Une réponse chrétienne est nécessaire, déclare Mgr Sgreccia
Ethique et biotechnologie
Rome, 15 novembre 2000 (APIC) Faut-il avoir peur des biotechnologies? Sont-elles vraiment les monstres de la fin du millénaire? Quid du maïs ou des tomates transgéniques? «Il faut considérer les biotechnologies dans leur capacité d’amélioration, de développement et de complément de la nature», répond Mgr Elio Sgreccia, vice-président de l’Académie pontificale pour la Vie. «Ce sont des risques liés à l’égoïsme de l’homme qu’il faut surmonter et éliminer à travers l’éthique et la loi», ajoute-t-il.
Si certaines organisations de défense de l’environnement parlent d’une nourriture de Frankenstein, l’Académie Pontificale pour la Vie est plus prudente. Son vice-président, qui est directeur de l’Institut de bioéthique de l’Université Catholique du Sacré Coeur de Rome et co-auteur d’un récent livre sur la question (»Biotecnologie animali e vegetali, nuove frontiere e nuove responsabilità»), refuse de céder à la panique. «Il faut considérer les biotechnologies dans leur capacité d’amélioration, de développement et de complément de la nature, souligne-t-il dans une interview accordée à l’agence Zenit (Rome).
Selon Mgr Sgreccia, on peut par exemple faire agir des agents biologiques, construits en utilisant la biotechnologie, pour détruire les hydrocarbures en cas de marée noire ou pour transformer des biomasses et des déchets. Il faut aussi voir les biotechnologies dans leur capacité d’améliorer les produits végétaux et d’augmenter les ressources animales pour favoriser le progrès dans les pays en voie de développement.
Et quand certains disent que les multinationales veulent utiliser les ressources biotechnologiques pour garder le pouvoir qu’elles ont sur le marché et réaliser des gains supérieurs à ceux des pays sous-développés, Mgr Sgreccia réagit: «Ce sont des risques liés à l’égoïsme de l’homme, qu’il faut surmonter et éliminer à travers l’éthique et la loi. Mais il est possible et même sage de tenter d’améliorer une culture pour qu’elle s’adapte à des terrains difficiles; il est possible d’améliorer la qualité de la production fruitière et maraîchère, d’augmenter la production de viande pour pouvoir nourrir des populations entières, de supprimer les agents nocifs qui se trouvent dans la terre, à travers les biotechnologies. Notre rôle doit être de limiter les risques et les dégâts et en même temps d’augmenter les avantages».
L’Académie pontificale pour la vie n’approuve pas aveuglément toutes les utilisations des biotechnologies: «Il y a des limites bien précises à respecter. Il est vrai que l’homme peut utiliser les animaux et les végétaux pour se nourrir et pour se protéger mais il est également vrai qu’il ne peut pas le faire indifféremment. C’est pour cette raison que des limites ont été fixées pour la création de nouvelles espèces par exemple».
La technologie est au service de la vie
Autre point controversé: la conservation de la biodiversité. Les produits génétiquement modifiés ne vont-ils pas remplaceront toutes les variétés existantes ? Dans le domaine de la biodiversité, la biotechnologie est une aide, relève Mgr Sgreccia, car elle permet de conserver les semences et les gamètes des animaux pour ensuite intervenir, à travers la reproduction artificielle, lorsqu’une espèce est en danger d’extinction. La technologie qui sélectionne et renforce une espèce est également capable de conserver et de protéger des espèces.
«La technologie est un moyen et il faut savoir l’utiliser, poursuit le vice-président de l’Académie pontificale pour la vie. La technologie naît de l’exploration du corps humain et de l’univers. Tout ce que l’homme a produit en termes d’instruments mécaniques, optiques, audiovisuels comme le senseur artificiel qui nous fait voir la télévision et celui qui avec les rayons X nous fait voir l’intérieur du corps, n’est qu’une imitation et une amplification des capacités de notre corps. A travers les ordinateurs et l’électronique nous ne faisons que donner davantage de puissance à nos neurones. Si c’est cela l’origine anthropologique créatrice de la technologie, l’éthique qui en dérive est celle de faire en sorte qu’elle soit au service de la vie humaine, de tout l’homme, de sa santé, de la conservation équilibrée des forces et des entités qui sont dans le monde, de l’air à l’eau, des animaux aux végétaux. C’est à nous de contrôler ce qui se passe. Nous avons les moyens pour le faire mais il nous manque la responsabilité et peut-être l’harmonie nécessaire pour le faire». Les auteurs de la Charte de la Terre affirment que les religions traditionnelles et surtout la religion chrétienne, sont trop centrées sur l’homme, au détriment du monde naturel.
La règle bénédictine
Pour Mgr Sgreccia, la religion chrétienne donne des bases décisives pour le respect de l’environnement, non seulement en ce qui concerne les animaux et les végétaux mais aussi la création inanimée, car tout cela est conçu comme un don de Dieu mis entre les mains de l’homme avec la mission de le garder et de le gérer. «On cite souvent saint François, dit-il, mais je crois qu’il faudrait accorder une plus grande attention à la tradition bénédictine qui a préservé nos régions européennes d’un désastre écologique en enseignant et en pratiquant une agriculture qui porte encore des fruits, dans le domaine des fleuves, des bois, et des techniques agricoles. La tradition bénédictine du «ora et labora» (considérer le travail avec une attitude de prière), dans le respect du créateur, est un exemple de soin accordé à l’environnement».
«L’incarnation de Jésus, Fils de Dieu qui crée la fraternité entre les hommes en devenant lui-même homme, est un autre point fondamental du christianisme, ajoute-t-il. Nous, les catholiques, nous nous efforçons de créer des liens fraternels avec les peuples plus défavorisés, avec les pauvres, les faibles, les victimes du sous-développement. Que peut-il y avoir de plus fort pour empêcher l’exploitation de l’homme par l’homme et de la création par l’homme ?» (apic/cip/zn/pr)



