Le rôle de Marie dans la vie chrétienne

Etats-Unis: Publication d’un document commun entre catholiques et anglicans sur la Vierge

Seattle, 17 mai 2005 (Apic) Honorer la Vierge Marie et solliciter son aide ne sont pas des pratiques qui devraient séparer les catholiques et les anglicans, selon un document publié lundi par la Commission internationale entre catholiques et anglicans (ARCIC). Elle a rendu public le 16 mai à Seattle un document sur la Vierge, intitulé «Marie: grâce et espérance dans le Christ».

Le document, fruit de cinq ans de travaux communs, estime qu’il n’y a pas de raison théologique qui subsiste pour justifier des divisions théologiques dans ce domaine. Le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens à Rome précise toutefois que le document «ne sera pas considéré comme une émanation de l’Autorité de l’Eglise catholique et de la Communion anglicane», lesquelles s’en réservent l’étude ultérieure.

Mais la présentation de ce document est considérée par le Conseil pontifical, présidé par le cardinal Walter Kasper, comme une relance des relations avec les anglicans. La dévotion envers la très sainte Vierge Marie, souvent considérée comme un pratique distincte des catholiques romains ou des orthodoxes, a ses propres racines dans les Ecritures saintes et dans les premiers temps de la tradition chrétienne. Elle fait donc aussi partie de l’héritage anglican, rappelle le document de l’ARCIC.

Dans leur calendrier liturgique, tant les anglicans que les catholiques romains marquent les événements les plus importants de la vie de Marie, et les deux confessions se réfèrent à elle dans leurs prières comme «toujours vierge» et «Mère de Dieu incarné». Le document exprime l’espoir des membres de la commission de dialogue, qu’en examinant la «croyance partagée concernant la très sainte Vierge Marie», ils fournissent un contexte pour une appréciation commune des dogmes mariaux de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, qui ont longtemps divisé anglicans et catholiques romains.

Les anglicans et les autres confessions non-catholiques ne reconnaissent pas l’infaillibilité du pape et parce que la Conception et l’Assomption de Marie ne sont pas mentionnées explicitement dans les Saintes Ecritures, les deux dogmes ont été considérés comme des obstacles majeurs à l’unité des chrétiens.

Une vaste collaboration oecuménique internationale

Le livre – publié aux Etats-Unis et en Angleterre par les maisons d’édition Continuum et Morehouse – traite de la compréhension de la place de la Vierge dans la doctrine et la vie de l’Eglise. Il représente le premier grand texte écrit en commun par deux communautés chrétiennes sur cet aspect clef de la foi, de la dévotion et des deux dogmes mariaux – l’Immaculée conception et l’Assomption -. Les 20 théologiens qui constituent la commission mixte, sont des évêques, des membres du clergé, des religieux et des laïcs de 10 pays différents.

L’initiative de ce document avait fait suite à l’encyclique «Ut unum sint» (Qu’ils soient un) de 1995 sur l’oecuménisme, en référence au paragraphe 79 dans lequel Jean Paul II parlait de Marie comme «icône de l’Eglise». Par la suite, l’ARCIC avait été formellement chargée d’entreprendre une recherche sur les points de divergence entre les deux Eglises.

Un peu plus long – en raison de ses chapitres bibliques et historiques – que le dernier ouvrage publié par cette commission intitulé «Le don de l’autorité», ce document marial est attendu dans les librairies anglo-saxonnes le 19 mai prochain.

«Le texte de Seattle»

Le document, déjà surnommé «le texte de Seattle» parce que les membres de l’ARCIC l’ont terminé dans cette ville de la Côte ouest des Etats-Unis lors de leur réunion de février 2004, est le fruit de cinq années et de six réunions. La commission est officiellement soutenue par le Comité consultatif anglican et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Le texte offre avant tout les bases d’une réflexion et est un nouveau pas dans le dialogue entre catholiques et anglicans.

Préoccupations quant à l’avenir du dialogue oecuménique

En effet, au cours des deux dernières années, le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens a nourri des préoccupations quant à l’avenir du dialogue oecuménique avec les anglicans. En 2003, deux initiatives nord- américaines ont créé de nouveaux obstacles dans les relations entres les catholiques et les anglicans: la décision de l’Eglise épiscopalienne des Etats-Unis d’ordonner évêque un prêtre officiellement homosexuel et la décision prise par le diocèse de New Westminster (Eglise anglicane du Canada) d’introduire un rituel de bénédiction pour des couples homosexuels.

En conséquence, le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens avait décidé, en accord avec la Communion anglicane, de suspendre la réunion plénière de la Commission internationale entre catholiques et anglicans pour l’unité et la mission (IARCCUM), tout en maintenant ses relations avec les autorités anglicanes. Ces tensions au sein du monde anglican avaient conduit son chef, l’archevêque de Canterbury, Mgr Rowan Williams, à constituer une commission dite de ’Lambeth’, afin de préparer un rapport sur les orientations futures de la Communion anglicane.

Le «Rapport Windsor»

Dans cette perspective, l’archevêque de Canterbury avait demandé au cardinal Kasper de seconder cette initiative avec la création d’une sous- commission mixte ad hoc, composée de membres de l’ARCIC et de l’IARCCUM avec pour mission de réfléchir aux questions ecclésiologiques. En novembre 2004, la commission de Lambeth a rendu sa copie intitulée «Rapport Windsor». Mgr Rowan Williams a demandé au cardinal Kasper de le commenter par écrit. Le cardinal s’est ensuite rendu à Londres, en février dernier, pour souligner l’importance d’une clarification des questions ecclésiologiques et morales issues de la situation dans la Communion anglicane.

En février 2005, les primats anglicans ont signé le «Rapport Windsor» et ainsi réaffirmé que l’Eglise anglicane, en ce qui concerne le mariage et la sexualité, demeure dans la tradition chrétienne. Pour Rome, cela jetait les bases de la poursuite du dialogue oecuménique avec les anglicans dans la perspective d’une communion pleine et entière. YH/JB

Encadré

Une séparation remontant au XVIe siècle

La séparation de l’Eglise d’Angleterre d’avec Rome remonte au XVIe siècle, lorsque le roi Henri VIII s’est fait proclamer chef de l’Eglise d’Angleterre par l’assemblée de son clergé, en 1531. C’est à la suite de la rencontre de mars 1966 entre l’archevêque de Canterbury, Michael Ramsey, et le pape Paul VI, que le dialogue entre catholiques et anglicans a pu débuter officiellement.

Quant à l’ARCIC, elle a été créée en 1982 sur mandat de Jean Paul II et de l’archevêque anglican Robert Runcie. Au cours des vingt dernières années, la Commission a publié quatre documents sur le salut (en 1987), sur l’Eglise en tant que communion (1991), sur la vie en Jésus Christ (1994) et sur le don de l’autorité (1999). La commission espère poursuivre les rapprochements des deux Eglises par la publication d’ouvrages ultérieurs. Le prédécesseur de Benoît XVI a toujours encouragé ces travaux afin de poursuivre le dialogue théologique.

Aujourd’hui, l’admission des femmes au sacerdoce et la question du rôle et de l’autorité du pape sont les obstacles majeurs au dialogue entre les deux Eglises, malgré de bons rapports généraux. L’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, s’est ainsi rendu à la messe d’inauguration du pontificat de Benoît XVI au Vatican le dimanche 24 avril dernier. (apic/cns/imedia/hy/be)

17 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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