Exprimer avec joie et douceur la beauté de la création

Série Apic: Artistes dans les couvents en Suisse

Ora et labora. Dans les couvents, on travaille et on prie. Mais pas seulement. Dans de nombreux monastères en Suisse, des religieux expriment leur recherche de Dieu de façon artistique. Travail ou vocation? L’agence de presse Apic / Kipa a visité «les artistes qui se donnent à Dieu» et a déjà diffusé six portraits au cours de l’année 2009. Elle termine aujourd’hui la série avec la présentation de la dernière des cinq autres religieuses ou religieux.

Sœur Marianne Borer, peintre d’aquarelles au couvent de Baldegg

Baldegg, 11 mars 2010 (Apic) Depuis qu’elle s’adonne à la peinture, une nouvelle rivière traverse son existence, affirme son frère Theo avec enthousiasme. Marianne Borer, 81 ans, de la communauté des Sœurs de la Divine Providence à Baldegg, a découvert l’aquarelle alors qu’elle avait 71 ans. Durant ces dix années, d’innombrables œuvres de couleurs claires et pleines de joie de vivre ont été créées. Ses représentations de fleurs et de paysages expriment avec joie et douceur la beauté de la création.

Depuis les années 1960, Sr Marianne Borer a travaillé comme enseignante et pédagogue curative dans les écoles pour aveugles et malvoyants à Fribourg et à Baar. Elle encourageait particulièrement les enfants à peindre des motifs joyeux sur des feuilles de papier, raconte la frêle religieuse dans un dialecte typiquement soleurois. Il lui est d’ailleurs déjà arrivé d’ôter préalablement les couleurs foncées. «Cela me faisait bien plus plaisir lorsque c’était clair …». Elle sait pourtant que ce n’était pas tout à fait juste, car les colorations foncées existent aussi, sourit-elle. Vert, bleu, jaune, rouge, et rarement une touche de couleurs foncées: ses propres tableaux, réalisés des décennies plus tard, révèlent toujours ses mêmes préférences de tons.

Une impulsion venue de son frère

C’est grâce à un de ses cinq frères, avec lesquels elle a grandi à Erschwil (Soleure), qu’elle a débuté dans la peinture. En 1999, Theo l’a encouragée à visiter un cours de peinture à Zoug, alors qu’elle travaillait encore à l’école pour aveugles à Baar et après qu’elle ait exprimé une fois sa joie face à la splendeur des couleurs de la nature. Elle découvre alors l’existence d’un cours d’aquarelle et saisit l’occasion de s’y inscrire. Elle se formera durant deux ans à cette technique de peinture chez Trudi Urech. Lorsqu’elle montra ses premières œuvres à ses consoeurs à Baar, elle reçut sa première reconnaissance et poursuivit seule ses activités.

Découverte tardive d’une nouvelle forme d’expression

En fait, pourquoi n’a-t-elle débuté dans la peinture qu’à 71 ans? Elle-même ne peut l’expliquer vraiment. Le dessin était autrefois sa branche scolaire préférée. Mais sa vie a pris une autre direction avec sa formation de maîtresse d’école enfantine à Baldegg, son entrée au couvent à 27 ans, sa formation complémentaire d’abord comme institutrice, puis comme enseignante spécialisée pour aveugles et malvoyants, et finalement sa longue carrière d’enseignante. De plus, souligne Sœur Marianne, en tant que religieuse on n’avait autrefois pratiquement aucune occasion de fréquenter à l’extérieur des cours pour assouvir ses propres intérêts. Et d’ailleurs, la question ne se posait même pas car elle était très engagée comme enseignante.

Avec la découverte de la technique de l’aquarelle, c’est comme si sa sœur «avait acquis une nouvelle langue personnelle qui lui a permis de révéler le trésor intérieur qu’elle avait accumulé», affirme, impressionné, son frère et découvreur de talent Theo. «Depuis qu’elle peint, une nouvelle rivière traverse son existence.» Une forme de partage du travail s’est même installée entre le frère et la sœur. Les titres des tableaux – souvent des paysages – sont donnés par le frère, qui est doué pour l’expression linguistique, sourit la religieuse. Un paysage sur les bords du Lac de Zürich a pour titre «Der blaue Dunst» (Brume bleutée), un autre tableau se nomme «Im Zwielicht» (Entre chien et loup).

Arriver à exprimer l’essentiel

Depuis 10 ans, chaque fois que le temps le lui permet, des aquarelles de format plutôt réduit prennent naissance sous le pinceau de Sr Marianne. Elles témoignent essentiellement de la relation profonde qu’a tissée l’artiste avec la nature. Les fleurs, la richesse de leurs couleurs et de leurs formes, constituent les sujets les plus représentés. En dehors des fleurs, apparaissent avant tout des paysages empreints de joie, traversés par la lumière et les rayons du soleil, dont elle trouve l’inspiration sur les bords du Lac de Zürich. Marianne Borer a exposé ses œuvres pour la première fois il y a quatre ans, à Wädenswil dans le canton de Zürich. Elle a participé en 2008 à une exposition collective à Jegenstorf, près de Berne.

Parfois, il faut aussi se battre, affirme Sœur Marianne. Avec les formes ou avec le modèle. Elle aimerait acquérir encore davantage de liberté créatrice. Ne pas rester liée comme une esclave à l’objet qui sera représenté. Mais d’un autre côté, elle ne souhaite pas tomber dans l’arbitraire, mais arriver à dépouiller le sujet pour en exprimer l’essentiel. Comme est parvenu à le faire à travers ses aquarelles sur les fleurs le Saint-Gallois Ferdinand Gehr (1896-1996), un peintre sacré reconnu au niveau international.

Sœur Marianne est par contre moins attirée par les œuvres à caractère religieux de Ferdinand Gehr. Tout comme elle appréhende d’aborder elle-même des thèmes religieux. Elle a longuement réfléchi afin de comprendre pourquoi, raconte-t-elle. Mais elle n’est pas vraiment parvenue à une conclusion. Les «bigoteries», en tous cas, ce n’est pas son truc. Et la peinture d’icônes par exemple, qui est devenue une forme d’expression religieuse assez répandue, lui paraît trop minutieuse et exige une trop grande exactitude. Et «d’une certaine façon, c’est un domaine trop limité», qui ne correspond pas à sa soif d’espace et de liberté.

C’est pourquoi, estime-t-elle, la peinture à l’aquarelle convient à sa personnalité, imprégnée de sentiments, comme aucune autre technique. Ce qui compte pour elle, c’est l’expression spontanée, qui peut réussir ou rater et où les corrections ne sont plus possibles – contrairement à la peinture à l’huile.

Ses œuvres à l’aquarelle fêtent la vie à travers ses couleurs joyeuses. Sœur Marianne cherche des mots pour l’exprimer: ” … Cela jaillit d’une joie, qui est toujours présente d’une certaine façon.» Elle a décrit ainsi cette joie dans un petit texte: «Les moments de bonheur sont là où je ressens l’unité … Etre unie à la nature et à son créateur».

Note: Les aquarelles de Sr Marianne Borer qui se trouvent sur le site internet du couvent de Baldegg www.klosterbaldegg.ch peuvent être commandées sous forme de cartes de vœux (Grusskarten).

Note aux rédactions: Des photos payants de cet article peuvent être commandées à

kipa@kipa-apic.ch. Prix: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/job/bb)

10 mars 2010 | 17:47
par webmaster@kath.ch
Partagez!