Expérimenter «la nudité de Jésus en croix»

Sénégal: Le premier couvent des carmes a été béni le 8 janvier 2011, à Kaolack

Kaolack, 3 février 2011 (Apic) Huit ans après leur arrivée au Sénégal, les carmes sont désormais enracinés dans la brousse africaine. Leur premier couvent a été béni le 8 janvier 2011, par Mgr Benjamin Ndiaye, évêque de Kaolack. L’»Echo Magazine», par l’intermédiaire de Patrice Favre, son rédacteur en chef, s’est rendu sur place pour l’occasion.

En 2002, les carmes de la province d’Avignon-Aquitaine (*) arrivent à Kaolack, en réponse à l’appel adressé par les évêques sénégalais. Quatre frères ont décidé de vivre une aventure humaine et spirituelle déroutante, dont «la mission ne fait que commencer», rapporte frère Luc-Marie, prieur du couvent.

Une implantation difficile

La venue des frères carmes était très attendue. L’Eglise sénégalaise comptait sur leur présence pour améliorer la formation spirituelle et aider dans l’accompagnement des prêtres et des fidèles. Mais les conditions climatiques (51 degrés avant la saison des pluies), la cohabitation avec la population musulmane (5% des 12 millions d’habitants sont chrétiens, les autres majoritairement musulmans), et les problèmes matériels, génèrent des tensions qui rendent la vie communautaire, et la vie tout court, parfois difficile. «Partir en mission, c’est consentir à la fragilité d’un exode où Dieu seul peut répondre à notre fragilité. Ici (en Europe ndr), nous avons nos habitudes, notre confort, avec le risque d’une certaine routine. Là-bas, c’était la nudité de Jésus en croix. Mais c’est là que la grâce de Dieu se fait plus évidente», s’exprime frère Armand, résidant actuellement au couvent des carmes, à Fribourg.

A l’heure de l’enracinement

«Les frères se jetaient dans l’inconnu avec enthousiasme – a relevé Mgr Benjamin Ndiaye dans son homélie du 8 janvier, lors de l’inauguration du couvent –, ils allaient de campement en campement en apprenant à connaître les réalités locales. Maintenant ils ont bâti. L’heure de l’enracinement est venue».

En 2004, une communauté rurale, majoritairement musulmane, fait don au diocèse d’une trentaine d’hectares dans la brousse, à 15 kilomètres au sud-ouest de la ville de Kaolack. L’évêque y bâtit un sanctuaire marial, «Keur Mariam». Les carmes emboîtent le pas, lorsqu’un «donateur a offert 450’000 francs pour construire le séminaire propédeutique». Alors, «j’ai compris que Dieu nous voulait là», explique frère Luc-Marie. Achevé en 2009, le séminaire accueillera une vingtaine d’étudiants pour une année probatoire (ou de discernement), avant d’entrer au grand séminaire ou de suivre une autre voie, écrit Patrice Favre.

Le travail et la maladie (le paludisme) épuisent les frères, dont certains doivent être remplacés. Mais déjà des vocations locales fleurissent. Un Guinéen de 34 ans, Moïse, et deux Sénégalais de 32 ans et 30 ans, Hyacinthe et André-Marie.

Pourquoi s’implanter là-bas?

Pourquoi s’implanter au Sénégal, alors que notre Europe souffre d’une très grande pauvreté religieuse? Frère Armand répond à l’»Echo Magazine»: «Nous allons là-bas d’abord pour notre conversion, pour être réveillés dans notre charisme de carmes en Suisse, en France et ailleurs. La mission est déstabilisante, car rien ne s’est déroulé comme prévu, mais avec Dieu c’est toujours comme ça! En même temps, c’est une provocation formidable pour nos vieux pays si riches et si pauvres au niveau du cœur et des mœurs». Il poursuit: «Kaolack est une grâce pour toute la province et pour tous les carmes. C’est comme une blessure qui nous oblige à crier vers Dieu et à demander sa grâce. Et il la donne!», dit-il, comme s’il fallait confirmer certains.

Un projet habite encore l’esprit des frères et est porté dans leurs prières. Celui d’un dispensaire, qui n’attend que les fonds pour voir le jour. Il sera tenu par les sœurs carmélitaines missionnaires thérésiennes, qui sont prêtes à venir. Pour plus d’informations: www.carmessenegal.org.

(*) La province carmélitaine d’Avignon-Aquitaine comprend six autres couvents (Fribourg en Suisse, Trois-Rivières au Canada, et quatre dans le sud de la France, en plus de Kaolack au Sénégal.

Encadré

Pour les dons en Suisse: CCP 17-315529-6, avec la mention «Carmel de Kaolack».

D’autres photographies peuvent être achetées auprès de Jean-Claude Gadmer: info@jcgadmer-photos.com. (apic/em/pf/ggc)

3 février 2011 | 14:46
par webmaster@kath.ch
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