Nouveau livre de Garry Wills: remous attendus et assurés
Etats-Unis: Un intellectuel catholique défend l’Eglise mais s’en prend au pape
New York, 7 août 2002 (APIC) Dans son dernier livre, l’un des intellectuels et auteurs catholiques romains les plus renommés des Etats-Unis, défend l’Eglise catholique et la foi chrétienne tout en critiquant vivement le pape Jean Paul II. Dans ce nouveau livre, Garry Wills, ancien séminariste jésuite, aujourd’hui expert et journaliste connu, justifie sa position en écrivant qu’une «personne qui aime l’Eglise peut avoir une querelle d’amoureux avec la direction de celle-ci». Pour lui, «le Credo est de loin plus essentiel à la croyance que la papauté».
«Nous faisons trop grand cas du pape», a en effet estimé Garry Wills dans une conférence organisée le 31 juillet dans l’Eglise épiscopale de New York par le Centre d’études religieuses.
«La papauté n’est pas l’Eglise»
«La papauté n’est pas l’Eglise» – «Why I Am a Catholic» en anglais – est le nouveau livre de Garry Wills. Il se veut la «suite non intentionnelle» d’un de ses précédents ouvrages «Papal Sin: Structures of Deceit», publié en 2000, et dans lequel l’auteur critiquait la papauté des temps modernes. «Papal Sin» avait suscité une avalanche de lettres, la plupart de catholiques. «Ils réclamaient un échange de vues», écrit Garry Wills dans l’introduction de son dernier livre, publié aux Etats-Unis par Houghton Mifflin.
La carrière de Garry Wills est éclectique: spécialiste de lettres classiques, il est professeur auxiliaire d’histoire dans une université près de Chicago et écrit des articles sur des sujets aussi divers que le discours de Gettysburg d’Abraham Lincoln, des films de John Wayne et la vie et la théologie de saint Augustin.
L’étude de la religion figure aussi dans ses articles et essais, que l’on peut lire dans certaines publications comme le «New York Review of Books».
«Why I Am a Catholic» est publié alors que les catholiques des Etats-Unis traversent une crise de confiance qui a ébranlé l’Eglise et sa hiérarchie, à la suite des scandales d’abus sexuels, mais a aussi fait naître l’espoir d’un renouveau de la base et d’une réforme conduite par des laïcs catholiques. Le scandale, a déclaré Garry Wills, «a provoqué une peur mortelle chez les évêques».
«L’Eglise meurt et renaît»
Dans sa conférence prononcée à New York devant une assistance majoritairement catholique, Garry Wills a rappelé que même les Eglises chrétiennes primitives – entre autres l’Eglise des apôtres – étaient affaiblies par le scandale: «L’Eglise meurt et renaît.»
A ceux qui lui suggèrent de quitter l’Eglise catholique et d’adhérer à une autre, Garry Wills répond que d’autres Eglises – épiscopale, luthérienne ou orthodoxe, pour ne citer que trois exemples – sont loin d’être parfaites. Par ailleurs, il continue de trouver l’Eglise catholique romaine digne de foi et de loyauté. L’auteur précise aussi qu’il n’est pas catholique romain à cause du pape – même si la papauté, qui commence avec l’apôtre Pierre, est l’une des raisons qui le poussent à rester catholique.
«Partout où je trouve le Christ, je m’attends à trouver Pierre à ses cotés. Il y a eu de nombreuse papautés, et parvenir à une relation raisonnée avec la papauté actuelle nous pousse à examiner attentivement l’histoire de l’institution», écrit-il dans son livre. Comme d’autres critiques libéraux de Jean Paul II, Garry Wills accuse le pape d’avoir trahi la promesse de réforme engendrée par le Concile Vatican II. Il reproche au pape et à l’un des porte-parole les plus influents du Vatican, le cardinal Joseph Ratzinger, de laisser un héritage conservateur qui, à son avis, ne leur survivra pas. «Même un pape ne peut tuer une Eglise».
«Ordres dans le vide»
«L’Eglise – au sens du cardinal Ratzinger – a décrété ceci et cela», écrit- il. Mais elle «envoie des ordres dans le vide et ne cesse de répéter des condamnations» qui échouent, comme celle d’interdire le ministère aux catholiques homosexuels. «Et pour quel résultat? Elle a démoralisé ses troupes, vidé les couvents et les presbytères. Elle glorifie le célibat tandis que des prêtres sont impliqués dans des délits de pédérastie, et que des évêques couvrent leurs actes».
Garry Wills prédit l’ordination éventuelle d’hommes mariés et de femmes à la prêtrise. La tradition du célibat des prêtres, a-t-il relevé dans son discours, répondait à une demande générale en un temps de renouveau spirituel et d’ascétisme au 4e siècle. Un appel à inverser la tradition pourrait conduire l’Eglise à la supprimer, fait-il remarquer.
Garry Wills dit par ailleurs ne pas se soucier de savoir s’il y aura un jour un pape américain. «Je ne peut pas prédire qui fera un bon ou un mauvais pape». Mais s’il pouvait choisir le successeur de Jean Paul II, ce serait quelqu’un comme Rowan Williams qui vient d’être choisi pour être le prochain archevêque de Cantorbéry, affirme-t-il. «L’esprit nous surprend», dit Garry Wills en évoquant l’éventualité d’un pape plus progressiste. «Et j’attends la surprise». (apic/eni/pr)




