Evêques lefebvristes: Le porte-parole du Vatican fait part de la «souffrance» du pape
Une lettre au ton inhabituel
Rome, 12 mars 2009 Le père Federico Lombardi a évoqué «la souffrance» et «la noblesse» de Benoît XVI dans la crise intégriste, le 12 mars, après la publication de la lettre envoyée par le pape aux évêques catholiques pour justifier la levée de l’excommunication, le 24 janvier dernier, des 4 évêques lefebvristes.
Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, qui a aussi jugé que l’affaire Williamson était «close», a souligné que les questions en suspens avec les intégristes étaient «doctrinales».
La lettre de Benoît XVI aux évêques du monde entier «est un document vraiment inhabituel, qui mérite toute notre attention», a d’abord souligné le père jésuite dans un commentaire écrit remis à la presse. En effet, «jamais, au cours de son pontificat, Benoît XVI ne s’était exprimé d’une manière aussi personnelle et intense sur un thème controversé que dans le cas présent». «Il n’y a pas de doute que la lettre a été écrite par lui, du début jusqu’à la fin», a également précisé le porte-parole du Vatican.
Devant la presse, il a par ailleurs considéré, au vu de la lettre du pape, que l’affaire Williamson était «close», expliquant que les questions en suspens avec la Fraternité Saint-Pie X, étaient «essentiellement doctrinales».
Le pape a vécu l’affaire Williamson «avec une implication et une souffrance évidentes», a aussi confié le père Lombardi dans son commentaire écrit, soulignant la «lucidité» et l’»humilité habituelles» avec lesquelles Benoît XVI «reconnaît les limites et les erreurs qui ont eu une influence négative» dans cette histoire. «Avec une grande noblesse», le pape ne rejette pas la responsabilité sur les autres, «se montrant solidaire de ses collaborateurs», a encore ajouté le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège.
Evoquant plus particulièrement le passage où le pape s’interroge sur la nécessité de son geste, le père Lombardi a expliqué qu’avec «une écriture qui prend un ton de plus en plus intense (…) Benoît XVI se sent profondément interpellé dans sa responsabilité de pasteur de l’Eglise universelle».
Lorsque le pape s’explique sur la nécessaire réconciliation avec le «frère qui a quelque chose contre toi», a poursuivi le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège dans son commentaire, «ses questions se font plus pressantes, animées par une très vive préoccupation pour l’unité». Enfin, le père jésuite a souligné «le réalisme spirituel» de Benoît XVI, «qui atteint son sommet dans l’évocation des mots de saint Paul aux Galates où il les exhorte à ’ne pas se mordre et se dévorer les uns les autres’».
Benoît XVI a publié, le 12 mars 2009, une lettre aux évêques du monde entier pour justifier la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes, dont l’évêque négationniste Mgr Richard Williamson, le 24 janvier 2009. Ce geste, qui avait suscité la polémique dans la communauté juive et au sein même de l’Eglise catholique, avait mis à jour de nombreux dysfonctionnements dans la communication de la curie romaine. Apic
Encadré
Evêques lefebvristes : chronologie d’une crise
– 21 janvier 2009 : A la demande du pape, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, signe un décret levant la peine d’excommunication pesant, depuis le 1er juillet 1988, au lendemain de leur ordination sans mandat pontifical, sur les 4 évêques de la Fraternité Saint-Pie X : le Suisse Bernard Fellay, le Français Bernard Tissier de Mallerais, l’Anglais Richard Williamson et l’Espagnol Alfonso de Galarreta.
– 21 janvier : La télévision suédoise diffuse une interview de Mgr Richard Williamson, enregistrée plusieurs mois plus tôt, dans laquelle le prélat britannique affirme que «200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz».
– 24 janvier : Le décret levant l’excommunication des 4 évêques intégristes est rendu public par le Bureau de presse du Saint-Siège. «Une bonne nouvelle», selon son directeur, le père Federico Lombardi. Un «geste de «paix» et de «miséricorde», selon L’Osservatore Romano, qui dénonce également «les opinions négationnistes inacceptables» exprimées par Mgr Williamson.
– 27 janvier : Le cardinal Christoph Schönborn, président de la Conférence épiscopale autrichienne, affirme qu’»il est honteux et effrayant qu’il y ait encore des voix qui nient ouvertement la Shoah et contestent le droit à l’existence au peuple juif». A l’occasion de la Journée de la mémoire de l’Holocauste, Radio Vatican rappelle que Benoît XVI avait condamné la Shoah «par des mots durs».
– 27 janvier : Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, demande «pardon» au pape et «à tous les hommes de bonne volonté» pour «les conséquences dramatiques» de la négation de l’existence des chambres à gaz par Mgr Williamson.
– 28 janvier : Première intervention publique de Benoît XVI, lors de l’audience générale du mercredi, qui condamne avec force la Shoah et dénonce le négationnisme. Le pape réaffirme sa «solidarité pleine et indiscutable avec (ses) frères» juifs. Benoît XVI assure par ailleurs que les évêques lefebvristes doivent reconnaître le «magistère» et «l’autorité du pape et du Concile Vatican II». Peu avant, le Grand rabbinat d’Israël a fait part de sa volonté de rompre ses relations avec le Vatican pour une durée indéterminée suite à la levée de l’excommunication de Mgr Williamson.
