Bolivie: Mgr Tito Solari dénonce la participation d’enfants au narcotrafic
Evo Morales s’en prend une nouvelle fois à l’Eglise
La Paz/Cochabamba, 7 décembre 2010 (Apic) Le gouvernement d’Evo Morales s’en est pris une nouvelle fois cette semaine à l’Eglise catholique en Bolivie, accusée de faire le jeu du Département d’Etat américain, hostile au régime socialiste au pouvoir à La Paz. La raison du courroux du président Morales est une récente déclaration de Mgr Tito Solari, archevêque de Cochabamba, mettant en garde contre l’implication d’enfants dans le narcotrafic qui se développe dans «l’Etat plurinational de Bolivie».
De retour de voyage dans diverses zones de la province de Chaparé, dans le département de Cochabamba, le prélat salésien d’origine italienne (*) a alerté l’opinion publique sur le fait que des adolescents sont impliqués dans le trafic de cocaïne. Mgr Tito Solari s’est décidé à intervenir après avoir reçu des plaintes de parents, d’enseignants et de prêtres actifs dans le Chaparé, également appelé Tropique de Cochabamba, une zone humide dans le centre du pays où la traditionnelle feuille de coca est majoritairement destinée à la production de cocaïne.
Le Chaparé, un grand producteur de cocaïne
Il avait déclaré que la nuit, dans le Chaparé, on entendait le vol d’avions, dont on se demande s’ils appartiennent au gouvernement, aux forces de contrôle antidrogue ou s’ils sont «d’une autre nature». Ces déclarations ont été vivement attaquées par les partisans d’Evo Morales, qui ont menacé le prélat de l’expulser du pays s’il ne se rétractait pas publiquement et ne fournissait pas des preuves de ce qu’il avançait.
«J’ai dernièrement exprimé la préoccupation de pères et d’éducateurs du Tropique du fait que plusieurs enfants mineurs sont victimes du trafic de drogue. Je regrette que cette déclaration ait offensé certaines personnes. Mais il nous faut maintenant aller au-delà de nos sentiments et regarder dans les yeux des nombreux jeunes qui dans notre société se trouvent dans une situation vulnérable et nous demander: que pouvons-nous faire pour eux? Comment pouvons-nous changer leur avenir ?».
L’archevêque de Cochabamba, au centre du pays, s’est décidé à adresser une missive à ses fidèles après «un long moment de silence obligé». La lettre est destinée aux centaines de fidèles qui ont organisé lundi soir 6 décembre des veillées de prière dans plusieurs églises de la ville. Ces fidèles se sont rassemblés pour montrer leur solidarité avec Mgr Solari. Ils se sont déclarés indignés par les attaques des producteurs de feuilles de coca du Chaparé qui ne décolèrent pas depuis des déclarations faites par Mgr Solari le 18 novembre dernier.
L’archevêque ne voulait pas attaquer le gouvernement
Ce jour-là, de retour d’une visite au Chaparé, l’évêque de Cochabamba avait exprimé publiquement les préoccupations de parents, d’éducateurs et de religieux concernant l’implication d’adolescents dans le trafic de drogue. Des propos que le gouvernement – le président Evo Morales étant le chef des six fédérations de producteurs de coca du Tropique de Cochabamba – et les producteurs de coca avaient considérés diffamatoires et calomnieux. «Nous réitérons notre engagement au service du Seigneur auprès des faibles et des indigents. Faisons-le avec la vérité et la charité», conclut la missive de Mgr Solari.
Le prélat avait déclaré ne pas avoir l’intention, par ses propos, d’attaquer le gouvernement bolivien, mais bien de sensibiliser la société pour éviter que la jeunesse ne soit exposée à un dommage terrible. Mais ses propos à peine diffusés, les autorités boliviennes, à commencer par le Ministre du gouvernement Sacha Llorenti, ont exigé que Mgr Solari apporte des preuves étayant ses accusations, sous peine de poursuites pénales. Sacha Llorenti avait cependant admis que selon des informations de la Force spéciale de lutte contre le narcotrafic (FELCN), il y avait bel et bien un certain nombre d’enfants qui s’adonnaient au trafic de drogue. Le président Evo Morales a pour sa part accusé l’archevêque de Cochabamba de «faire de la politique» pour le compte du Département d’Etat américain, et de dévier l’attention de thèmes critiques, comme les attaques visant son collègue vénézuélien Hugo Chavez.
Fin novembre, le président Evo Morales s’était désolidarisé de l’»ultimatum» lancé à Mgr Tito Solari par une organisation de cultivateurs de coca. Il avait demandé à la police d’arrêter sur le champ, si c’était le cas, des enfants surpris en flagrant délit de trafic de stupéfiants dans le Chaparé. Il avait dit ne pas soutenir «mes compagnons cocaleros» qui avaient donné un délai de 48 heures à l’évêque pour présenter ses excuses «ou demander pardon» pour ses déclarations. Les cocaleros du Chaparé avaient demandé l’expulsion de Bolivie du prélat d’origine italienne.
(*) Né le 2 de septembre 1939 à Pesaris di Prato Carnico/Udine, Mgr Tito Solari travaille en Bolivie depuis 1974. (apic/com/be)



