Haro sur les mesures prises contre les sectes
Europe occidentale: La Fédération d’Helsinki dénonce les violations de la liberté religieuse
Vienne, 11 avril (APIC) La Fédération internationale d’Helsinki dénonce dans un rapport «les nombreuses violations de la liberté religieuse dans des pays membres de l’Union européenne». La Fédération, dont le siège est à Vienne, critique en particulier la tendance de plusieurs gouvernements d’Europe occidentale à imposer des restrictions légales sur les activités des nouveaux mouvements religieux, souvent qualifiés de «sectes».
Il ressort de plus en plus clairement que des pays de l’Union européenne et d’Europe occidentale tendent à «adopter de nouvelles mesures légales visant à ’protéger’ les individus contre de ’nouvelles religions’», souligne la Fédération dans un rapport publié récemment.
«Alors que les gouvernements occidentaux et les groupes de défense des droits s’efforcent d’intensifier les restrictions [imposées aux organisations religieuses] en Europe orientale, ils n’accordent pratiquement aucune attention à une situation similaire en Europe occidentale», déplore la Fédération internationale d’Heslinki.
Dans le rapport, commandé par l’Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) – dont les 54 membres comprennent aussi bien des pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) que des nations d’Europe orientale, d’anciennes Républiques soviétiques et des pays non alignés – la Fédération internationale d’Helsinki rappelle qu’en 1994 des pays membres de l’OSCE ont réaffirmé leur engagement à «garantir la liberté de conscience et de religion, et à encourager un climat de tolérance et de respect réciproques entre les croyants et les non-croyants».
Accroissement de l’intolérance religieuse et des lois restrictives
Cependant, ajoute le rapport, de nombreux pays ont depuis lors adopté des lois internes restrictives ou pris des mesures visant à freiner les activités de nouveaux groupes religieux. «Un nombre important de gouvernements de l’OSCE ont clairement violé cette déclaration ou contribué à accroître l’intolérance religieuse», souligne le rapport.
«De nombreux Etats – à l’Est ou à l’Ouest – ont adopté des lois internes restrictives sur les associations religieuses (par exemple, l’Autriche, le Kirghizstan, la Lettonie, la Macédoine, la Russie, l’Ouzbékistan) ou pris d’autres mesures pour freiner la multiplication de ’nouvelles religions’ qu’ils estiment dangereuses (par exemple, la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Espagne). L’antisémitisme reste un problème, le dernier exemple étant les déclarations antisémites faites par des politiciens russes et l’impuissance de la Douma à les dénoncer clairement.
D’autre part, l’objectif de ces lois restrictives semble souvent renforcer la position des communautés religieuses majoritaires, considérées comme faisant partie de l’identité nationale (par exemple en Russie). D’autre part, de telles lois proviennent aussi de milieux pro-communistes athées, qui veulent encore s’attaquer à la religion en tant que telle. En Asie centrale (Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan), le principale cible a été le fondamentalisme islamique (ou wahhabisme) mais sous ce prétexte les autorités ont pris des mesures qui restreignent les droits de la plupart des religions minoritaires.
«En Europe occidentale, des centaines de religions minoritaires impopulaires sont considérées comme dangereuses et nuisibles. Les Témoins de Jéhovah sont le groupe ayant probablement le plus souffert dans les régions de l’OSCE. La plupart des lois restrictives comprennent divers degrés de reconnaissance par l’Etat; elles accordent des privilèges aux communautés religieuses majoritaires, et se montrent discriminatoires à l’égard des communautés minoritaires.»
Le rapport est le dernier d’une série de documents publiés par la Fédération d’Helsinki, financée par l’Union européenne, et dont les 34 comités nationaux veillent au respect des engagements pris selon l’Acte final d’Helsinki de 1975. Dans son rapport annuel, la Fédération ajoute qu’elle possède des informations sur des violations des droits religieux dans 19 des 41 pays européens examinés.
Crainte exagérée des nouveaux mouvements religieux
Willy Fautré, spécialiste belge dans le domaine des droits religieux, a collaboré à la rédaction du dernier rapport. Il estime que les problèmes ont été exacerbés en Europe occidentale par une crainte exagérée de nouveaux mouvements religieux mal définis, dont seul un «nombre très limité» présente des risques pour la société.
«Les problèmes de discrimination entre diverses catégories de religion ont toujours existé dans les pays membres de l’Union européenne, même si l’importance de ceux-ci a été minimisée lorsque l’attention était fixée sur l’Est», a-t-il déclaré à l’agence de presse œcuménique ENI à Genève. «Pourtant de nouveaux problèmes sont aussi apparus récemment, concernant le financement des Eglises par l’Etat et la progression de l’intolérance déclenchée par des enquêtes parlementaires».
Le rapport de la Fédération a été présenté lors d’une réunion de l’OSCE chargée d’examiner les restrictions concernant la religion et le rôle du dialogue religieux dans le règlement des conflits. (apic/eni/be)



