Philippines: Marche indigène contre la construction d’un barrage
Evêques et religieux aux côtés des contestataires attendus à Manille
Manille, 11 novembre 2009 (Apic) En marche depuis le 5 novembre dernier, près de 200 personnes, dont une centaine d’indigènes, accompagnés d’évêques, de prêtres et de militants des droits de l’homme, approchent de leur objectif : le palais présidentiel de Manille.
Partis de General Naka, à 150 kilomètres de la capitale, les indigènes de la communauté Dumagat, Remontado et Agta, aspirent à convaincre la présidente Gloria Macapagal Arroyo de suspendre à Laiban la construction d’un barrage qui engloutira leurs terres ancestrales et de nombreux villages, indique Misna.
L’ouvrage, haut de 113 mètres, devrait renfermer les flots des cours d’eau Kaliwa et Kanan, détruisant près de 28’000 hectares de terres cultivables, dont une réserve naturelle de mangroves, dans le Nord-est de l’île de Luzon, et entraînant par ailleurs de graves conséquences sur l’environnement et les ressources hydriques jusque dans les villes de General Naka, Infanta et Real.
Les représentants des diocèses de Manille ont remis lundi une pétition contre la construction du barrage aux envoyés de l’instance publique (Manila waterworks and sewage system – Mwss) qui gère le partenariat avec les particuliers dans le cadre du projet. «Le diocèse de Manille s’oppose lui aussi au projet, contrairement à ce que soutient le Mwss sur le fait que le projet aspire au bien des habitants», a déclaré le chef de la tribu Agta, Nap Buendicho, porte-parole de la marche.
Le groupe devrait atteindre le palais présidentiel entre mercredi et jeudi. Dès les prémices du projet en 2007, l’évêque d’Infanta et d’autres religieux avaient condamné la construction du barrage – dont l’objectif consiste à augmenter le débit d’eau en direction de la capitale –, qui porte atteinte à au moins trois lois sur l’environnement et aux droits des indigènes.
La construction a été confiée à la compagnie San Miguel Corporation, qui appartient à un dirigeant rallié à la présidente, et prévoit la répartition de la fourniture de l’eau entre deux entreprises privées : Mayniland et Manila Water.
Selon les détracteurs du projet, pour augmenter le débit, il suffirait de réparer et d’entretenir les conduits d’eau gérés par les deux entreprises, qui ont publiquement reconnu la perte respective de 69% et 20% d’eau dans des fuites et des brèches. De plus, deux barrages plus petits situés dans une autre région de l’île de Luzon, presque inhabitée, pourraient remplir la même fonction.
La Conférence épiscopale des Philippines s’est à nouveau prononcée contre la construction du barrage dans un message adressé à la présidente à l’occasion de la Journée de la sauvegarde de la Création. Dans leur lettre, les évêques jugent en outre illégales les fumigations aériennes de pesticides sur les plantations de bananes à Mindanao (Sud du pays), qui causent de graves répercussions sur l’environnement et la santé des populations indigènes riveraines. (apic/misna/pr)



