Prudence vaticane
Etats-Unis: Refus de la communion aux politiciens favorables à l’IVG, évêques divisés
Rome/Washington, 14 juin 2004 (Apic) Le débat récurrent aux Etats Unis sur le refus de la communion aux politiciens favorables à l’interruption volontaire de grossesse suscite la prudence au Vatican, selon l’agence de presse catholique américaine CNS. Cette discussion publique, qui met en lumière des divergences d’appréciation au niveau de l’épiscopat américain, inquiète Rome.
La question de refuser ou non l’accès à la communion divise les évêques catholiques des Etats-Unis et vise notamment le candidat démocrate John Kerry, adversaire désigné du président G. W. Bush aux prochaines élections présidentielles. CNS relève que malgré les positions divergentes adoptées par nombre d’évêques, le Vatican a été lent à intervenir. Il pourrait même choisir de ne pas le faire publiquement.
Une des raisons, explique l’agence dépendant de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, est que le Vatican ne veut pas apparaître comme prescrivant aux évêques américains ce qu’ils doivent faire. Une autre que les responsables au Vatican n’ont pas de réponse toute faite face à la problématique suscitée par le débat en cours aux Etats-Unis.
Certes, nombreux sont au Vatican ceux qui sont d’avis que l’on devrait, selon le droit canonique, refuser la communion à un politicien catholique qui soutient la légalisation de l’avortement. Mais sur la question du comment, l’opinion du Vatican n’est pas faite. Certains pensent que la position «agressive» de certains évêques est une tactique nécessaire, d’autres sont d’un avis différent. «Certains, au plus haut niveau de la hiérarchie vaticane, sont enclins à relever que ceci dénote une incapacité, de la part de l’Eglise, à convaincre les gens de la vérité».
Une «task force» des évêques souhaitée
Rappelons que la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi a souhaité rencontrer une «task force» des évêques américains pour les aider à clarifier, notamment, ces questions de communion des politiciens américains défendant le droit à l’avortement.
La position de John Kerry avait suscité des réactions parmi la hiérarchie catholique des Etats-Unis, notamment celle de l’archevêque Raymond Burke, de Saint Louis, qui a déclaré que la communion devrait lui être refusée. Mgr Burke a aussi demandé que l’on ne donne pas la communion à d’autres politiciens catholiques favorables à l’IVG.
John Kerry, en réaffirmant sa position, avait également fait réagir le cardinal Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Selon ce dernier les politiciens catholiques adoptant la position défendue par John Kerry devraient se voir interdire l’accès à la table de communion. La déclaration du cardinal de la curie romaine a été interprétée par les adversaires du président – et candidat – Bush comme un appui à ce dernier de la part de la hiérarchie catholique et comme une immixtion dans la campagne électorale.
«Se montrer précautionneux sur le refus de communion»
Mgr Donald Edmond Pelotte, évêque de Gallup (New Mexico), a révélé que le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est entretenu avec un groupe d’évêques américains le 2 juin. Il a suggéré qu’ait lieu une rencontre avec une «task force» ad hoc.
Une source du Vatican a confirmé que le cardinal Ratzinger a insisté sur les précautions à prendre lorsque l’on discute la possibilité de refuser une communion.
Selon ces informations, à la lumière des récentes déclarations de divers évêques américains, le Vatican a senti qu’une approche «concertée et nuancée était nécessaire». Sur la question de la communion et des politiciens «dissidents», Mgr Pelotte a déclaré qu’il avait soulevé la question pendant la rencontre commune avec le cardinal Ratzinger, parce qu’il sentait que les évêques avaient besoin d’une clarification. (apic/cns/imedia/eni/vb/be)



