Une première aux Etats-Unis
Etats-Unis: Pédophilie: le diocèse de San Bernardino poursuit l’archidiocèse de Boston
San Bernardino, 3 avril 2003 (Apic) Le diocèse de San Bernardino, en Californie, poursuit l’archidiocèse de Boston, suite à une affaire de pédophilie. Ce dernier avait recommandé au diocèse plaignant un prêtre auteur de multiples actes de pédophilies. C’est la première fois dans l’histoire de l’Eglise des Etats-Unis – et sans doute dans le monde – qu’un diocèse en poursuit un autre en justice. Selon le quotidien «The Boston Globe», les diocèses du pays pratiquent de plus en plus l’obstruction légale, usant et abusant du Premier amendement de la Constitution américaine, qui concerne notamment la liberté religieuse.
En 1990, l’archidiocèse de Boston avait attesté de la bonne conduite morale du Père Paul Shanley lors de son transfert dans le diocèse de San Bernardino. A Boston, le Père Shanley avait fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires pour abus sexuels sur mineurs. Il avait comparu à diverses reprises devant les tribunaux dans les années, soixante, septante et huitante.
Dans le diocèse de San Bernardino, il est accusé d’avoir abusé sexuellement d’un jeune homme âgé aujourd’hui de 30 ans, Kevin English. Ce dernier a déposé plainte en janvier contre le diocèse, accusant le Père Shanley de l’avoir abusé ainsi que de l’avoir envoyé auprès d’autres hommes pour satisfaire leurs appétits pervers.
Quand les scandales pédophilies ont déferlés sur l’Eglise catholique au début 2002, le cardinal Roger Mahony, archevêque de Los Angeles, à l’instar de nombre de ses confrères, n’a eu de mots assez forts pour assurer le public de la pleine collaboration de l’Eglise avec la justice, rapporte le quotidien de Boston. «Les faits n’ont pas suivi», indique la porte-parole du bureau du procureur du comté de Los Angeles, Jane Robison, qui déplore le passage «de la position d’ouverture à celle de résistance». «Ce qu’ils disent et ce qu’ils font sont deux choses différentes», remarque- t-elle.
A Los Angeles, on s’inquiète de voir qu’en lieu et place de l’aide promise, Mgr Mahony utilise le premier amendement de la constitution des Etats-Unis sur la liberté de religion pour refuser de transférer à la justice des documents relatifs à des prêtres accusés de pédophilie. «L’archidiocèse met en avant le fait que le lien de confiance entre un prêtre et son évêque est l’un des fondements de l’Eglise catholique. Ainsi, manquer à ce lien, par exemple en remettant un dossier compromettant, viole le premier amendement», déplore Jane Robison.
Celle-ci précise que si la tactique employée est tout à fait légale, elle n’est nullement un passage obligé. L’archidiocèse «pourrait tout à fait éviter de le faire, s’il le voulait», précise-t-elle.
La recette fait école, constate encore la porte-parole, les diocèses de Louisville, de Altoona-Johnstown et de Boston ont également recours au premier amendement pour faire obstacle aux procédures engagées contre des prêtres accusés de pédophilie.
L’archidiocèse de Boston veut disposer sans restrictions de la générosité des fidèles
L’archidiocèse de Boston, exsangue par les dédommagements versés aux victimes d’abus sexuels, a dû fermer des écoles, couper dans le budget et licencier du personnel laïc. Pourtant il a refusé la donation de l’association de laïcs «Voice of the Faithful». L’archidiocèse reproche à cette organisation d’avoir émis la restriction de n’employer l’argent versé que pour les activités caritatives de l’Eglise, et non pour ses frais d’administration.
L’évêque Richard G. Lennon, qui dirige par intérim l’archidiocèse de Boston, estime qu’il n’est pas possible «de séparer les oeuvres caritatives de l’Eglise du travail administratif de l’évêque». Mgr Lennon a en outre ordonné à l’organe caritatif de l’archidiocèse de ne pas accepter d’argent de «Voice of the Faithful». Le vice-directeur de cet organisme pense que la décision de l’évêque est une erreur. Il se déclare profondément attristé, précisant que son souci n’est pas celui du pouvoir ou de la politique, mais «de nourrir ceux qui ont faim et d’habiller les miséreux». (apic/cns/bostonglobe/sh)




