Concertation à Bruxelles sur l’avenir des services sociaux
Europe: Caritas et l’élargissement de l’Union Européenne
Bruxelles, 18 mai 2001 (APIC) Quand l’Union Européenne sera passée de 15 à 21 Etats membres, comme le prévoit le Traité d’Amsterdam, les systèmes de santé et les services sociaux des Slovènes, des Polonais ou des Slovaques auront considérablement évolué. En mieux ? Avec de meilleures assises ? Pour une solidarité plus forte avec les plus pauvres ? Beaucoup l’espèrent. Mais ce n’est pas joué d’avance. Ces problèmes ont fait l’objet d’une nouvelle grande concertation organisée du 14 au 17 mai à Bruxelles par Caritas-Europe.
Chypre, la Hongrie et l’Estonie font aussi partie des six prochains candidats à l’Union Européenne. Or la plupart de ces pays ont connu, pendant des décennies, une économie planifiée. L’Eglise y a fait de la résistance, allant jusqu’à offrir par ses institutions une franche alternative à des services publics peu performants.
Les systèmes de soins de santé et de protection sociale en Europe centrale et en Europe de l’Est n’ont pas tous attendu la chute du mur de Berlin pour s’écrouler. Quant aux citoyens, certains n’ont jamais juré que par les services publics, tandis que d’autres n’ont jamais misé que sur les services de santé et d’entraide sociale mis sur pied dans le cadre ecclésial.
Mais demain, comment financer les services nécessaires ? Là où ils existent, doivent-ils rester ou passer sous contrôle public ? Là où ils n’ont qu’une forme balbutiante, faut-il faire appel à l’initiative privée, et laquelle : celle du secteur commercial ou celle des associations sans but lucratif ? Toutes ces questions étaient au coeur de la seconde rencontre organisée à Bruxelles par Caritas sur l’élargissement de l’Union Européenne.
Des représentants d’une dizaine de Caritas du continent, auxquels ont été associés des partenaires d’autres Eglises, ont pu échanger leurs points de vue avec des responsables européens à Bruxelles comme avec des représentants des ministères des Affaires sociales et de la Santé publique dans les pays qui ont fait acte de candidature auprès de l’Union. Il y a eu des aperçus sur les politiques sociales, sur les systèmes de santé et sur les perspectives futures d’intégration de ces systèmes. Des spécialistes ont en outre fait le point sur les modèles de protection sociale en vigueur et sur les évolutions possibles ou souhaitables. Sur les diverses questions, une attention particulière a été portée au rôle des institutions et services d’inspiration ecclésiale.
Rôle unique pour l’Eglise
Une des grandes observations dégagées en finale de la conférence concerne le rôle unique que beaucoup ont reconnu aux services de santé ou d’accompagnement social mis sur pied dans un cadre ecclésial. Quel que soit l’état ou les ressources de ces services, il importe de préserver l’alternative qu’ils représentent et par rapport aux institutions étatiques et par rapport aux offres commerciales. «Ils ont pour vocation d’être aux côtés des personnes les plus démunies, marginalisées ou fragilisées dans la société et l’essentiel de leur travail et de leurs prestations sociales est précisément de promouvoir la dignité humaine de ces personnes», a redit en conclusion de la session Denis Vienot, président de Caritas Europe. Par conséquent, les représentants de Caritas considèrent qu’un des rôles de leurs organisations, du plan local jusqu’au plan national, est d’assurer un service de protection sociale et par là de mettre en valeur le souci des valeurs fondamentales dont les Eglises se réclament. Ils ne conçoivent pas pour autant le rôle des institutions catholiques comme exclusif. Au contraire, ils ont exprimé leur souci de poursuivre à ce sujet le dialogue entre les Eglises.
Les participants de cette nouvelle conférence ont également relevé la grande importance que revête à leurs yeux le développement d’une politique sociale au sein de l’Union Européenne. Ils ont salué à ce propos la décision d’inclure des partenaires sociaux et des représentants de la société civile dans le processus de prise de décision. Ils se disent donc prêts à participer activement à la réforme des systèmes sociaux aux niveaux nationaux et européen. Etant donné le rôle majeur que les Eglises et les organisations qui leur sont liées jouent dans l’offre de services sociaux, quelle que soit l’appartenance religieuse des bénéficiaires, il leur importe que se poursuive la participation des représentants de ces services aux programmes nationaux dans le domaine social. Les associations sans but lucratif aspirent à être reconnues comme services partenaires, avec lesquels il est possible de passer contrat.
Vive le partenariat
En attendant, la conférence a pointé un certain nombre de problèmes que l’élargissement de l’Union Européenne va engendrer pour les systèmes de santé et les services sociaux. On a notamment mis le doigt sur le risque d’un vide juridique entre la législation européenne et sa mise en oeuvre dans tel ou tel pays. Plusieurs ont également déploré le manque actuel de transparence dans les relations entre les administrations locale ou nationale et les organisations non gouvernementales actives sur le terrain social. En outre, ils trouvent peu clairs les critères établis pour choisir les organisations non gouvernementales qui seront associées par les autorités publiques comme partenaires dans l’élaboration des décisions à prendre. Caritas Europe voudrait, en tout cas, que ce soient «des représentants de la base, financièrement indépendants, au système de valeurs bien établi et dotés d’une réelle expérience dans le domaine social».
L’intégration de plusieurs pays dans une Union Européenne élargie fournit l’occasion en même temps qu’elle entraîne le devoir de bien repenser les aides structurelles. Selon Caritas Europe, le premier effort doit être «d’identifier des priorités nationales, d’améliorer les dispositifs de soutien financier ainsi que les pratiques dévaluation et de contrôle». (apic/cip/pr)



