Appel à l’objectivité: l’Europe d’aujourd’hui pas celle des années 30
Europe: Manifestations d’antisémitisme condamnées par Romano Prodi
Bruxelles, 19 février 2004 (Apic) Tout en condamnant sans ambages jeudi 19 février à Bruxelles les manifestations d’antisémitisme en Europe, qualifié de «cancer», le président de la Commission européenne Romano Prodi en a cependant appelé à l’objectivité. Demandant, à l’occasion d’un séminaire sur l’antisémitisme de garder les faits en perspectives, il a souligné que l’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle des années 30 ou 40.
Evoquant les l’existence d’attentats contre des synagogues, de profanations de cimetières juifs et d’agressions physiques contre des juifs, le président de la Commission européenne a déclaré sans détour: «Mais soyons honnêtes et gardons les faits en perspective. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle des années 30 et 40. Prétendre le contraire serait énoncer une contre-vérité».
La conférence avait failli être annulée
Notons que la conférence avait failli être annulée après les attaques sans nuances lancées contre la Commission européenne par des responsables juifs aux Etats-Unis et en Europe, l’accusant tout simplement d’antisémitisme. Les présidents des Congrès juif mondial et européen avaient finalement accepté de s’expliquer avec Romano Prodi.
A l’invitation de la Commission européenne, du Congrès juif européen et de la Conférence des rabbins européens s’est tenue jeudi à Bruxelles un séminaire intitulé «L’Europe contre l’antisémitisme et pour une Union de la diversité».
Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a rappelé à cette occasion que l’antisémitisme reste une réalité en France, d’où l’urgence non seulement de la dénonciation, non seulement de la vigilance, mais aussi du combat sans répit contre tout ce qui appelle à la haine des juifs, «quels qu’en soient les prétextes, quelle que soit la situation internationale.»
Les vestiges de l’antisémitisme historique persistent
«Nous entendons bel et bien s’exprimer les préjugés antisémites. Nous percevons clairement les vestiges de l’antisémitisme historique, qui était autrefois répandu en Europe», a déclaré Prodi en ouvrant la conférence à laquelle participent notamment le Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, l’ancien président de la Knesset, Avraham Burg ou le ministre israélien pour les questions de la Diaspora, Nathan Chtcharanski.
Dans son allocution à Bruxelles, le Primat des Gaules aurait aimé pouvoir dire «que l’antisémitisme, source de tant d’horreurs et cause d’une si grande honte, n’a enfin plus de place dans notre pays». Mais, a-t-il ajouté, «je suis, en fait, obligé de redire, comme l’a affirmé Mgr Ricard, président de la Conférence des évêques de France, que l’antisémitisme n’est pas un fantasme juif. Les informations quotidiennes nous le confirment tristement.»
Le cardinal Barbarin a souhaité ensuite que l’Union Européenne soutienne et encourage la Fondation mise sur pied par le professeur Israël Singer, «une initiative originale qui va inviter les autorités juives et catholiques à participer plus efficacement au dialogue dans une fraternité religieuse profonde». Cette initiative a été lancée en janvier dernier à New-York, où une dizaine de cardinaux et archevêques catholiques étaient invités par des les autorités rabbiniques et des intellectuels juifs du monde entier pour approfondir le dialogue judéo-catholique.
Regarder les Juifs comme des frères aînés
«Vous savez combien notre Eglise attache d’importance à ces relations fraternelles», a-t-il poursuivi en rappelant le 40e anniversaire de la déclaration du Concile Vatican II Nostra aetate, sur l’Eglise et les religions non chrétiennes. Cet anniversaire lui a donné l’occasion de rappeler quelques phrases «qui disent notre profonde conviction de regarder les juifs comme des frères aînés».
Et de citer ce passage de Nostra aetate: «L’Eglise du Christ reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, dans les patriarches, Moïse et les prophètes.L’Eglise ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance.Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel». Le cardinal Barbarin a alors souligné que ces mots disent assez que «l’antisémitisme est aussi, pour une part, un antichristianisme.»
L’antisémitisme ne peut trouver aucun fondement religieux dans le christianisme
Ces dernières années, le pape Jean Paul II a posé suffisamment d’actes clairs et sans ambiguïté concernant l’antisémitisme, a insisté le Primat des Gaules. Il a rappelé que l’antisémitisme est «un crime contre Dieu et contre l’humanité». «Non seulement l’antisémitisme ne peut trouver aucun fondement religieux dans le christianisme, a-t-il encore relevé, mais surtout les chrétiens découvrent avec joie, dans l’approfondissement de leur foi, que leur relation avec les juifs est fraternelle et s’enracine dans la prière, l’écoute et l’étude de la Parole de Dieu.» (apic/com/rcf/be)



