Une volonté de justice et non de vengeance ?

Etats-Unis: Pour le cardinal Law, Bush est un homme profondément religieux

Paris, 10 octobre 2001 (APIC) George W. Bush est un homme «profondément et sincèrement religieux», a déclaré au quotidien français «La Croix» le cardinal Bernard Law, archevêque de Boston. Responsable de la Commission des relations internationale de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, le cardinal Law se dit conscient que la réaction de son pays doit être guidée par «une volonté de justice et non de vengeance».

Les Américains n’avaient jamais vécu un tel drame chez eux de toute leur histoire, et celui-ci n’a pas encore été intégré dans toutes ses dimensions, explique le cardinal. «Le choc est profond est touche les profondeurs de l’âme américaine. Brutalement, la conscience de la foi s’est intensifiée chez les croyants. Dans cette société du bien-être, ils avaient perdu de vue cette dimension essentielle de leur vie. Dans les périodes fastes, la religion est poussée vers la périphérie de la vie; dans les moments difficiles, la foi est redécouverte. Les gens sont brutalement confrontés à des questions fondamentales. Ils ont réalisé que la vie pouvait être très fragile. C’est là que l’Eglise doit intervenir.»

Le cardinal Law loue la sérénité du président

Beaucoup jugent que George W. Bush use trop du vocabulaire religieux. L’archevêque de Boston n’est pas de cet avis. «Je peux vous assurer que le président Bush est une personne profondément et sincèrement religieuse, dit-il, et les Américains le savent. Ses paroles étaient authentiques, ce n’était pas de la rhétorique. Il appréhende sa vie en termes religieux. «

Après le drame, le cardinal Law a rencontré le président Bush à la Maison Blanche pendant plus de deux heures, avec des responsables d’autres religions. Il l’a trouvé «confiant, serein, rassurant». Le président a souligné que l’Amérique devait réagir «avec une volonté de justice et non de revanche ou de vengeance». George W. Bush a insisté sur l’importance de la diplomatie sur le long terme et l’aide aux pays en voie de développement, poursuit le cardinal Law. Il nous a demandé de la patience et des prières. «La religion doit jouer un rôle modérateur dans le pays afin de ne pas accuser des boucs émissaires.»

Le prix d’un certain isolationnisme culturel

Le diocèse de Boston, où vivent d’importantes communautés juives et musulmanes, a des groupes de réflexion sur les échanges à entretenir avec les autres religions. Le cardinal a ” de très bonnes relations avec les rabbins depuis longtemps «. Le dialogue avec les musulmans existe depuis des années, ” mais ce dialogue, afin de mieux saisir les dimensions culturelles de la religion musulmane, doit plus que jamais s’intensifier, pour se connaître et se comprendre, éviter les malentendus et les amalgames «.

Le cardinal le reconnaît: «Nous payons aujourd’hui le prix d’un certain isolationnisme culturel. Il faut que nous changions nos perspectives. Cela prendra du temps. «Il faut se protéger du terrorisme, qui est inacceptable, dit-il, mais «il faut aussi élucider cette animosité entre l’Occident et le monde islamique. Car même si des incompréhensions existent, elles ne peuvent justifier le terrorisme, contraire à l’islam».

L’archevêque de Boston souhaite aussi un dialogue à l’intérieur même du monde musulman. «Je n’ai pas à leur dire ce qu’ils ont à faire, ajoute-t-il, mais je pense qu’une voix musulmane commune aiderait à mieux comprendre. J’aimerais dire aussi qu’il faut se garder, nous Occidentaux, de vouloir transformer le monde entier à notre image et forcer les autres cultures à être comme nous.». (apic/cip/mk)

10 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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