JMJ: Bien au-delà de l’émotion et du sentimentalisme
Exergue
Ce qui a été semé à Rome ne demande qu’à germer
Jacques Berset, APIC
Fribourg, 25 août 2000 (APIC) Ma femme a dû me trouver bien excité, lundi matin, à la patinoire Saint-Léonard. Difficile, en effet, d’atterrir à Fribourg, après la nuit passée en chien de fusil dans le car qui ramenait les jeunes pèlerins des JMJ de Rome. Après huit – courtes! – nuits à même le sol, courbatures, cloques aux pieds et jambes enflées par les marches sous un soleil de plomb et dans la cohue, les sens s’aiguisent et l’esprit s’ouvre.
Un vécu d’amitié, de solidarité, de prière que les participants au «giga-rassemblement» de Tor Vergata et à tous les moments forts qui ont précédé ont du mal à transmettre à ceux qui n’en étaient pas. Les marcheurs de Saint-Jacques de Compostelle, comme tous les pèlerins qui cheminent sur les routes des sanctuaires, ressentent d’ailleurs le même sentiment de vide quand ils retrouvent leur banale réalité quotidienne.
Le journaliste que je suis, pour avoir choisi la démarche du pèlerin et évité l’air très conditionné des salles de presse, vit le même décalage. Aux dires de certains médias, il ferait partie de ces «papaboys» et de ces «papagirls», voire de ces «papolâtres» ayant perdu tout esprit critique. Uniquement mus par l’émotion, voire le sentimentalisme, ils seraient à Rome uniquement pour rencontrer le pape, non pas parce qu’ils voient en lui un chemin vers le Christ. Ces sentimentaux naïfs appartiendraient à cette génération post-soixante-huitarde dépolitisée que l’Eglise catholique voudrait récupérer et ranger sous la bannière de la «nouvelle évangélisation». Tout faux, messieurs les sociologues !
L’émotion libératrice
De l’émotion, certes, il y en a eu beaucoup, et des larmes de tendresse et de joie, au milieu de la foule, ou dans l’intimité du confessionnal. Combien sont-ils, en effet, à avoir reçu – souvent pour la première fois depuis leur première communion! – le sacrement de la réconciliation au Cirque Maxime, sous les tentes où les attendaient des prêtres de toutes nationalités ? Le tout sans voyeurisme ni hystérie, dans un profond respect pour cette démarche libératrice pour beaucoup. Impressionnée aussi, cette jeune protestante vaudoise qui passait à mes côtés la Porte sainte, dans une Basilique Saint-Pierre qui ne désemplissait pas depuis trois jours. «Ici, le Seigneur est aussi présent», me lance-t-elle, précisant que même si le mot indulgence, pour une réformée comme elle, résonne différemment, elle vit un moment très fort spirituellement.
A Tor Vergata, lors de la veillée avec Jean Paul II, même si les deux millions de jeunes accablés de chaleur n’ont pas tous pu suivre ce qui se passait sur l’immense estrade – la foule s’étendait sur plusieurs kilomètres et les écrans géants et la sono n’atteignaient pas tout le monde – le message avait du contenu et de la tenue. Il appelait les jeunes à «mettre le feu au monde». Pas avec des cocktails Molotov, mais avec des gestes d’amour et un engagement pour rendre le monde meilleur, plus juste et plus solidaire. Il parlait de justice, de remise de la dette du tiers monde, d’abolition de la peine de mort, des luttes concrètes que mènent les jeunes.
Les JMJ, c’est aussi de la réflexion et de l’engagement social
En dehors des superbes chorégraphies, des Gospels, de la Hope Music ou de la voix chaude d’Angelo Branduardi, les jeunes ont été très attentifs au témoignage de Domingos das Neves, venu d’Angola, qui n’a connu dans sa jeune vie que la violence armée et la guerre civile, qui lui ont volé ses parents et son grand frère. Ils ont été par la suite fortement interpellés par Stefania Piredda, qui lutte avec la communauté de Sant’Egidio pour un moratoire des exécutions capitales, et qui a rapporté ses dialogues avec des jeunes américains reclus dans le couloir de la mort. Ils se vite sont reconnus dans Massimiliano Signifredi, ce jeune Romain engagé dans la pastorale des jeunes et le service aux pauvres, qui leur a dit la difficulté de croire et de témoigner dans une société sécularisée où tout semble à portée de main mais où tout s’achète et se vend. Comme quoi, les JMJ, c’est aussi de la réflexion et de l’engagement social.
Finalement, la question est de savoir ce que va faire l’Eglise face à cette masse de jeunes en recherche d’idéaux et d’engagements, qui vient regonfler ses batteries dans de tels rassemblements géants. Une chose est certaine: ce qui a été semé à Rome ne demande qu’à germer, mais trouvera difficilement un terrain propice dans nos assemblées paroissiales trop souvent compassées et tristounettes. Toute une pédagogie de la fête, du rassemblement et de l’engagement reste à mettre sur pied, à partir de la base. Les jeunes sont à coup sûr preneurs, pourvu qu’on leur laisse un peu de place et que l’on s’abstienne de tout dogmatisme rigide! (apic/be)




