Ethiopie: Bidonville «vidé» par la force à Addis-Abeba: 500 familles privées d’abri
Plus de 2’000 personnes touchées
Addis-Abeba, 25 février 2004 (Apic) Plus de 500 familles se trouvent à la rue, après la décision des autorités éthiopiennes de «vider» un camp, devenu au fil des ans un véritable bidonville, situé aux portes d’Addis- Abeba, capitale de l’Ethiopie, indique l’Agence missionnaire Misna, citant des sources locales qui ont gardé l’anonymat.
«Now the place is clean» (à présent le lieu est vide), témoigne en anglais d’une voix émue l’interlocuteur de Misna. Selon lui, les autorités avaient averti la semaine dernière que les habitants de ce camp devaient s’en aller d’ici lundi 23 février. Ce camp, fait de misérables bouts de tentes disposées de façon désordonnée les unes à côté des autres, n’est en réalité qu’un parmi de nombreux autres créés dans la proche périphérie de la capitale en 1992.
Leurs habitants sont majoritairement des ex-soldats du vieux régime du dictateur Menghistu Hailé Mariam, leurs épouses souvent d’origine érythréenne et leurs enfants. Leur vie depuis le passage au nouveau régime de Meles Zenawi est à l’enseigne de la pauvreté, pour ne pas dire la misère, mais surtout de la marginalisation. En effet, poursuit la source contactée par Misna, «ces hommes et ces femmes n’ont jamais été intégrés dans la société, n’ont pas ou rarement trouvé d’emploi, étant considérés comme de véritables parias».
A la suite de la communication officielle du gouvernement de vider camp, «ils ont même été obligés de signer un document dans lequel ils déclaraient le quitter spontanément», s’indigne notre interlocuteur. Pire encore les autorités ont donné des consignes bien précises sur la façon de «traiter» ce groupe de «laissés pour compte»: interdiction la plus totale de les aider et de leur louer des chambres ou des maisons.
Pendant trois jours – samedi, dimanche et lundi, les forces de police et les soldats se sont chargés d’accélérer le départ du camp de ces 500 familles, soit plus de 2’000 personnes. «Les forces armées sont rentrées sur les lieux, des soldats ont tiré en l’air, blessant un jeune garçon. Ils ont brûlé des tentes et rasé des zones entières à l’aide de bulldozers». L’effet désiré par les autorités éthiopiennes ne s’est pas fait attendre puisque des familles entières ont pris la fuite, ne réussissant même pas dans la précipitation à emporter avec elles leurs effets personnels fort réduits.
Selon l’interlocuteur de Misna, la moitié environ des habitants de ce camp erre encore dans la zone. Il fait froid mais heureusement il ne pleut pas, assure-t-il. Des rumeurs courent selon lesquelles un riche homme d’affaires, qui a déjà édifié un splendide hôtel dans le centre d’Addis- Abeba, aurait racheté ces terrains. (apic/misna/pr)



