L'abbé Joël Pralong, directeur du Séminaire de Sion (Photo: Pierre PIstoletti)
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L'abbé Joël Pralong, directeur du Séminaire de Sion (Photo: Pierre PIstoletti)

"Etre prêtre, c'est aussi une histoire d'amour"

13.04.2016 par Raphaël Zbinden

Aller à contre-courant des idées reçues sur la prêtrise. Tel est le dessein du dernier livre de Joël Pralong, intitulé “Prêtre? Dialogue avec des jeunes”, récemment paru aux éditions Parole et Silence. Le directeur du séminaire de Sion, a décidé, dans un souci d’éveiller les vocations, de distribuer gratuitement son ouvrage aux jeunes.

Les chiffres toujours plus bas de candidats au sacerdoce montrent que le secteur des vocations est en crise. Un constat que ne nie pas Joël Pralong, et qu’il explique en partie par l’image réductrice dont souffre aujourd’hui la prêtrise. “L’objectif du livre est de contrer les idées reçues, les clichés et les préjugés liés au statut de prêtre”, explique le prêtre-écrivain à cath.ch. A partir de son expérience personnelle, notamment en tant que directeur du séminaire de Sion, situé à Givisiez dans le canton de Fribourg, le Valaisan a ainsi tenté de cerner les principaux obstacles qui découragent de nombreux jeunes à envisager le sacerdoce, et de leur présenter le véritable visage de la prêtrise.

Parler à une jeunesse “perdue”

Joël Pralong fait d’abord, dans son ouvrage, le constat d’une jeunesse “étouffée par ce que lui balance une société hédoniste”. Il fustige également cette “course à la comparaison” à laquelle se livrent nombre d’entre eux. Une attitude qui ne fait que masquer un profond vide existentiel et une confusion quant au sens de la vie.

Joël Pralong, Prêtre? Dialogue avec les jeunes, Parole et silence, Paris, 2016.

Joël Pralong, Prêtre? Dialogue avec les jeunes, Parole et silence, Paris, 2016.

Le prêtre valaisan remarque ainsi que beaucoup de candidats actuels au sacerdoce proviennent de cette jeunesse en manque de repères, à qui l’Evangile et son “amour puissant” parle particulièrement. Le long éloignement de ces jeunes du monde de la foi et de l’Eglise fait qu’ils n’ont pas au départ la structure spirituelle qu’avaient leurs aînés. Par contre, ils sont venus à Dieu en se posant de vraies questions, souligne Joël Pralong, relevant également qu’ils sont parfaitement à même de comprendre leur propre génération.

La prêtrise, pas un “job”

Le prêtre valaisan note ainsi que le mécanisme de la vocation a changé, que les appelés sont à présent plus fragiles, et que la formation humaine est plus importante.

Il entend surtout réaffirmer que la prêtrise, en dépit des renoncements auxquels elle appelle, est “aussi une histoire d’amour, un chemin d’épanouissement personnel”, même s’il s’agit d’aimer autrement que dans le mariage. Il rappelle en outre qu’être prêtre n’est pas un “job”, qu’il s’agit d’un “don de soi total”.

Il conseille enfin aux futurs prêtres de ne pas entrer dans une forme de “concurrence”, avec les laïcs, une tendance qui existe aujourd’hui dans le clergé. “Le seul terrain de concurrence auquel il faut prétendre est celui de la sainteté”, lance-t-il.

900 ouvrages gratuits

Joël Pralong explique qu’il a, à dessein, utilisé un langage jeune pour s’adresser de la manière la plus directe au public qu’il veut concerner. Il a ainsi récolté des fonds afin de pouvoir éditer 900 exemplaires de son livre, qu’il distribuera gratuitement aux jeunes de Suisse romande. Une distribution aura notamment lieu lors de la rencontre des JMJ du 16 avril, à Vevey.

Il invite également les plus âgés à acheter l’ouvrage ou à faire un don pour soutenir une traduction en allemand qui pourra être distribuée aux jeunes parlant cette langue.


Encadré

Quelle solution à la crise des vocations?

Le Père Jérôme Hauswirth, responsable pour les vocations dans le diocèse de Sion, se réjouit de la démarche de Joël Pralong. Mais s’il reconnaît que la culture actuelle et l’image du prêtre dans la société participent à la crise des vocations, il affirme à cath.ch qu’il ne s’agit pas du problème principal.

Pour le Père Hauswirth, la crise provient en effet du clergé lui-même, qui “ne sait pas se vendre”, qui “n’a plus conscience de la grâce particulière du sacerdoce”. Pour le prêtre valaisan, la solution passe avant tout par le développement d’une véritable et intense vie spirituelle dans les communautés.

“Il ne faut pas penser qu’un prêtre ne sert à rien”

Il explique qu’avant les changements culturels de 1968, la prêtrise revêtait un certain prestige social qui encourageait les vocations. Or, face à ce contexte aujourd’hui disparu, le clergé n’a pas réussi à trouver les moyens adéquats de son renouvellement. “Il faut un désir intérieur de la communauté qu’il y ait des prêtres”, ce qui n’est pas le cas dans nombre de paroisses, déplore-t-il. Pour le Valaisan, les prêtres eux-mêmes n’y croient souvent plus et ne cherchent pas à “engendrer” ce renouvellement. C’est par l’exemple de “prêtres heureux” et par leur rayonnement que l’on pourra revitaliser les vocations, estime Jérôme Hauswirth. “Il ne faut pas penser, comme beaucoup le font aujourd’hui, qu’un prêtre ne sert à rien”, lance-t-il. “Il s’agit de re-comprendre que Dieu se donne par le prêtre”. (cath.ch-apic/rz)


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