Le débat sur les vies sans valeur traverse les frontières
Euthanasie: La légalisation votée aux Pays-Bas risque bien de faire école
Fribourg, 17 avril 2001 (APIC) Si depuis le mardi 10 avril 2001 la Hollande est le premier pays au monde où l’euthanasie active est légale, d’autres pays risquent bien de s’engager dans une voie semblable. La Belgique y pense, les Français ne sont pas contre. Les Suisses autorisent déjà l’aide suicide mais les derniers gestes mortels, – tenir le verre de phénorbital, boire la solution fatale – doivent être accomplis par le candidat au suicide seul.: Le débat «sur les vies sans valeur» déborde largement les frontières européennes.
Le Sénat belge envisage de soumettre au vote une proposition allant dans le sens de la légalisation hollandaise, en mai prochain. En France, l’euthanasie est encore illégale. Le code pénal établit cependant une distinction entre l’euthanasie dite «active», qui procure activement la mort, assimilée à un homicide, et l’euthanasie dite «passive», qui consiste à ne pas assister un malade par les thérapies requises pour le maintenir en vie. La France a doublé ses structures de soins palliatifs depuis trois ans et a clairement opté pour la lutte contre la douleur.
Mais un récent sondage a révélé que neuf français sur dix se disent favorables à l’euthanasie si des personnes atteintes de maladies insupportables et incurables le demandent. Cinq sur dix cependant estiment que l’autorisation doit se limiter uniquement à certains cas. A l’inverse, 10% des personnes interrogées sont opposées à cette évolution. Le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, s’est déclaré ouvert à un débat sur l’assistance à la fin de la vie. «Nous avons beaucoup travaillé ce sujet il y a deux ou trois ans. Il ne s’agissait pas seulement d’euthanasie, mais de l’assistance à la fin de la vie. Il faut continuer.»
Les organisations d’aide au suicide admises dans les homes de Zurich
Le débat sur l’euthanasie a rebondi en Suisse au début de l’année, lorsque la ville de Zurich a ouvert ses maisons de retraite aux organisations d’aide au suicide. L’éthicien catholique Christian Kissling, de la Commission épiscopale Justice et Paix, estime que la Confédération helvétique devrait plutôt rattraper son retard dans le domaine des soins palliatifs et de la lutte contre la douleur plutôt que de préconiser le suicide comme une «sortie digne» de l’existence.
Les pratiques liées à l’euthanasie sont fixées dans l’article 115 du code pénal: le tiers qui fournit à la personne désirant mettre fin à ses jours la substance mortelle, pour autant qu’il n’obéisse pas à des mobiles égoïstes, n’est pas punissable. L’euthanasie passive, lorsque l’on renonce à des mesures de survie, ne l’est en principe pas non plus. Dans la pratique, l’atténuation des douleurs insupportables prime sur le moment de la fin de la vie.
Testament médical au Danemark
Au Danemark, depuis 1992, les citoyens peuvent faire un «testament médical» que les médecins doivent respecter. Un malade incurable a le droit de demander et d’obtenir l’arrêt du traitement médical. En Suède, «l’assistance au suicide» est un délit, mais n’est pas punissable. Dans des cas extrêmes, le médecin peut arrêter les appareils qui aident le malade à respirer. En Allemagne, en 1998, la cour d’appel de Francfort a établi que l’euthanasie n’est en principe autorisée que si elle correspond à la volonté du patient et qu’elle a été approuvée par le tribunal des tuteurs. De son côté, la Commission parlementaire «Droit et éthique de la médecine moderne» a catégoriquement rejeté une telle législation : «Le projet d’euthanasie néerlandais est abject,» a dit son vice-président.
Débat ouvert sur les «vies sans valeur»
Mais il a mis en garde l’Europe: «Il ne doit pas faire école en Europe, a déclaré Hubert Hüppe. Personne ne doit penser que le débat sur les vies sans valeur s’arrête à la frontière des Pays-Bas. En Russie, le ministre de la Santé, Iouri Chetchenko, a qualifié l’euthanasie de grand péché, propice aux abus et il a exclu qu’un projet de loi en ce sens soit présenté au Parlement russe. Aux Etats-Unis, en juin 1997, la cour fédérale a tranché: les malades en phase terminale n’ont pas constitutionnellement droit au «suicide assisté». Mais cette même cour a renvoyé aux Etats l’éventuelle approbation de lois sanctionnant cette possibilité. L’Oregon l’a autorisé immédiatement ajoutant cependant que les médicaments mortels peuvent être prescrits mais pas administrés.
En Chine, en 1998, le gouvernement autorise les hôpitaux à pratiquer l’euthanasie pour les malades en phase terminale lorsque la maladie est incurable. En Australie, en juin 1996, le parlement des Territoires du Nord avait voté une loi qui, pour la première fois au monde, légalisait l’euthanasie. Mais cette loi a été ensuite abrogée au niveau fédéral en mars 1997. Quatre personnes y avaient déjà recouru. (apic/zn/mjp)