– 29 janvier : Première, et jusqu’à présent unique, intervention du cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei. «Nous avons toujours parlé avec Mgr Fellay, le supérieur, (…), jusqu’à la fin de ce dialogue, nous n’avons absolument rien su concernant Williamson, nous n’en avons jamais parlé et je pense que personne n’était au courant», affirme le haut prélat dans la presse italienne.
– 30 janvier : Dans une lettre parvenue au cardinal Castrillon Hoyos, Mgr Williamson présente ses excuses à Benoît XVI pour «les problèmes» entraînés par ses propos négationnistes. Cependant, s’il estime que ses «remarques» à la télévision ont été «imprudentes», le prélat britannique ne revient pas sur sa négation de l’existence des chambres à gaz.
– 2 février : Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, reconnaît «ouvertement» qu’il y a eu des erreurs de communication au Vatican dans l’annonce de la levée de l’excommunication. Sur Radio Vatican, le haut prélat évoque des «erreurs de gestion» au sein de la curie.
– 3 février : Le père Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, estime que la condamnation par Benoît XVI des déclarations négationnistes de Mgr Williamson ne pouvait pas être «plus claire» et est «sans équivoque». Pour le cardinal Bertone, l’affaire est «close». De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a jugé à Berlin (Allemagne) que la «clarification du Vatican» était «insuffisante».
– 4 février : Dans une note officielle, la secrétairerie d’Etat du Saint-Siège demande à Mgr Williamson de retirer publiquement ses propos négationnistes «absolument inacceptables», sous peine de ne pas être admis comme «évêque de l’Eglise catholique». Cette nouvelle clarification vaticane précise en outre que Benoît XVI ignorait l’existence de ces déclarations avant de lever l’excommunication des 4 évêques de la Fraternité Saint-Pie X, et que ces derniers doivent accepter «la pleine reconnaissance du Concile Vatican II» pour que leur fraternité soit reconnue canoniquement.
– 6 février : Dans une interview au quotidien catholique français La Croix, le père Federico Lombardi reconnaît les «insuffisances» en matière de communication vaticane. Le porte-parole du Vatican confie aussi que ceux qui ont géré cette affaire au Vatican n’avaient pas conscience de la gravité des propos de Mgr Williamson.
– 8 février : Mgr Williamson affirme dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qu’il ne retirera ses propos sur la Shoah «que s’(il trouve) des preuves», ajoutant cependant «qu’il faudrait du temps». Le même jour, le Bureau de presse du Saint-Siège indique que Benoît XVI et Angela Merkel ont évoqué par téléphone leurs déclarations respectives concernant la Shoah.
– 9 février : Les représentants du Congrès juif mondial (World Jewish Congress) et du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), reçus au Vatican par le cardinal Kasper, président de la Commission pour les relations avec le judaïsme, jugent que l’affaire Williamson sera «bientôt terminée». Ils demandent cependant des mesures si Mgr Williamson ne rétracte pas ses propos négationnistes.
– 12 février : Benoît XVI rejette encore l’antisémitisme et annonce à ses ’amis juifs’ son intention d’aller en Israël, en recevant en audience au Vatican les présidents des plus grandes organisations juives américaines.
– 16 février : Mgr Fellay affirme dans le quotidien suisse Le Nouvelliste que les discussions entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X «pourraient bien être longues». Le prélat estime «difficile» de parvenir à un «consensus doctrinal» avec Benoît XVI qui, s’il est proche des intégristes sur la liturgie, «tient très profondément aux nouveautés de Vatican II».
– 26 février : Mgr Williamson demande «pardon» pour avoir nié l’existence des chambres à gaz, dans une déclaration publiée par l’agence catholique d’information Zenit au lendemain de son arrivée au Royaume-Uni. «Je regrette d’avoir fait ces déclarations, affirme le haut prélat, si j’avais su par avance les dommages et la douleur qu’elles auraient provoqués, en particulier à l’Eglise, mais aussi aux survivants et aux familles des victimes qui ont subi des injustices sous le 3e Reich, je ne les aurais pas prononcées».
– 27 février : Le Bureau de presse du Saint-Siège estime que la demande de pardon de Mgr Williamson pour ses propos sur la Shoah, publiée la veille, «ne respecte pas les conditions établies par la Note de la secrétairerie d’Etat du 4 février 2009».
– 3 mars : Dans une interview accordée à Zenit, le père Lombardi demande aux journalistes de «regarder les choses avec un peu de distance et d’objectivité», en particulier dans les périodes de «problèmes», comme celle qui a suivi la levée de l’excommunication. Le père jésuite reconnaît en outre que «cela n’a vraiment pas été chose facile que de mettre les choses au clair» et que «cela n’a vraiment pas été une période calme, en particulier pour le Bureau de presse du Saint-Siège».
– 8 mars : Au cours de la prière de l’Angélus dominical, Benoît XVI annonce lui-même, de façon assez inhabituelle, qu’il se rendra en «pèlerinage en Terre sainte» du 8 au 15 mai. Au cours de ce voyage, il doit, entre autres, se rendre au mémorial de la Shoah à Jérusalem, le Yad Vashem.
– 12 mars : Dans une lettre adressée aux évêques du monde entier, Benoît XVI répond au «flot de protestations» et au «grand tapage» qui ont suivi son choix de lever l’excommunication, 50 jours plus tôt, des 4 évêques intégristes de la Fraternité Saint-Pie X.
(apic/imedia/cp/pr)



