L’Arabie Saoudite, alliée des Américains, dans le collimateur

Etats-Unis: Publication du rapport annuel sur la liberté religieuse au plan international

Washington, 16 septembre 2004 (Apic) Le Département d’Etat américain a publié mercredi 15 septembre son nouveau rapport annuel sur la liberté religieuse au plan international. Ce rapport 2004, soumis au Congrès en vertu de l’IRFA (*), une loi datant de 1998, met notamment dans le collimateur l’Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis dans sa lutte contre le terrorisme.

Dans le rapport présenté par le secrétaire d’Etat américain Colin Powell et réalisé par l’ambassadeur John Hanford et son équipe, les Etats- Unis dénoncent la persistance de violations massives de la liberté religieuse dans le monde. Rappelant que l’engagement de l’Amérique pour la liberté religieuse est plus ancien que la nation elle-même, Colin Powell reproche à l’Arabie saoudite de porter atteinte sévèrement à cette liberté. Faisant preuve d’une position inhabituellement dure à l’égard de leur allié privilégié dans la région, le Département d’Etat a mis ce pays sur la liste de ceux qui mettent particulièrement en danger la liberté de culte, qui n’existe dans le Royaume «ni juridiquement ni dans les faits».

Vietnam et Erythrée également aux premiers rangs

Le Vietnam et l’Erythrée sont également pour la première fois sur la liste des pays qui causent une inquiétude particulière dans ce domaine, rejoignant ainsi la Birmanie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et le Soudan. En Erythrée, le rapport dénonce une situation «qui s’est aggravée» en particulier pour les membres d’églises évangéliques indépendantes, les orthodoxes ou les Témoins de Jéhovah. En 2002, le gouvernement a interdit toute activité religieuse en dehors des quatre confessions reconnues officiellement, et plus de 200 protestants et Témoins de Jéhovah se trouvent encore en prison en raison de leur foi. Certains ont été torturés.

Le Vietnam, pour sa part, appartient au groupe de pays mettant en oeuvre des «mesures totalitaires ou autoritaires pour contrôler les croyances et pratiques religieuses». Le niveau de la liberté religieuse y est «mauvais»: il s’est même détérioré pour certaines minorités, comme les catholiques, les protestants, les bouddhistes indépendants, sans oublier les fidèles des groupes «hoa hoa» et «cao dai». Des centaines d’églises et de lieux de culte ont été fermés, en particulier sur les Hauts Plateaux du Centre et du Nord-Ouest, affirme le rapport américain.

Cette désignation n’oblige pas les Etats-Unis à imposer des mesures punitives, mais laisse ouverte la possibilité de sanctions s’il n’y a pas d’améliorations en matière de tolérance religieuse.

Seules les mosquées ont le droit de cité

Le rapport américain déclare qu’il n’y a pas de liberté religieuse en Arabie saoudite, où l’islam sunnite, sous la forme austère du wahhabisme, est la religion officielle. Le christianisme et tous ses symboles – même les simples croix et les sapins de Noël – sont strictement interdits, tout comme les lieux de cultes. Dans ce pays musulman strict, seules les mosquées ont le droit de cité. La liberté religieuse de base est refusée à tout le monde dans le Royaume, sauf aux adhérents du wahhabisme, la seule version de l’islam reconnue par l’Etat.

Ceux qui s’écartent de cette voie, contrôlée par la police religieuse – les fameux mutawaeen – courent le risque de sévères sanctions. La police religieuse, connue sous le nom d’Al Mutawaeen ou de Hayat al Amr bil Maaruf wan Nahi an al Munkar (Comité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, CPVPV), a pour mission de veiller au strict respect des règles de conduite établies, rappelle pour sa part Amnesty International. Cet organisme, en théorie semi autonome, oeuvre dans la pratique en étroite collaboration avec la police et les gouverneurs des différentes localités.

Peu de risques de sanctions pour les alliés

Au cours d’une conférence de presse à Washington, l’ambassadeur John Hanford, chef du Bureau de la liberté religieuse du Département d’Etat américain, a déclaré que l’Arabie saoudite apparaissait sur la liste malgré le fait que ce pays avait fait quelques progrès l’an dernier.

Ainsi, un certain nombre de textes incitant à la haine religieuse ont été amendés, mais cela ne suffit pas pour le rayer de la liste des pays qui font particulièrement souci en matière de liberté religieuse. Ryad a également fait quelques progrès en ce qui concerne les rapports avec la minorité chiite d’Arabie saoudite (10% de la population) qui souffre d’une discrimination religieuse systématique, mais également au niveau de l’éducation, de l’emploi et des médias.

Colin Powell a relevé que cette mise à l’index sur la question religieuse ne signifiait pas une rupture avec les pays concernés. «Nous allons continuer de parler avec ceux avec qui nous avons des relations». Il apparaît ainsi que la condamnation du Royaume saoudien – les Etats-Unis ne lui infligent qu’une réprobation morale – n’aura aucune conséquence concrète. Mais il s’agit d’un avertissement clair à l’adresse d’un pays dont on souligne de plus en plus le rôle dans le soutien et le financement d’une organisation comme al-Qaeda.

Les Etats-Unis disent qu’ils ne fermeront pas les yeux

Selon l’ambassadeur américain, toutefois, il s’agit effectivement d’un avertissement afin que ce pays comme d’autres du Moyen-Orient sachent que les Etats-Unis ne fermeront pas les yeux face à un comportement qu’ils jugent inacceptable. La sixième édition du rapport annuel examine la situation dans tous les pays, à l’exception des Etats-Unis et de l’Irak, sous prétexte que durant la période analysée (juillet 2003/juin 2004), ce pays était sous administration américaine.

La Chine est une nouvelle fois dénoncée pour sa «répression particulièrement sévère» de la liberté de culte. Le rapport mentionne notamment les musulmans ouighours dans la province du Xinjiang, les bouddhistes tibétains, les catholiques fidèles à Rome, les protestants clandestins et le Falun Gong. La Russie pour sa part se voit reprocher une détérioration pour certaines religions minoritaires, même si en général la liberté religieuse est respectée. Allié indéfectible, Israël se voit pourtant reprocher des discriminations envers ses citoyen non-juifs, tandis que l’Autorité palestinienne est accusée d’avoir toléré des saisies illégales de biens appartenant à des chrétiens.

Les pays démocratiques européens ne sont pas épargnés par l’administration américaine, qui soutient des sectes comme l’église de Scientologie. Sont visées en particulier la France, l’Allemagne et la Belgique. Le rapport américain évoque également la France pour la loi sur l’interdiction dans les écoles publiques des signes religieux ostentatoires, comme le foulard islamique. (*) International Religious Freedom Act. (apic/bbc/sd/be)

16 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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