Etats-Unis: Les théologiens américains surpris de l’action du Vatican contre le Père Haight
La Société Théologique Catholique se dit «profondément peinée»
Washington, 17 février 2005 (Apic) La Société Théologique Catholique d’Amérique (CTSA) se déclare «profondément peinée» par l’action du Vatican contre le Père Roger Haight, interdit d’enseigner la théologie catholique par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le bureau des directeurs de la CTSA l’a fait savoir suite à la condamnation du livre du jésuite américain, «Jésus Symbole de Dieu».
La Société théologique américaine relève que l’ouvrage du Père Haight a rendu un grand service en mettant en avant des questions cruciales qui ont besoin d’être traitées. Dans une prise de position envoyée à l’agence de presse catholique américaine CNS, la CTSA rappelle que le livre contesté par Rome pour ses erreurs doctrinales avait provoqué des critiques au sein même de la communauté théologique et suscité la sorte de vif débat encouragé par l’autorité doctrinale de l’Eglise.
Une intervention contreproductive ?
Mais, ironiquement, note la Société théologique, au lieu de promouvoir une plus grande critique du livre, l’intervention de la Congrégation pour la doctrine de la foi va plutôt décourager les débats à son propos. Elle va effectivement étouffer la discussion critique sur cet ouvrage et «miner notre capacité en tant que théologiens catholiques de critiquer ouvertement nos collègues», écrit le Bureau de la CTSA.
Le Père Haight, membre de la Province jésuite de New York, enseignait à la «Weston Jesuit School of Theology» de Cambridge, dans le Massachusetts, quand son livre a été publié en 1999. En 2000, le Vatican a ordonné sa suspension de l’enseignement alors qu’une enquête sur son livre était en cours. Le jésuite américain enseigne actuellement au séminaire théologique protestant interdénominationnel à New York.
De «graves erreurs doctrinales» ont été commises
En raison de «graves erreurs doctrinales» contenues dans livre, après cinq ans d’enquête, la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi vient donc d’interdire d’enseignement le religieux américain. Son ouvrage explore les thèmes de la divinité du Christ, la résurrection, la Trinité et le salut des non chrétiens. Une longue note résumant les conclusions de l’enquête a été publié par le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, dans son édition du 7-8 février. Le Père Haight est accusé d’avoir commis dans son livre de «graves erreurs doctrinales contre la foi catholique et divine de l’Eglise».
Le théologien jésuite Roger Haight avait déjà cessé d’enseigner dans l’institution catholique depuis plusieurs années dans l’attente d’éclaircir sa position vis-à-vis de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cette dernière examinait son livre «Jesus Symbol of God», publié par Orbis Press.
Le livre en question est consacré au problème du dialogue interreligieux, et il souligne que «la révélation de Jésus enseigne que la grâce de Dieu est opérante dans les autres religions». Affirmer la validité des autres religions, estime le Père Haight, «ne diminue pas la normativité de Jésus-Christ. Et affirmer la normativité du Christ, non seulement pour les chrétiens mais pour tous les êtres humains, ne diminue point la validité des autres religions».
En l’an 2000, «Jesus Symbol of God» avait obtenu aux Etats-Unis le prix de la Catholic Press Association, en tant que meilleur livre de théologie de l’année. Le bureau de la CTSA ne nie pas qu’il puisse y avoir des erreurs dans la théologie présentée dans le livre contesté, et des théologiens contactés par CNS ont admis qu’ils avaient de sérieux problèmes avec le contenu de cet ouvrage.
Des points controversés ont d’ailleurs été débattus lors du congrès de la CTSA en 2002, et il s’agissait là, estime la société des théologiens américains, «précisément du type de débat interne et de correction mutuelle qui ont été encouragés par le magistère», l’autorité doctrinale de l’Eglise.
Et la CTSA d’affirmer que l’intervention de la Congrégation romaine, dans ce cas, «menace gravement l’authentique processus de critique interne sérieuse et systématique que la Congrégation et les évêques ont longtemps encouragé parmi les théologiens». Pour la Société Théologique Catholique d’Amérique, l’intervention du magistère romain devrait avoir lieu en dernier ressort, uniquement dans les cas où ce processus de correction a clairement échoué.
Le livre contesté est une «exploration»
Pour Roberto S. Goizueta, président de la CTSA et professeur de théologie au «Boston College», la note de la Congrégation romaine brouille la frontière entre la théologie et la catéchèse, «alors que la théologie concerne l’exploration créative de la Révélation et de la doctrine de l’Eglise».
A ses yeux, le livre contesté est «une exploration, et le Père Haight ne prétend pas autre chose». William P. Thompson-Uberuaga, professeur de théologie à la «Duquesne University» de Pittsburgh, et ancien président de la CTSA, s’est dit pour sa part en accord avec le contenu de la note vaticane. Mais il aurait préféré que ce soit la communauté théologique et les jésuites eux-mêmes qui règlent d’abord le problème, selon le «principe de subsidiarité». (apic/cns/be)



