Ethiopie – Erythrée : fragiles perspectives de paix

L’évêque d’Addis Abeba dénonce une «guerre oubliée»

Asmara, 1er août 1999 (APIC) «Dans les guerres modernes, il n’y a pas de vainqueurs; il n’y a que des bombardements mutuels et des actes de violence. Et chez nous, les bombes viennent de l’étranger!» Tel est le constat quelque peu dépité de l’administrateur apostolique d’Addis Abeba à propos de la guerre qui oppose toujours l’Ethiopie à l’Erythrée. Selon les estimations les plus crédibles, la guerre entre les deux pays aurait fait 60’000 morts au cours des derniers mois.

Mgr Berhane Yesus Demerew Souraphiel, 51 ans, préside la Conférence qui réunit les évêques des deux pays en conflit. L’agence missionnaire romaine Fides, a recueilli son témoignage sur cette «guerre oubliée».

L’évêque en convient: le dernier sommet l’Organisation de L’unité Africaine (OUA) laissait entrevoir une issue possible au conflit, grâce à une plate-forme en onze points qui prévoit le retrait des troupes respectives des zones occupées et la mise en oeuvre de négociations en vue d’une solution pacifique et d’un règlement du contentieux des frontières. Mais, observe l’administrateur apostolique d’Addis Abeba, l’Ethiopie et l’Erythrée, tout en se disant ouvertes aux négociations et au plan de l’ONU, n’ont fait depuis que s’accuser réciproquement et ont repris l’une et l’autre les hostilités.

Selon les estimations les plus crédibles, la guerre entre les deux pays aurait fait 60’000 morts ces derniers mois. Mgr Souraphiel, qui a été ordonné prêtre en 1978 et a passé près de deux ans en prison sous le régime marxiste de Menghistu, est sceptique sur l’issue d’une guerre, quelle qu’elle soit. «Par la guerre, on n’obtient rien de bon!», s’exclame-t-il. «Une seule réalité relie encore nos deux pays: c’est notre Conférence épiscopale. Or, nous avons la même histoire, la même culture. On dirait que tout ça ne compte plus! Notre rôle, à nous évêques, n’est pas de prendre position pour l’un ou pour l’autre; c’est de mettre en évidence ce qui fait obstacle à la réconciliation.»

Mgr Souraphiel compte sur les efforts diplomatiques d’autres pays pour ramener les gouvernements éthiopien et érythréen à la raison. Car c’est là qu’il situe le problème politique majeur, et non dans le délicat contentieux autour des frontières nationales: «Le problème des frontières n’a été qu’une excuse. Le fond du problème, ce sont des décisions prises par les deux gouvernements dans la précipitation, au lieu de rechercher résolument une solution par la voie du dialogue et de la négociation.»

Tout ce que l’Eglise peut faire, selon Mgr Souraphiel, c’est de prier pour la paix et d’inviter les opposants d’aujourd’hui à se rencontrer et à discuter. «C’est là notre seule arme!», mais, ajoute-t-il, «si les trafiquants continuent à fournir des armes et des munitions aux deux pays, les négociations pour la paix risquent d’être de plus en plus difficiles». (apic/cip/fides/mp)

1 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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