Etats-Unis: Un ancien responsable du Conseil national des Eglises (NCC) très critique
Les principales Eglises protestantes sont devenues «néo-libérales
New York, 11 septembre 2002 (APIC) Les principales Eglises protestantes des Etats-Unis ont adopté une position de plus en plus pragmatique, et sont devenues «néo-libérales», critique Oscar Bolioli. A 68 ans, ce pasteur uruguayen quitte son poste de secrétaire général adjoint aux relations internationales du Conseil national des Eglises des Etats-Unis (NCC), dont le siège est à New York. L’occasion de dresser un bilan après quelque 20 ans au service du NCC.
Au sein du NCC, Oscar Bolioli s’est battu pour mieux équilibrer les rapports entre les Eglises des Etats-Unis et d’Amérique latine. Il regrette que les principales Eglises protestantes américaines privilégient l’obtention de résultats rapides aux dépens d’une «vision à plus long terme». Le pasteur quitte New York pour retourner en Uruguay, son pays natal, où il assumera la présidence de l’Eglise méthodiste évangélique du pays.
«La théologie de la libération était élitiste»
Autant il fustige les pragmatistes de l’Eglise, autant il critique ceux qui, comme lui, se sont laissé influencer par la théologie de la libération, mouvement qui a pris naissance en Amérique latine dans les années 70 et qui vise à combiner des aspects de l’action pastorale et sociale avec l’analyse économique marxiste. «La théologie de la libération était élitiste», constate-t-il. «Nous pensions aux pauvres, mais nous n’en faisions pas partie. Nous avons fait de nombreuses erreurs.»
En 1986, Oscar Bolioli a pris un congé sabbatique pour aller vivre dans des communautés pauvres du Honduras, d’Argentine et d’Haïti, une expérience qui l’a aidé à mieux comprendre la culture des pauvres et qui lui a enseigné que l’apprentissage devait se faire ensemble, parce que des leaders éduqués ne sauraient «avoir vraiment conscience de la situation. J’ai commencé à apprendre beaucoup auprès de non-intellectuels».
Dans une interview accordée à l’agence de presse oecuménique ENI à Genève, Oscar Bolioli confie qu’il rentrera dans son pays au début de l’année 2003. Il va y rencontrer une Eglise en proie à des problèmes internes, dont des difficultés financières. «Mais je rentre aussi pour faire acte de solidarité avec un pays soumis à d’énormes pressions du fait de sa dépendance à l’égard de son voisin l’Argentine, qui traverse une sévère crise économique.» Ces derniers mois, l’Uruguay a été confronté à un effondrement presque total de son économie et a dû, au début du mois d’août, emprunter 1,5 milliard de dollars aux Etats-Unis pour pouvoir rouvrir ses banques.
Ce sera la deuxième fois qu’Oscar Bolioli occupera le poste de président de l’Eglise méthodiste d’Uruguay, qui compte 20 paroisses et quelque 3’000 membres. Président de 1974 à 1979, Oscar Bolioli était alors à la tête d’une Eglise qui s’est distinguée par sa défense des droits de la personne au temps de la dictature militaire. «Nous voulons revendiquer de nouveau ce rôle militant», affirme Oscar Bolioli, en précisant que l’Eglise peut contribuer à l’édification d’une économie «non dans l’optique des riches, mais dans celle des pauvres».
Après s’être rendu à Cuba pour la première fois au milieu des années 60, le pasteur uruguayen a beaucoup travaillé au resserrement des liens entre les Eglises de Cuba et des Etats-Unis. Il a également contribué à diriger les efforts de promotion du processus de paix au Guatemala, au lendemain de 35 ans de conflit armé. (apic/eni/be)



