porto Rico. Les évêques sont en train d’esquisser une procédure standard pour accorder, refuser ou retirer le «mandat» des théologiens. C’est à Atlanta, à la mi-juin, que les évêques prendront position. Après avoir consulté les administrateurs de collèges et les juristes, les évêques vont consulter maintenant les théologiens eux-mêmes.

Trois théologiens, notamment le P. Richard McBrien, de l’Université Notre Dame (South Bend, Indiana), ont déjà fait savoir qu’ils ne solliciteront pas le «mandat». Selon l’hebdomadaire «National Catholic Reporter», le Père Charles Currie, jésuite, qui dirige l’Association des collèges et universités jésuites, a été réconforté par le cardinal Danneels fin janvier à Washington. Le cardinal belge a plaidé pour un esprit de communion entre toutes les parties, observant que les normes juridiques ne garantissaient pas la coopération.

Refus de solliciter le mandat obligatoire

Devant les jésuites dirigeant les universités de la Compagnie de Jésus aux Etats-Unis, en juin 1999, le P. Currie avait déjà dénoncé la norme selon laquelle la majorité des membres du corps enseignant des universités catholiques devait être des «fidèles catholiques». Son application provoquera «une chasse aux sorcières» et ressuscitera des tactiques «policières», a-t-il avertit.

Interrogée par le «National Catholic Reporter», Sœur Margaret Farley, ancienne présidente de la Société Théologique catholique de l’Amérique et professeur d’éthique à l’université de Yale, souligne le devoir des théologiens de s’adonner à la recherche. «La tâche la plus controversée de la morale, explique-t-elle, c’est d’aider les gens à vivre leur foi à la lumière des temps et à faire face à de nouvelles questions».

En septembre dernier, la Société Théologique des USA a passé en revue dans un document de 61 pages les procédures prévues. Elle a confirmé les fortes réserves exprimées ces deux dernières années au sujet du «mandat». Elle a proposé aux évêques de définir les cas où le retrait du «mandat» peut être exigé et de prévoir une procédure de contrôle et d’appel. (apic/cip/mjp)

22 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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