Evangéliser autour d’un sandwich
Brésil: 30 ans de la communauté charismatique catholique «Shalom»
Salvador de Bahia, 10 mai 2012 (Apic) Créée en 1982 à Fortaleza, au nord-est du Brésil, la communauté catholique»Shalom» incarne le renouveau charismatique destiné, entre autre, à freiner l’avancée des églises évangéliques. S’adressant en priorité à la jeunesse, cette «communauté nouvelle» compte des fidèles dans une quinzaine de pays, dont la Suisse, à Lugano. Elle a été reconnue «Association privée Internationale de Fidèles» par le Vatican en 2007. Du 9 au 16 mai 2012, plusieurs milliers de ses membres sont réunis à Rome pour fêter le 30ème anniversaire de la communauté. Reportage à la mission de Salvador de Bahia, au Brésil.
Chaque dimanche, c’est le même rituel. Alors que la messe ne débute qu’à 18h30, Joelma, 22 ans, arrive déjà vers 16 heures dans les locaux de la communauté catholique «Shalom» de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil. Une fois franchi le portail de l’immense bâtisse d’un blanc immaculé, elle se dirige sur la gauche et pénètre dans le snack-bar. C’est là qu’elle y retrouve Lucio, Maria et Ivani, ses amis qui l’accueillent par un joyeux «Bonjour Joelma et que Dieu te bénisse!» Quelques secondes plus tard, une jeune fille vient prendre la commande. «Bonjour Jessica, lance Joelma. Que le Seigneur te bénisse! Je vais prendre comme d’habitude: un hamburger ’Agapè’ et un soda.» Se tournant vers ses amis, Joelma sourit: «Non seulement ce hamburger est bon, mais en plus son nom me remplit de joie. Car c’est le mot utilisé par les chrétiens pour parler de l’amour de Dieu, tel qu’il est décrit dans la Bible, envers les hommes.» Une Bible que les jeunes gens, une fois le repas terminé, ouvriront pour en étudier ensemble un passage.
Evangéliser dans un snack-bar
Cette scène n’a rien d’insolite. Elle constitue même le symbole de la naissance de la communauté catholique «Shalom» au Brésil, que l’Eglise nomme «Communauté Nouvelle», issue du mouvement du renouveau charismatique. Désigné par le cardinal Aloísio Leo Arlindo Lorscheider, l’archevêque de Fortaleza de l’époque, pour représenter la jeunesse catholique de la ville et remettre à Jean Paul II un cadeau de bienvenue lors de sa visite au Brésil en juin 1980, Moysés Azevedo, le fondateur, se souvient avoir été marqué par le regard du Saint-Père. «Je suis ressorti de cet instant de grâce avec la conviction que je devais faire quelque chose pour évangéliser les jeunes.» Une mission pas si simple, notamment lorsqu’il faut convaincre ces derniers de se rendre à l’église. C’est à ce moment-là qu’est venue l’idée de créer un snack-bar, «parce qu’il est plus aisé d’évangéliser les jeunes autour d’un sandwich que de les inviter à se rendre à la messe!»
Pari tenu. Car en trente ans, la communauté «Shalom» a attiré de très nombreux fidèles en son sein. En 2007, elle a même obtenu du pape Benoit XVI le statut d’»association privée internationale de fidèles». Manière pour le pape de valoriser le travail missionnaire accompli par les 23’000 membres de la communauté, qu’ils soient «consacrés» ou «actifs» à travers le pays. Une mission qui consiste à «servir et promouvoir l’Eglise par une consécration de vie, comme le souligne Aline Barbosa, responsable de la communauté «Shalom» de Salvador de Bahia. Nous souhaitons accueillir, vivre et annoncer au monde la Paix qui est Jésus. Pour cela, nous créons et animons des groupes de prières charismatiques. Nous nous appuyons également sur des grands évènements comme des festivals musicaux, ou à travers les médias, comme la radio.» Une tâche immense qui demande une organisation structurée.
Une communauté très structurée
La communauté «Shalom» distingue trois types de membres. Ceux de la «Communauté de Vie», 800 environ à travers le pays, qui offrent leur vie au Seigneur. Certains d’entre eux, les membres «consacrés» font même voeu de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Ils vivent dans des maisons communautaires au rythme des prières, des célébrations eucharistiques et des obligations liées à la bonne marche de la mission. Les membres de la «Communauté d’Alliance», au nombre de 5’000, suivent les mêmes principes, mais vivent et travaillent généralement en dehors de la communauté. Enfin, les membres de «l’Oeuvre Shalom» participent aux groupes de prières et s’investissent dans les projets d’évangélisation. Les responsables de «Shalom» en recensent plus de 17’000 et les sollicitent pour l’organisation de grands évènements.
Ce sont d’ailleurs ces grands évènements qui ont largement contribué à faire connaître «Shalom». Festivals musicaux et méga-concerts capables d’attirer des dizaines de milliers de spectateurs, y compris durant le carnaval… Pendant les concerts, des volontaires de Shalom évangélisent des jeunes spectateurs, séduits par la découverte d’un catholicisme dynamique et rafraîchissant. «Nous parvenons à attirer de nouveaux fidèles, assure Aline Barbosa. Mais nous avons également observé que de nombreuses personnes qui avaient rejoint les Evangélistes sont revenues parmi nous.» Un argument qui porte dans un pays qui compte le plus de catholiques au monde, mais où les églises protestantes représentent toujours une menace.
Encadré
Au Brésil, le mouvement du renouveau charismatique est apparu pour la 1ère fois au début des années 1970, à Campinas, dans l’état de Sao Paulo. Les innombrables groupes de prières qui se sont multipliés à travers le pays durant cette décennie ont pour origine les «expériences de prières du Saint Esprit», menées par le Père Haroldo Rahm.
Mais c’est en 1990 qu’a eu lieu le véritable essor du renouveau charismatique, avec l’apparition de Pères chanteurs, comme par exemple les Pères Marcelo Rossi, Zéca et Zézinho. Autre facteur de renforcement, le développement des moyens de communication écrite, radio et télévisuelle, comme par exemple le canal de TV Cançao Nova, du nom du plus important groupe de renouveau charismatique du Brésil.
Une étude menée en 1994 a permis de recenser à l’époque 3,8 millions de catholiques charismatiques, dont 70% de femmes. Une autre étude, menée en 2005 cette fois, a recensé près de 20’000 groupes de prières à travers le pays. Des chiffres qui ont triplé en 7 ans! Aujourd’hui, d’après de site officiel du renouveau charismatique au Brésil (RCC), il existe près de 60’000 groupes de prières, auxquels participent plus de 8 millions de fidèles un peu partout dans le pays. (apic/jcg/ggc)



